INTERVIEW. Nadia Bouyer a pris la direction générale d'Action Logement Groupe, acteur majeur du logement social et intermédiaire en France, le 1er décembre 2020. Quel est son regard sur l'actualité des derniers mois ? Quels sont les grands enjeux qui l'animent ? Découvrez ses réflexions, sa vision, son actualité, son message aux professionnels et son portrait en cinq traits.


Le logement est au cœur du parcours de Nadia Bouyer. Le sujet ne l'a quasiment jamais quitté tout au long de sa carrière professionnelle ou, tout le moins, n'en était-il jamais loin : ce qui la motive, c'est en effet "être au service des autres." Et travailler sur l'habitat, "un pilier de la vie", y contribue largement. D'aucuns pourraient y voir là une phrase "cliché", mais chez Nadia Bouyer, cet engagement se lit dans son parcours, s'entend à sa rencontre, se voit dans sa manière de travailler : discrète mais ferme, emprunte d'humilité - elle ne dit jamais "je" - mais volontaire. Elle "accompagne", "catalyse", "dynamise", mais rien n'est pour elle plus essentiel que le travail collectif, "en équipe," pour avancer.

 

Après l'X, puis les Ponts et Chaussées, elle débute sa carrière dans l'administration publique, à la direction de l'Équipement en charge de l'urbanisme, puis en cabinet ministériel, avant de faire un détour par la Cour des Comptes et d'effectuer, notamment, des missions dans le cadre de coopérations internationales. Début 2018, elle intègre le groupe Action Logement et y mène, avec succès, la restructuration des filiales franciliennes, dans la filiale Seqens.


Retisser les liens, faciliter, encourager, dynamiser

 

C'est elle qui est choisie pour succéder à Bruno Arbouet, le 1er décembre dernier, à la direction générale du groupe. C'est peu de dire que son arrivée à ce poste représente un défi de taille : la voici à la tête de ce mastodonte, gérant paritairement la Participation des Employeurs à l'Effort de Construction (PEEC) en faveur du logement des salariés, de la performance des entreprises et de l'attractivité des territoires, fort de ses 53 filiales et représentant pas moins d'un million de logements sociaux et intermédiaires. Et surtout, dans un contexte de relations avec l'État alors extrêmement tendues. Il faut retisser les liens. Nadia Bouyer écoute, agit, discute, entraîne. Fin septembre, à l'occasion du Congrès USH, le résultat est là : tous parlent désormais d'une confiance rétablie et tous saluent le travail, la connaissance des dossiers et l'engagement de Nadia Bouyer, tant en interne que du côté du ministère.

 

Avec ces entretiens "Grands Témoins", Batiactu vous invite à mieux connaître des personnalités aux horizons divers, mais qui contribuent aujourd'hui, par leurs visions, leurs réflexions et leurs actions, à expliquer, anticiper, façonner, faire exister notre cadre de vie et donc, la société dans laquelle nous voulons vivre.

 

Quels sont aujourd'hui les principaux enjeux et défis de la filière pour Nadia Bouyer ? Quelles actualités ont retenu son attention ? Quel message souhaite-t-elle adresser aux professionnels du secteur ? Missions d'Action Logement dans ce contexte et perspectives de la filière sont autant de sujets abordés avec elle au cours de notre entretien, pour partager avec elle sa vision de notre secteur, son actualité, mais aussi, pour mieux la connaître et comprendre ce qui l'anime, à travers un portrait en cinq traits.

 

*entretien réalisé dans les bureaux d'Action Logement, le 12 octobre 2021 (NDLR)

 


ENJEUX ACTUELS

Batiactu : Que retirez-vous des actualités de ces dernières semaines ?

Nadia Bouyer : Action Logement est au rendez-vous du soutien de la filière. Nous l'étions déjà au plus fort de la crise, lorsque nous avons mis en place des dispositifs au sein de nos filiales pour payer le plus vite possible nos fournisseurs ou encore, lors de la reprise des chantiers, en mettant à disposition des bailleurs, des enveloppes spécifiques pour faire face aux surcoûts et ne pas freiner la production. Ne pas rajouter de la crise à la crise est essentiel pour les Partenaires sociaux, c'est pourquoi nous sommes très attentifs aux sujets qui préoccupent actuellement la filière du bâtiment.

 

À très court terme c'est, par exemple, la pénurie de matériaux, qui nous force à repenser les chaînes d'approvisionnement. Action Logement, en tant que maître d'ouvrage, ne peut agir sur l'origine de ces pénuries, en revanche, à notre niveau, nous essayons de prévenir la hausse des prix qui en est la conséquence : nous avons ainsi signé cet été une charte, avec la Caisse des dépôts, la CAPEB et la FFB, afin d'encourager nos filiales à mettre en place des indices spécifiques permettant d'ajuster les prix des marchés en fonction des matériaux dans nos marchés publics. Par ailleurs, dans le cadre de nos politiques d'achats responsables au niveau du groupe, nous souhaitons que toutes nos filiales respectent des délais de paiement de 21 jours.

 

Ensuite, à moyen et long termes, l'enjeu commun pour toute la filière du bâtiment est la construction de logements. Nous faisons face depuis quelques temps déjà, à un ralentissement de la construction neuve. Une situation qui n'est pas inconnue : elle existe de manière cyclique au moment des périodes électorales, notamment les municipales. Depuis un an, la construction peine à redécoller. Deux impératifs se confrontent : il faut donner envie aux territoires de construire, afin de faire face aux enjeux sociaux et démographiques actuels, tout en répondant également aux défis environnementaux qui sont devant nous, avec la zéro artificialisation nette. Nous avons donc une pression très forte sur l'extension urbaine et, en même temps, la nécessité de la limiter. Comment concilier l'écologie avec les besoins de la société ? Certes, des solutions existent, comme la reconquête des centres villes ou construire la ville sur la ville, mais il ne faut pas, comme l'a rappelé Emmanuelle Cosse (présidente de l'USH, NDLR) que l'écologie s'oppose à la construction de logements, notamment sociaux.

 

Batiactu : Un autre enjeu majeur pour la filière est celui de la rénovation...

 

N.B. : Il faut investir en effet fortement dans ce secteur de la rénovation, afin de répondre aux enjeux environnementaux et réduire ainsi nos émissions de gaz à effet de serre. Mais cela ne doit pas se faire sans qualité. Et surtout, comment rénover de manière massive, sans que cela ne coûte trop ? Les budgets des ménages comme ceux de l'État ne sont pas extensibles. Pour permettre des rénovations de qualité et moins chères, il faut donc agir sur les coûts en optimisant les processus sur l'ensemble de la chaîne.

 

Donc construire plus, rénover de meilleure qualité et derrière, il faut aider aussi ceux qui font, c'est-à-dire les entreprises du bâtiment. Nous avons besoin des entreprises, qu'elles soient de qualité et formées à ces enjeux.
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