CONSTRUCTION. Le Premier ministre Jean Castex a annoncé la construction de nouveaux centres pénitentiaires dans l'hexagone, afin de lutter contre la surpopulation carcérale. Une décision qui n'est pas du goût de tous.

Il faut "refuser l'angélisme du déterminisme social autant que la démagogie du tout-répressif", a assuré le Premier ministre Jean Castex, ce mardi 20 avril. Par ces mots, le chef du gouvernement en visite sur le chantier du centre pénitentiaire de Lutterbach, dans la périphérie de Mulhouse (Haut-Rhin), a souhaité justifier le plan décennal de création de 15.000 places de prison supplémentaires. En effet, le gouvernement avait annoncé la veille son programme immobilier pénitentiaire, destiné à lutter contre la surpopulation carcérale.

 

Dans un discours devant le futur centre pénitentiaire, Jean Castex a affirmé que la politique pénale laisse "une large place aux peines alternatives […] qui n'a de sens que si la société assume la réponse carcérale comme une peine certaine pour des faits les plus graves et les plus intolérables". Cette politique ne peut être menée selon lui qu'en créant des places de prison supplémentaires.

 

1.500 places de plus par an

 

À l'horizon 2022, 7.000 nouvelles places devraient être mises en chantier. 8.000 supplémentaires doivent être livrées d'ici 2027, qui porteront sur 16 opérations de construction. "C'est donc un effort de construction de 1.500 places nettes par an, contre 1.000 en moyenne annuelle entre 1988 et 2016, représentant un engagement financier de près de 2 milliards d'euros en autorisations d'engagement au cours de l'actuel quinquennat", a notifié le ministère de la Justice dans un communiqué.

 

Selon le gouvernement, c'est le programme le plus important dans le secteur depuis 30 ans. Au total, 4,5 milliards d'euros seront mobilisés sur dix ans. Accompagné du garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti, le Premier ministre Jean Castex a assuré prévoir la création de 18.000 places, ainsi que la suppression de 3.000. Le gouvernement vise en effet à fermer certains établissements qui ne sont plus adaptés. C'est le cas des établissements de Mulhouse et Colmar, jugés trop vétustes et offrant des conditions de détention "indignes", qui seront remplacés par le centre pénitentiaire de Lutterbach.

 

Un plan qui ne ravit pas tout le monde

 

Déployé sur tout le territoire français, ce plan verra, par exemple, la construction de structures d'accompagnement vers la sortie (SAS) à Montpellier, Toulon ou encore Noisy-le-Grand, avec respectivement 150, 180 et 120 places.

 

Mais la construction de nouvelles prisons ne plaît pas à tout le monde. Dans le village de Belloy-en-France, dans le Val-d'Oise, une fronde s'organise pour lutter contre un projet de maison d'arrêt de 700 places, qui fait partie du plan gouvernemental. Les services de l'Etat ont annoncé la nouvelle mi-mars, lors d'une réunion du conseil municipal de cette localité de 2.200 habitants.

 

Depuis, une manifestation s'est tenue au cœur du village et une pétition en ligne a été lancée contre ce projet, qui a récolté, à l'heure où nous publions, plus de 2.500 signatures. Le maire a également rencontré le 19 mars Eric Dupond-Moretti pour tenter de le convaincre de déménager la future maison d'arrêt.

 

À ce jour, la France compte 61.100 places de prison. Le pays a été condamné en janvier 2020 par la Cour européenne des droits de l'homme, qui lui a demandé de résorber sa surpopulation carcérale et d'offrir aux détenus un véritable recours pour mettre fin aux conditions de détention indignes.

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