BIOSOURCE. L'association européenne des industriels du chanvre souhaite augmenter le taux autorisé de THC dans les plantes cultivées. L'interprofession de la filière française s'oppose à cette évolution qui risque de modifier la destination des végétaux en les orientant principalement vers des usages pharmaceutiques au détriment de l'industrie. Explications avec Dominique Briffaud, le président d'InterChanvre.

L'EIHA (European Industrial Hemp Association) qui regroupe les industriels du chanvre a formalisé le souhait de porter le taux de THC (tétrahydrocannabinol, substance psychotrope de la plante) de 0,2 % à 0,3 % pour le chanvre industriel. Un changement de +0,1 % qui pourrait sembler minime. Pourtant, l'interprofession française est opposée à cette augmentation. Elle rappelle : "Depuis 20 ans, la législation européenne cadre ce taux pour éviter les dérives qui ont fait quasi-disparaître le chanvre dans les années 1960 au niveau mondial". Pour les industriels, une modification du taux de THC mettrait en danger les nouveaux débouchés que la plante a patiemment conquis. Dominique Briffaud, le président d'InterChanvre, argumente : "L'EIHA, qui est une association regroupant industriels et particuliers, souhaite pouvoir extraire du CBD, qui est un autre cannabinoïde, pour des raisons paramédicales. Et les taux de CBD et THC sont corrélés".

 

La législation française interdit de faire la récolte des inflorescences où se concentre le CBD. "InterChanvre se positionne contre l'augmentation du taux de THC, qui n'apporte rien", nous précise-t-il. "Il ne faut pas se mettre une balle dans le pied et casser les marchés !". Selon l'interprofession française, les secteurs industriels qui utilisent aujourd'hui le chanvre, comme le bâtiment ou l'automobile, imposent des cahiers des charges trop exigeants pour tout bouleverser. Même si, concrètement, l'accroissement de la concentration d'une substance de 0,2 à 0,3 % n'aura aucun impact sur la qualité mécanique des fibres végétales, c'est au niveau de l'usage des récoltes que se produira un effet… indésirable. L'ensemble de la production française - qui représente la moitié des surfaces européennes avec 16.400 hectares et 80.000 tonnes récoltées par an - risque de s'orienter principalement vers l'industrie pharmaceutique, et de ruiner les investissements réalisés dans la R&D et l'innovation industrielle des autres filières.

 

Dissocier cannabis thérapeutique et chanvre industriel

 

InterChanvre rappelle que, depuis sa création en 2003, elle souhaite la dissociation du chanvre industriel du cannabis pharmaceutique : "Les usages différents justifient en effet une dissociation de nom et de produits". Des sélections variétales ont été réalisées jusqu'ici pour obtenir des plantes résistantes, ne nécessitant aucun pesticide et ne générant aucun déchet puisque tout est valorisé (graines dans l'alimentation animale, paille pour obtenir des biomatériaux). Des atouts environnementaux que mettent en avant les 1.400 producteurs français qui cherchent avant tout à rassurer les industriels de seconde transformation de la plante, sur leur capacité à continuer à répondre à leurs besoins.

 

En France, six régions produisent l'essentiel du chanvre industriel : l'Aube, la Franche-Comté, la Vendée, la Seine-et-Marne, l'Essonne et la Basse-Normandie. La plante annuelle y est semée au début du printemps puis récoltée en septembre-octobre. Sur une tonne, une moitié correspond à de la chènevotte (partie centrale, ligneuse, de la tige) et un tiers à de la fibre (partie périphérique). C'est cette fraction qui intéresse les fabricants de matériaux en recherche de caractéristiques de légèreté, de recyclabilité et d'origine biosourcée. InterChanvre cherche à développer ces usages notamment dans le bâtiment, qu'il s'agisse de béton ou d'isolant. Pour l'heure, le secteur de la construction représente environ 15 % des débouchés.

 

Une exposition pour tout savoir sur la construction chanvre :
Portée par le CROAIF et le parc national du Gâtinais, l'exposition "Construire en chanvre" sera inaugurée le 10 avril aux Récollets (Paris). Plusieurs événements sont prévus tout au long du mois qu'elle durera, dont deux matinales sur l'évolution des règles professionnelles, une soirée qui présentera le projet de Maison des étudiants de Champs-sur-Marne ainsi que plusieurs visites et ateliers.

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