Face à l'opposition rencontrée en baie de Lannion (Côtes d'Armor), opposition qui a reçu le soutien de la ministre de l'Environnement, la Compagnie Armoricaine de Navigation (groupe Roullier) a décidé de suspendre l'extraction de sable coquillier jusqu'au mois de novembre 2016. Le CGEDD doit mener une inspection sur place afin de vérifier que les conditions définies en 2015 étaient bien remplies.

L'opération d'extraction de sable coquillier de la baie de Lannion, qui a été menée par la Compagnie Armoricaine de Navigation (CAN) dans la nuit du lundi 12 au mardi 13 septembre, a été suspendue par l'entreprise elle-même, face à l'hostilité rencontrée (plus de 3.800 personnes ont manifesté localement) et surtout face à la volonté de Ségolène Royal. Bien qu'un recours de justice, déposé par les opposants, ait été rejeté le lundi par le tribunal administratif de Rennes, autorisant de ce fait l'exploitation d'une zone sous-marine de 4 km², la CAN explique agir "dans un souci d'apaisement" et suspendre "ses prélèvements jusqu'au prochain comité de suivi, début novembre".

 

L'extraction de sable coquillier calcaire, destiné à diminuer l'acidité des terres agricoles, avait été autorisée en avril 2015 par le ministère de l'Economie, alors dirigé par Emmanuel Macron. Mais l'opération menée en catimini n'aurait pas été du goût de l'ancien locataire de Bercy. La CAN explique : "Le navire Côtes de Bretagne est intervenu sur site conformément aux autorisations qui lui ont été délivrées en 2015 (…) l'extraction s'est faite au petit matin pour des raisons industrielles, sécuritaires et opérationnelles". Pour Yves-Marie Le Lay, président de l'association Sauvegarde du Trégor, le ressenti est différent : "Le fait de commencer en pleine nuit, c'est des méthodes de voyous". Contacté par l'AFP, Emmanuel Macron semble du même avis : "Il n'est résolument pas acceptable de commencer l'exploitation à la sauvette". Il souhaite que l'extraction soit suspendue "d'ici à la décision définitive du tribunal", les opposants ayant fait appel de la décision du tribunal administratif devant le Conseil d'Etat.

 

Une autorisation remise en question ?

 

La ministre de l'Environnement est intervenue, d'abord en recevant les élus qui contestent la décision de justice, puis en lançant une investigation. Un communiqué explique : "Les raisons pour lesquelles l'extraction a eu lieu la nuit devront être éclaircies, notamment parce que la turbidité ne peut plus être contrôlée. S'il s'avère que les conditions qui constituaient, soit un préalable, soit une condition de l'extraction, n'ont pas été remplies, l'arrêté autorisant l'extraction sera suspendu". C'est l'inspection du Conseil général de l'environnement et du développement durable (CGEDD), appuyée techniquement par l'Ifremer, qui examinera les conditions de l'intervention et validera ou non le respect des prescriptions de méthode, formulées en septembre 2015. Le ministère s'interroge également sur d'autres points, notamment l'impact sur deux sites Natura 2000 qui encadrent la zone d'extraction ("Baie de Morlaix" et "Côte de Granit Rose - Sept îles"), l'atteinte possible à une zone de reproduction du lançon, un poisson indispensable dans la chaîne alimentaire locale, et la possible création de fosses en cours d'exploitation, un phénomène "strictement interdit".

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