TRANSITION. En voyage officiel à New Delhi, le président de la République a prononcé un discours fondateur pour l'Alliance solaire internationale, créée par la France et l'Inde. Avec le Premier ministre indien, il a également inauguré une centrale photovoltaïque au sol développée par Engie. Le marché indien pourrait représenter plusieurs milliards d'euros d'opportunités pour les industriels français.

La France devrait accroître fortement ses financements pour promouvoir l'énergie solaire dans les pays émergents, afin de lutter efficacement contre le bouleversement climatique et les émissions de gaz à effet de serre. C'est l'annonce qu'a fait Emmanuel Macron lors du discours fondateur de l'Alliance solaire internationale, installée à New Delhi, et coprésidée par l'Inde et la France. Le président français a notamment indiqué que 700 M€ supplémentaires seraient engagés dans les quatre ans restant de son mandat, en prêts et en dons débloqués par l'Agence française de développement (AFD) pour soutenir des projets dans les pays adhérents de l'organisation. Un effort supplémentaire qui portera les financements français de l'Alliance à 1 Mrd € au total, depuis sa création lors de la COP21 à Paris, en novembre 2015.

 

Emmanuel Macron a déclaré : "Nous devons lever tous les obstacles et changer d'échelle" pour développer l'énergie solaire. L'objectif fixé par l'Alliance solaire internationale est de parvenir à mobiliser plus de 800 M€ afin de déployer 1 TW de puissance photovoltaïque d'ici à 2030 dans la zone intertropicale, où près de la moitié des populations n'a pas encore accès à l'électricité. Ségolène Royal, présente sur place, a rappelé les paroles de François Hollande lors du lancement de l'initiative, qui soulignait le paradoxe entre le potentiel solaire de ces pays et leur faible accès à l'énergie. De son côté Narendra Modi, le Premier ministre indien, a ajouté : "Pour encourager l'usage de l'énergie solaire, la technologie doit être rendue disponible. Ressources financières, bas coût, développement de technologie de stockage, production en masse… Un écosystème nécessaire à l'innovation". Le chef d'Etat français a exhorté le secteur privé à s'engager plus activement, "les investissements dans le solaire [étant] de plus en plus rentable".

 

Se défaire de la dépendance au charbon

 

Les deux dirigeants ont inauguré conjointement un parc photovoltaïque de 101 MWc de puissance à Mirzapur (Uttar Pradesh, nord du pays), développé et exploité par Engie. Le groupe français est de plus en plus présent en Inde : outre ce grand projet solaire, il a également récemment conclu un contrat d'achat d'électricité pour une ferme photovoltaïque géante de 338 MWc à Kadapa (Andar Pradesh), et débuté les opérations commerciales d'un autre parc de 190 MWc à Badla (Rajasthan). Dans l'éolien également, Engie a décroché des contrats pour construire et exploiter deux parcs de 30 et 50 MW dans le Gujarat et l'Etat de Tamil Nadu. Il est prévu qu'ils entrent en service d'ici à la fin de 2019. Présent depuis plus de 20 ans sur place, l'énergéticien français exploite une capacité solaire totale de 810 MWc et un potentiel éolien naissant de 80 MW. Il emploie localement 1.000 personnes pour la production d'électricité, l'ingénierie et les services liés à l'énergie. Isabelle Kocher, la directrice générale d'Engie, s'est exprimée lors de l'inauguration : "Comme en témoignent les récents succès remportés, nous avons pour ambition de devenir un partenaire majeur du développement des énergies renouvelables en Inde, où les activités liées à la transition énergétique se développent très rapidement". Les niveaux de prix du courant généré par les projets d'Engie varient de 55 €/MWh (pour la plus petite centrale photovoltaïque au sol) à seulement 30,5 €/MWh (pour la plus grosse ferme éolienne).

 

Concernant l'énergie nucléaire, elle aussi décarbonée, Emmanuel Macron et Narendra Modi ont également discuté de la possibilité pour EDF de construire à Jaitapur (côte sud-ouest du pays) la plus grande centrale du monde qui compterait pas moins de 6 réacteurs type EPR, totalisant près de 10 GW de puissance. Jean-Bernard Lévy, le président-directeur général de l'électricien français, et Satish Kumar Sharma, son homologue de Nuclear Power Corporation of India Ltd (NPCIL), ont signé un accord industriel préalable répartissant les rôles des deux partenaires : EDF fournira la technologie et réalisera la totalité des études d'ingénierie pour les deux premiers réacteurs, ainsi que des achats de composants. Pour les quatre autres unités, une partie de ces missions seront confiées à des entreprises locales jusqu'à une hauteur de 60 % pour les deux dernières tranches. Mais l'électricien apportera son expérience lors des phases de construction. C'est en revanche NPCIL qui sera propriétaire et exploitant de la centrale et qui sera chargé d'obtenir les autorisations et certifications nécessaires. Et l'énergéticien public indien mènera également le chantier. Une offre engageante d'EDF pourrait être formulée d'ici à la fin de l'année. Car l'Inde veut aller vite dans sa transition énergétique : le pays qui est le 3e pollueur de la planète, très dépendant du charbon, entend produire 40 % de son électricité à partir de sources renouvelables d'ici à 2030. Dès 2022, sa puissance solaire devra atteindre les 100 GW.

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