Les constructions bois prennent de la hauteur et se confrontent à de nouveaux défis : sécurité incendie, risque sismique, développement d'une économie locale, qualité de vie à l'intérieur des édifices... Autant de questions qui seront abordées lors du congrès Woodrise qui se tiendra à Bordeaux au mois de septembre 2017. L'occasion pour les experts internationaux de partager leurs connaissances.

Bordeaux sera, à la rentrée prochaine, la capitale mondiale de la construction bois de moyenne-grande hauteur : il s'y tiendra l'événement Woodrise, le premier congrès international sur la question, organisé conjointement par Filière Construction Bois Aménagement (France), FPInnovations (Canada) et Building Research Institute (Japon). Patrick Molinié, chef de projet à l'institut technologique FCBA et qui est à l'initiative de ces rencontres, explique : "Nous avons voulu voir ce qu'il se passait au-delà de R+6 ailleurs dans le monde. Actuellement, 50 projets de constructions de cette hauteur sont engagés. Pour réaliser un 'benchmarking' nous nous sommes penchés plus particulièrement sur le Canada, la Suède et le Royaume-Uni".

 

Les exemples canadiens et japonais

 

La construction d'immeubles en bois de plus de six étages s'inscrit dans un contexte fort de changements, post-COP21, où le bâtiment cherche à diminuer son impact carbone. "Le bois contribuera au développement des territoires en valorisant ses ressources et en limitant les transports par la densification urbaine", assure Patrick Molinié. Déjà largement employé dans la construction de surélévations et d'édifices relativement bas, le matériau va désormais s'attaquer à des plus grandes hauteurs. Pierre Lapointe, le président de FPInnovations, détaille : "Nous avons des projets à 18 étages en lamellé-croisé au Québec et en Colombie britannique. Ces constructions en hauteur permettent de lutter contre l'étalement urbain. Et les bâtiments sont plus rapides à construire tout en engendrant moins de nuisances". Il cite l'exemple du Brock Commons Building qui a poussé en seulement 3 mois, grâce à neuf personnes mobilisées sur un chantier "zéro déchet" et qui fait "peu de bruit". Le spécialiste canadien évoque également l'emploi intelligent d'un matériau qui connaît des difficultés à l'exportation vers les Etats-Unis, qui viennent d'imposer une taxe sur le bois d'œuvre, et l'emploi de CLT pour la construction de ponts routiers de grandes dimensions (160 mètres de portée en quatre arches) comme à Mistissini (Québec).

 

Les grandes hauteurs constituent donc la prochaine frontière, en raison de la nature du matériau, léger et souple. Shintaro Nishimura, directeur Europe pour Suteki Home (Nice Corporation), dévoile la situation au Japon : "Le bois est idéal pour la construction durable. Mais, du fait de la sismicité, nous ciblons une hauteur de 4 à 6 étages pour les immeubles en CLT. Le Building Research Institute réalise des travaux de R&D sur la sureté et la sécurité (incendie, séismes, typhons) ainsi que sur la durabilité". Des données qui seront précieuses pour toutes les autres nations, y compris le Canada, dont la façade Pacifique est exposée à ce risque tectonique. En France, les études portent sur des structures jusqu'à 30 niveaux en maquette numérique, incorporant les aspects vibratoires et acoustiques. Le but : convaincre les politiques et producteurs pour aller vers cette ingénierie du bois, encore trop peu enseignée, et pour développer de nouveaux concepts.

 

Développer des démonstrateurs d'IGH

 

Les notions de confort d'usage et de bien vivre dans un logement bois seront également abordées par les spécialistes internationaux, en particulier scandinaves, les plus avancés dans le domaine. Les échanges qui se dérouleront lors de Woodrise permettront à tous les acteurs de partager leurs idées et de répondre aux besoins d'une grande tendance mondiale. Shintaro Nishimura poursuit : "Au Japon, le bois sera utilisé en façade ou en aménagement intérieur, avec cet aspect de confort". Marcel Chouraqui, directeur général d'Adivbois, renchérit : "Il y a 36 projets d'immeubles 'à vivre' bois. Tous les concepts intègrent une structure et des aménagements intérieurs en bois. Ils serviront de démonstrateur de moyenne et grande hauteur". En effet, deux tours de 50 mètres doivent être construites à Bordeaux, dont la métropole s'est engagée dans un véritable plan de développement des édifices en bois, avec 25.000 m² prévus par an. A terme, le matériau souhaite occuper entre 20 et 25 % de tout le marché de la construction. Restent à convaincre les décideurs, investisseurs et donneurs d'ordres…

 

Le congrès Woodrise :
Du 12 au 15 septembre 2017 au Palais des Congrès de Bordeaux (Gironde), se réuniront plusieurs centaines d'experts de la construction bois pour assister à des conférences et tables rondes autour de quatre grands objectifs : confirmer l'internationalisation de la demande de constructions bois dans des territoires bas carbone, démontrer l'excellence scientifique et technologique internationale dans le domaine de la moyenne-grande hauteur, détecter les opportunités de développement économique et leurs conditions de mise en œuvre, valoriser les compétences et les ressources nationales dans une économie circulaire. L'espace exposition s'étalera sur 3.000 m², et des délégations nationales représenteront onze nations (Autriche, Brésil, Canada, Etats-Unis, Italie, Japon, Norvège, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni, Suède, Suisse). Une journée sera spécialement dédiée à l'architecture (12 septembre) et divers prix seront remis dont les lauréats du concours PUCA/Adivbois et ceux du Prix National de la Construction Bois.

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