TRIBUNE. Réagissant à la publication des résultats de l'enquête Trémi de l'Ademe, sur la rénovation énergétique des maisons individuelles, le président de l'Ordre des Architectes met en avant l'importance de la profession dans la réussite des travaux. Il formule aussi quelques propositions pour finalement parvenir à massifier ce marché.

L'Ademe a récemment publié une étude sur les travaux de rénovation énergétique des maisons individuelles dont il ressort que la dynamique n'est pas encore installée en France. Or, les besoins sont immenses, en particulier dans l'habitat de l'immédiat après-guerre, construit rapidement et avant la mise en place d'une réglementation thermique. Le président du Conseil national l'ordre des architectes, Denis Dessus, voit cependant un signe encourageant : le fait que les ménages citent les architectes indépendants comme premiers interlocuteurs pour réaliser des travaux efficacement. Il rappelle : "Dans une enquête sur la rénovation énergétique publiée il y a deux ans, UFC-Que Choisir parvenait aux même conclusions et reconnaissait l'insuffisance totale de la certification RGE. Seul le recours à un maître d'œuvre indépendant garantissait aux particuliers des solutions de rénovation à la fois globales, cohérentes et performantes".

 

Dans une tribune intitulée "Les architectes, acteurs indispensables de la rénovation énergétique", Denis Dessus remonte même encore plus loin dans le temps. Il cite un rapport de juillet 2015, du Conseil national de l'habitat, sur la rénovation thermique des maisons occupées par leurs propriétaires : "Recourir à un architecte, c'est donc avoir une garantie de compétence, une garantie d'éthique, une garantie contractuelle et des garanties professionnelles". Et le président du Cnoa reprend, point par point tous ces arguments : l'architecte "maîtrise toutes les données du projet (usage, santé, performances environnementales, patrimoniales, financières…)". Ce professionnel agrège toutes les connaissance lui permettant de faire des propositions d'aménagement pertinentes, de trouver des solutions techniques cohérentes, d'organiser la passation des marchés puis de vérifier la bonne exécution des travaux. "Une intervention mal réalisée peut remettre en question les niveaux de performance énergétique à atteindre", écrit-il. Pire, elle pourrait même provoquer des pathologies, à l'édifice ou à ses occupants. Denis Dessus souligne l'importance du diagnostic préalable, pour aboutir à "une conception adaptée à chaque cas particulier". De même, sur les systèmes et équipements de production de chaud, de froid ou d'énergie, Denis Dessus assure que les architectes connaissent les normes en vigueur.

 

Inclure les missions de maîtrise d'œuvre dans le CITE ?

 

Le président de l'Ordre des Architectes fait valoir que, depuis plusieurs années, le Conseil national "appelle à la systématisation du diagnostic global pour tout projet de rénovation". Un maître d'œuvre professionnel indépendant, "dûment assuré et soumis à des obligations déontologiques" aurait, selon lui, "toutes les compétences pour poser [ce] diagnostic global". Denis Dessus se réjouit que les audits énergétiques d'une maison ou d'une copropriété, soient éligibles au Crédit d'impôt transition énergétique (CITE) : "C'est bien sûr une avancée puisque le crédit d'impôt s'ouvre enfin à la réalisation de prestations intellectuelles". Mais il souhaite que le gouvernement aille plus loin : "Il faut simplifier les modalités de réalisation de l'audit énergétique" tout en recommandant que cette intervention devienne "un diagnostic global, étendu, en fonction de la classe énergétique du bâtiment à rénover, aux prestations de maîtrise d'œuvre pour la conception et le suivi du chantier". En d'autres termes : que les architectes prennent la main sur cette mission et qu'elle soit aidée par le dispositif existant.

 

Cependant, même moyennant cette importante mesure, Denis Dessus estime que la seule intervention d'un maître d'œuvre qualifié "ne suffira pas à améliorer les résultats du marché de la rénovation énergétique". Pour parvenir à massifier le mouvement chez les particuliers, il estime nécessaire que les pouvoirs publics rendent "les aides et la fiscalité plus claires, pérennes et incitatives". Le président insiste sur le renforcement de la sensibilisation des ménages sur l'ensemble du territoire, tout en saluant le lancement de la campagne "Faire", centrée sur le bien-être du logement et non plus sur les économies d'énergie. Avant de déplorer : "Le référencement proposé sur le site Internet est, pour l'instant, insuffisant" avec "un nombre limité d'architectes" alors qu'ils seraient "des milliers, répartis sur l'ensemble du territoire, motivés et prêts à répondre à toute taille d'opération". La tribune se conclut sur un appel à l'unité avec les autres professions pour lutter contre le mal logement : "Il faut pour cela permettre aux acteurs, architectes, bureaux d'études, entreprises, d'intervenir chacun dans leur champ d'excellence, et les entraîner dans une vraie dynamique Faire".

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