EXPERIMENTATION. Dans le 4e arrondissement de la capitale, un immeuble géré par Paris Habitat voit ses besoins en chaleur couverts à plus de 35 % par… la ligne 11 du métro qui passe dans le sous-sol. Une solution élégante qui reste toutefois difficile à appliquer à d'autres constructions parisiennes.

Le projet était annoncé depuis 2010 : un immeuble de 20 logements, de la rue Beaubourg (4e arrondissement) - géré par Paris Habitat - serait en partie réchauffé par la chaleur des tunnels de la station Rambuteau. Depuis, l'expérimentation a été menée et elle livre ses premiers résultats : "L'immeuble a été rénové en 2014 et nous disposons maintenant d'un recul de deux saisons de chauffe. En moyenne entre 35 et 38 % des besoins de chauffage ont été couverts grâce aux échanges de chaleur", nous dévoile-t-on chez la RATP. Des résultats satisfaisants qui varient grandement en fonction des saisons. "En mars 2017, ce sont 65 % des besoins qui ont été assurés", nous apprend-on.

 

Techniquement, c'est une pompe à chaleur qui est alimentée en air préchauffé par la circulation des rames de métro, qui dégagent beaucoup de calories au moment du freinage. Marie-Claude Dupuis, directrice Stratégie, Innovation & Développement, déclare : "Ce projet illustre notre capacité à innover au service de la ville durable. Il s'agit d'inventer de nouveaux modèles qui permettront à nos villes et territoires de devenir bas carbone. Les solutions seront multiples, cette expérience en est un exemple, nous avons la conviction que le temps est maintenant à l'action, pour des villes 100 % compatibles avec les Accords de Paris". Car les deux entreprises, Paris Habitat et RATP, ont signé la charte du Plan Climat de la ville. Stéphane Dauphin, directeur général du bailleur social, ajoute : "Ce partenariat avec la RATP confirme nos engagements pour améliorer la performance énergétique du patrimoine et agir plus efficacement sur la maîtrise des charges des locataires". Selon les acteurs de l'initiative, la baisse serait de l'ordre de 70 € par an, pour chaque ménage.

 

Inutile de s'enflammer, le métro ne chauffera pas tous les immeubles parisiens

 

 

Mais cette solution est-elle appelée à se généraliser : les tunnels du métro se transformeront ils en réseau de chaleur urbain ? Non, répond clairement la RATP. "Pour être dupliquée, cette expérimentation doit présenter des critères de faisabilité technique qui sont rares. Tout d'abord, que la température des tunnels ne descende jamais en dessous de 19 °C", nous précise la Régie. Ce qui élimine beaucoup de lignes aériennes (en partie ou en totalité) où les variations et apports d'air extérieur sont trop grands. "Autre élément clé : la distance entre le tunnel et l'immeuble, qui doit obligatoirement être de moins de 50 mètres". De plus, l'immeuble de la rue Beaubourg présentait l'avantage de disposer d'une conduite le reliant directement au métro. Faute de quoi, le creusement d'une galerie dédiée aurait ruiné l'équilibre économique de l'opération. A la RATP, on imagine donc d'autres cas de figure : "Sur le prolongement de la ligne 14, la chaleur du sol sera récupérée dans les parois moulées de deux stations. La géothermie permettra de couvrir les besoins de ces deux stations mais également d'un immeuble de 80 logements à Mairie de Saint-Ouen, à hauteur de 40 % de ses consommations". Les initiatives de ce type, consistant à exploiter la chaleur, fatale ou du sol, tout au long des infrastructures, devraient donc se multiplier.

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