CONJONCTURE. Pour l'Association française des industries des produits de la construction (AIMCC), 2017 a été une année dynamique et cette tendance devrait se poursuivre en 2018. Cependant, quelques points de vigilance demeurent : ils pourraient enrayer le phénomène en 2019. Explications avec Hervé de Maistre (président de l'AIMCC) et Jacques Manzoni (groupe de travail Economie).

L'AIMCC, qui rassemble pas moins de 70 fédérations différentes et 7.000 entreprises (grands groupes et PMI/PME), et son président Hervé de Maistre sont globalement satisfaits : "L'année 2017 a été très bonne et, de l'avis des industriels, 2018 devrait l'être aussi".

 

Le responsable du groupe de travail Economie de l'association, Jacques Manzoni, dévoile : "L'enquête, menée entre décembre et janvier, confirme la reprise, avec une progression comprise entre +4 et +6 % pour la majorité des industriels". Les produits de la construction ont bénéficié de l'embellie du secteur du bâtiment (+4,7 % selon la FFB) et des travaux publics (+2,5 % selon la FNTP). Pour un professionnel de l'AIMCC sur dix, la progression a même dépassé les +6 %, tandis que pour un peu moins d'un sur trois, elle a été plus mesurée, comprise entre +1 et +3 %. Et ces chiffres devraient être confirmés en 2018 : "La tendance restera la même, entre +4 et +6 %", assure l'expert. "Nous avons quitté les années sombres, l'activité confirme son évolution positive".

 

En 2018, l'activité continuera de croître

 

Il analyse : "En zoomant plus spécifiquement sur le secteur du gros-œuvre de l'AIMCC, on constate que le redressement a débuté en 2016 et confirmé en 2017. En 2018, plus de la moitié des industriels anticipent une évolution au-delà des +4 %, une activité soutenue". Mais, comme le signale Jacques Manzoni, les niveaux de départ étaient bas : "Sur les 6-7 dernières années, la tendance est de -30 %. On n'atteint donc pas les seuils de 2007-2008". Pour le secteur du second œuvre, la reprise se fait sentir de façon moins intense. "Le niveau d'activité progresse entre 0 et +3 %", déclare le responsable du groupe de travail. "Pour 2018, on voit une évolution plus positive, avec une progression de l'ordre de +4 % grâce à la reconduction de certaines mesures fiscales jusqu'au 1er juillet au moins, qui soutiennent les six premiers mois d'activité. Nous retrouvons un peu d'optimisme". Enfin, pour le secteur des équipements, la moitié des professions a connu une progression comprise entre +1 et +3 % tandis que l'autre moitié a encore mieux performé (+4 à +6 %). Cette tendance devrait se poursuivre en 2018, avec une activité toujours très soutenue et un axe médian situé aux alentours de +4 à +5 %.

 

Pour la première fois, l'AIMCC a interrogé ses adhérents sur leurs perspectives de recrutement. Jacques Manzoni, poursuit son analyse : "Une profession sur cinq envisage d'accroître ses effectifs. Mais quatre sur cinq tablent plutôt sur une stabilité. Compte tenu des départs en retraite et du renouvellement des effectifs, ils procèderont bien à des recrutements". Le responsable du groupe de travail Economie note également "une forme d'attentisme" cumulée à un recours à l'intérim et à l'automatisation de la production pour expliquer cette relative stagnation des effectifs. Quant aux profils recherchés, ils concernent en priorité des postes commerciaux, d'encadrement et des spécialistes du digital.

 

Effort de formation et d'innovation

 

Mais pour profiter pleinement de cette dynamique de reprise, l'AIMCC insiste sur la nécessaire confiance en l'avenir. Et l'association des industries des produits de la construction note de nombreux points à surveiller afin de maintenir la compétitivité des entreprises du secteur. Jacques Manzoni énumère les sujets d'inquiétude : "Le ralentissement du rythme de vente des logements indépendants et collectifs, et le gel des projets liés à l'habitat social suite aux annonces du gouvernement en juillet dernier. L'arrêt du dispositif Pinel depuis le 1er janvier 2018 pour les zones B2 et C, qui incluent des secteurs actifs comme Vannes, Angers ou Le Mans. Le recentrage du PTZ et la baisse des APL également. Mais surtout des tensions sur la main-d'œuvre : il manque entre 25.000 et 30.000 chauffeurs ! Et également la poursuite de l'augmentation du prix des matières premières".

 

Hervé de Maistre, le président de l'AIMCC, conclut : "La reprise a de grandes chances d'être là en 2018 et 2019. Nous ne sommes pas à l'abri d'autres bonnes nouvelles. Mais 2017 a tout de même été difficile en termes de marges, avec des coûts en hausse pour les transports et les matières premières. Nous avons besoin de stabilité réglementaire, juridique et fiscale, dans un cadre européen. Cette visibilité est essentielle pour assurer la reprise des investissements". Il note que les embauches sont également difficiles pour les artisans, clients des entreprises de produits de la construction : "Il est difficile de séduire les jeunes, le secteur est moins attractif. Il faut travailler sur le sujet avec l'ensemble des acteurs". L'AIMCC planchera sur cette question de la formation professionnelle en 2018, mais également sur d'autres axes, comme la numérisation, la transition écologique et les performances environnementales des produits, l'innovation au sens large ou encore la réussite du plan de rénovation énergétique lancé par l'exécutif.

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