CRISE. La Fédération française des constructeurs de maisons individuelles (FFC) lance un cri d'alarme aux pouvoirs publics suite à la suppression de certaines aides qui plombe ce segment de marché. Les mises en chantier seraient en forte baisse dans certaines zones rurales. Détails.

Le nombre de maisons individuelles en construction dans les zones géographiques B2 et C - c'est-à-dire la majeure partie du territoire français en dehors des grandes agglomérations - subit une "baisse très importante", selon la FFC, qui souhaite alerter les pouvoirs publics. Selon Gérard Lebesgue, son président, contacté par Batiactu, l'explication est simple : "Suite à la suppression des aides, notamment de l'APL Accession, le gouvernement a fermé la porte de l'accès à la propriété aux plus démunis, via la construction de maisons individuelles neuves".

 

Une chute de 30% du nombre de prospects

 

D'après des remontées des adhérents de l'organisation professionnelle, le nombre de prospects est en chute de 30%, celui des prises de commandes de près de 20% et celui des ouvertures de chantier de 12-13%. "Nous craignons de frôler les -15% d'ici à la fin de l'année", s'inquiète Gérard Lebesgue, qui n'a pas grand espoir d'être entendu par les pouvoirs publics à quelques mois des arbitrages de la loi de finances pour 2019.

 

 

"Le Gouvernement a la logique suivante : il considère que 42 milliards d'euros de dépenses pour le Logement ne constituent pas un investissement rentable. C'est dommage, car je rappelle que l'APL accession représente 400 millions d'euros de ce budget." Pour la FFC, l'idée de cibler les aides sur les zones tendues n'est pas la bonne. "Il ne faut pas oublier que 55% de la population vit hors des zones urbaines." Quid, alors des plans de type 'Coeur de ville' visant à revigorer les zones plus rurales ? "Nous ne réussirons pas à amener des gens à vivre dans des lieux où ils ne souhaitent pas vivre. Et surtout pas si c'est plus cher. Car remettre aux normes actuelles des logements anciens coûte plus cher que de construire du neuf."

"Le Gouvernement ne devrait pas jouer aux apprentis sorciers"

 

Les professionnels de la maison regrettent de n'être pas écoutés depuis un an, alors même qu'ils avaient assuré les pouvoirs publics qu'une limitation des aides menacerait des emplois non-délocalisables de la filière. "Nous sommes en contact avec le Gouvernement depuis juillet 2017", explique Gérard Lebesgue. "Nous les avons immédiatement prévenus des conséquences que ces décisions auraient, car les mêmes causes produisent les mêmes effets. Mais nous n'avons pas été entendus... Ce que nous aurions souhaité, c'est une vraie concertation. Parce qu'il n'y en a pas eu. La concertation sur la loi Elan, par exemple, a consisté à déplacer quelques virgules par rapport au projet initialement prévu. Ce n'est pas ce que nous appelons une concertation. Le Gouvernement ne devrait pas jouer aux apprentis sorciers..." Gérard Lebesgue pointe enfin un paradoxe dans le discours gouvernemental : "Les décideurs estiment que c'est aux acteurs de faire diminuer les coûts de construction. Comment cela est-il conciliable avec la volonté générale de rendre nos habitations plus performantes thermiquement et en matière de bilan carbone ?"

 

Un effet mécanique d'effondrement de la demande

 

La Fédération française des constructeurs de maisons individuelles affirme également que le montant des aides supprimées était "largement couvert par la TVA engendrée par la construction". Le président de la FFC ajoute : "Dans la chaîne de valeur, nous pensons que pour nos concitoyens, devenir propriétaire de maison individuelle neuve est une valeur porteuse de développement durable". Il soutient que l'outil de production serait d'ores et déjà "fortement malmené" et qu'il court un risque de destruction. De son côté, la FFB avait déjà tiré la sonnette d'alarme au début du mois de juillet. Jacques Chanut, son président, expliquait alors : "Le gouvernement en place fin 2017 a raboté le PTZ et le Pinel, supprimé l'APL Accession et profondément bouleversé le modèle de logement social : un effondrement s'ensuit presque mécaniquement".

"Nous ne pourrons pas loger tous les Français dans les métropoles"

 

Le mouvement indépendant qui regroupe des constructeurs de maisons individuelles (FFC) souhaite donc peser dans le projet de loi de Finances 2019, en cours de préparation. Gérard Lebesgue conclut : "Nous nous tenons à la disposition du gouvernement pour travailler sur ce sujet, ô combien important, et apporter l'expertise de notre fédération sur ce sujet. Ne rentrons pas dans un combat métropole contre territoires ruraux. Nous ne pourrons pas loger tous les Français dans les métropoles. Tous n'en ont pas les moyens et tous n'en ont pas le souhait".

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