COLLECTIVITES. Le Premier ministre Edouard Philippe s'est rendu ce jeudi 22 novembre au 101e Congrès des maires, à la Porte de Versailles (Paris), pour clôturer l'évènement. Après plusieurs mois de relations glaciales, les élus locaux guettaient d'éventuelles annonces du Gouvernement. Mais si les deux camps se parlent, il semblerait qu'ils ne parviennent pas à s'entendre.

Drôle d'ambiance au Parc des expositions de la Porte de Versailles, à Paris, ce jeudi 22 novembre. Après plusieurs mois de relations glaciales entre les élus locaux et le nouvel exécutif arrivé aux responsabilités en mai 2017, et dans un contexte de restriction des dépenses publiques, les maires guettaient d'éventuelles annonces du Gouvernement. L'Association des maires de France (AMF), qui organisait en 2018 son 101e Congrès des maires et présidents d'intercommunalités, avait, comme le veut la tradition, invité le président de la République à clôturer les quatre jours d'échanges. Mais Emmanuel Macron a décliné la proposition, préférant à son tour convier les édiles le mercredi 21 novembre au soir au Palais de l'Elysée. Un geste de "recentralisation" qui n'a pas du tout été au goût des maires.

 

"Pas de concertation"

 

Un autre geste qui a été mal (ou pas) compris, c'est la décision du chef de l'Etat d'envoyer son Premier ministre au discours de clôture du Congrès de l'AMF. Comme il pouvait s'y attendre, Edouard Philippe a essuyé de la colère mais surtout de la résignation de la part des élus locaux, résignation dont François Baroin, président de l'AMF et maire de Troyes, s'est fait l'écho : "La République a été abîmée, il n'y a pas de concertation et la CNT [Conférence nationale des territoires, un rendez-vous régulier entre l'Etat et les collectivités territoriales mis en place par le Gouvernement, NDLR] a été un échec". L'ancien ministre est notamment revenu sur deux sujets : le logement, et la compétence eau/assainissement. "Il va peut-être falloir se poser la question du logement de manière plus concertée. La production de logements sociaux comme privés est en berne, les chiffres sont encore plus inquiétants pour 2019, et les investissements dans les quartiers sont bloqués en cale sèche." Une attaque en règle contre la politique du logement de l'exécutif, avec la loi Elan dans le viseur, et des chiffres de la construction bien plus mauvais qu'attendus. François Baroin a également critiqué l'attitude du Gouvernement et de la majorité parlementaire dans le dossier du transfert des compétences eau et assainissement des communes aux intercommunalités : "En quoi c'est un problème politique de retirer aux maires le pouvoir de fermer le robinet ?", avant de conclure : "Les attentes des élus sont fortes. Nous voulons croire à une nouvelle ère des relations entre l'Etat et les collectivités territoriales".

 


 

"On assiste à une recentralisation"

 

Succédant au président de l'AMF à la tribune, Edouard Philippe a pour sa part vanté un "dialogue précieux", expliquant : "J'ai entendu quatre choses suite à mes échanges avec les maires : une volonté de respect et de confiance, des inquiétudes quant au périmètre des intercommunalités, et de la fiscalité locale, et enfin une volonté souvent farouche de réparer et de développer nos territoires". La question de l'aménagement du territoire - même si l'expression "des territoires", révélatrice de la fracture géographique, est de plus en plus utilisée - reste donc au coeur des relations - et des conflits - entre l'Etat et les élus locaux. Après avoir reconnu que la loi Notre (Nouvelle organisation territoriale de la République), la dernière loi de décentralisation en date votée sous François Hollande, "est loin d'être parfaite", le Premier ministre s'est arrêté sur le phénomène de métropolisation : "Il faut permettre que les métropoles deviennent des facteurs d'irrigation de leurs territoires. On est passé d'une logique 'Paris et le désert français', à une logique 'Paris, les métropoles, et le reste du pays', et ça, il faut le changer." Avant que le chef du Gouvernement n'admette lui-même : "On assiste depuis quelques temps à une recentralisation".

 

Bien que l'Etat et les collectivités parviennent au même constat, leur analyse respective des causes et des conséquences diffère. Il semblerait que les deux camps se parlent mais sans véritablement s'entendre.

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