EXPÉRIMENTATION. Est-il possible de concevoir et réaliser des maisons à énergie positive qui soient également confortables pour leurs occupants ? Une dizaine de constructeurs ont relevé le défi dans le cadre du programme Comepos, lancé en 2013. Désormais habités, les pavillons livrent leurs premiers enseignements.

Au lendemain de l'adoption de la Réglementation thermique 2012, les fabricants de maisons individuelles ont souhaité lancer une expérimentation sur les constructions "à énergie positive" (qui produisent davantage qu'elles ne consomment), afin d'anticiper l'étape suivante de l'évolution réglementaire française. Patrick Vandromme, président de LCA-FFB, relate : "Le projet Comepos est un événement salutaire pour la profession, après le caractère imposé et vertical de la RT 2012, adoptée sans consultation véritable avec les constructeurs". Celui qui est également président de Maisons France Confort estime que la dernière réglementation a induit un surcoût mesuré de +8 à +13 % dans la construction des maisons. "Il y a eu trois réactions. Ceux qui avaient anticipé et qui ont répondu facilement. Les adhérents LCA-FFB, également armés face aux nouvelles contraintes. Ou enfin les autres, plus éloignés de représentations syndicales, qui l'ont subi de plein fouet". Pour ne pas reproduire cette situation lors de l'entrée en vigueur de la prochaine réglementation environnementale (RE 2020), les acteurs se sont mobilisés avec le concours du CEA et de différents industriels.

 

Des innovations vertueuses qui deviendront standard dans les prochaines années

 

Jacques Plévin, de Delta Dore, explique : "Il est possible de faire des maisons à énergie positive et confortables. La domotique, dans son rôle d'intégrateur, sera le trait d'union entre les industriels, les bureaux d'études et les chercheurs". Lancée en 2013, l'expérience repose aujourd'hui sur une vingtaine de maisons bâties sur l'ensemble du territoire, afin de couvrir toutes les zones climatiques de France. Et également pour tester de multiples solutions constructives et systèmes embarqués. "Le monitoring a été standardisé par le CEA-Ines pour être comparable entre les maisons, mais il est adaptable aux différentes solutions techniques choisies pour la production d'eau chaude sanitaire, de chauffage, de production d'énergie ou de ventilation".

 

Ainsi, les maisons diffèrent grandement. Chez Chamois Constructeurs, par exemple, la maison iséroise de 144 m² imaginée pour un couple sans enfant dispose d'un plancher chauffant à double fonctionnalité, chauffage et ECS, qui participe à son rafraîchissement en été. Chez IGC, en Gironde, les contraintes étaient bien différentes, puis la villa est à la fois plus petite (90 m²) et beaucoup plus densément peuplée (famille de quatre personnes). Jacques Plévin signale une option "tout aéraulique" pour le chauffage-ventilation-rafraîchissement, avec extraction et insufflation optimisées couplées à des capteurs de CO2. Il note : "Une approche complexe mais qui donne d'excellents résultats, qui tend à apparaître dans des régions du sud". Pour TradiMaisons, en Auvergne, le prototype se nomme "Positivix". Cette fois, c'est une chaudière à gaz qui alimente des radiateurs à faible inertie, tandis que la ventilation par insufflation est préchauffée au moyen d'un caisson intelligent qui prend en compte la qualité de l'air intérieur. Ce dernier est capable de jouer le rôle de cheminée aéraulique l'été, pour faire du free cooling. Enfin, chez Trecobat, la villa E-Roise adopte un générateur thermoélectrique à effet Peltier qui produit du chaud et du froid, couplé à une PAC et à un système de géothermie qui permet de stocker des calories dans le sol et d'aller les y rechercher au moment opportun.

 

Des acquéreurs à l'avant-garde de la transition énergétique

 

Comme on le voit, les solutions techniques sont extrêmement variées et avancées. La sociologue du CSTB Lydie Laigle, a procédé à une enquête qualitative auprès des constructeurs et des occupants, afin de connaître leurs motivations et leurs sentiments sur ces maisons-prototypes : "Les constructeurs les voient dans une logique d'amélioration continue sur le plan constructif et technique. Egalement comme un moyen d'instaurer une relation privilégiée avec les clients-habitants qui sont placés au cœur de l'expérimentation". L'experte des sciences sociales souligne que les producteurs de maisons ont été particulièrement à l'écoute des besoins et des envies des occupants quant aux espaces de vie, à la connectivité ou à la luminosité. Car un double objectif est bien recherché : performance et confort.

 

Les habitants se montrent particulièrement éveillés aux différentes dimensions de ce confort, comme l'analyse Lydie Laigle : "Ils sont sensibles à l'aspect thermique, à l'acoustique, la luminosité, la qualité de l'air intérieur, la fonctionnalité… Ils se montrent attentifs à l'agencement des espaces et à l'intégration des systèmes techniques type chauffage ou ventilation". Les concepteurs sont donc prévenus : il faudra que ces équipements soient discrets, bien dimensionnés et qu'ils ne génèrent aucune gêne ou inconfort. La sociologue insiste sur un autre impératif : "Les systèmes techniques doivent laisser une latitude pour choisir et piloter son confort et l'adapter à son mode de vie", ce qui implique des solutions réactives, gérées à distance et dont la régulation demeure simple.

 

Etienne Wurtz, directeur de recherche au CEA-Ines, tire quelques conclusions générales des observations faites dans les premières maisons Comepos habitées : "Pour l'ensemble des constructions, les consommations de chauffage restent supérieures à celles de l'eau chaude sanitaire". Ainsi, même dans des bâtisses hyper-isolées et performantes, l'ECS ne devient pas le premier poste de consommation. Pour l'autoconsommation, il assure : "Il suffit de 30 m² de photovoltaïque pour rendre une maison individuelle de 100 m² à énergie positive, tous usages compris. Le surcoût constaté n'est que de quelques pourcents hors PV. Cette installation s'amortit par réduction de la consommation électrique entre 10 et 15 ans, sachant que l'investissement peut être porté par un tiers investisseur". Enfin, sur l'adoption de batteries pour stocker l'électricité, il se montre assez catégorique : "Leur intégration n'est pas encore réellement opérationnelle et justifiée avec le développement des voitures électriques". En revanche, l'adoption de systèmes de rafraîchissement alimentés grâce à des renouvelables apparaît comme pertinente. Patrick Vandromme (LCA-FFB) conclut : "Les acquéreurs sont à l'avant-garde de la transition énergétique. Le programme Comepos enrichit la profession et les connaissances. Ces innovations vertueuses deviendront notre quotidien dans les prochaines années".

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