FINANCES LOCALES. En 2018, les collectivités territoriales ont vu leur trésorerie progresser de 5%, pour finalement dépasser les 59 milliards d'euros. Autant dire que les communes, départements et régions ont de quoi faire dans les caisses. Mais le contexte politique et économique ne les incite cependant pas à investir.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que les collectivités territoriales ont, en 2018, joué la carte de la prudence. Selon une note de conjoncture de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP), basée elle-même sur des données de la société de conseil Stratégies locales et sur celles de l'Association des maires de France (AMF) et de La Banque Postale Collectivités Locales, les communes, départements et régions de France ont vu leur trésorerie progresser de 5%, pour finalement atteindre les 59,2 milliards d'euros. Ce qui représenterait plus d'une année d'investissements publics locaux. D'ailleurs, entre 2010 et 2018, les excédents de trésorerie des collectivités auraient plus que doublé.

 

Les collectivités sont aujourd'hui confrontées à des difficultés d'ingénierie financière et technique

 

Le détail des chiffres est le suivant : en 2018, les communes ont capitalisé environ 25 milliards d'euros, pendant que les départements comptabilisaient quelques 6 milliards, et les régions, environ 3 à 4 milliards. Les autres types de collectivités bénéficient quant à elles d'une trésorerie de plus de 20 milliards. Alors, comment expliquer ces chiffres ? En premier lieu, il convient de rappeler que la trésorerie des collectivités se base sur deux principes : l'obligation de dépôt au Trésor public des fonds disponibles, et leur absence de rémunération. Ensuite, même s'il faut évidemment prendre en compte les spécificités propres à chaque commune, département ou région, quelques grandes tendances permettent d'expliciter cette situation, et peuvent même, dans certains cas, se cumuler. Déjà, les recettes fiscales s'avèrent dynamiques. De plus, la stagnation, voire la baisse des dotations de l'Etat en direction des collectivités, a amené ces dernières à rester prudentes quant à leurs dépenses d'investissements. Enfin, la FNTP table sur le fait que les communes ont dû s'habituer à percevoir des cofinancements pour la réalisation de certains projets, d'où un effet de levier sur leurs propres financements, avec un effet psychologique indéniable. Dernier facteur explicatif : les collectivités sont aujourd'hui confrontées à des difficultés d'ingénierie financière et technique, qui complexifient la concrétisation de leurs projets.

 

D'autres chiffres méritent d'être précisés : en 2017, la trésorerie des communes s'est élevée, en moyenne, à 297 jours de dépenses pour les collectivités de moins de 500 habitants, contre 106 jours pour les agglomérations de 3.500 à 10.000 habitants, et 31 jours pour les villes de plus de 100.000 habitants. Autrement dit, ce sont les plus petites communes (moins de 500 habitants) qui cumulent le plus de trésorerie.

 

Les collectivités disposent actuellement de marges de manœuvre conséquentes

 

Quel analyse tirer de ces statistiques ? Pour la FNTP, "cet excès d'épargne est préjudiciable puisque c'est de l'argent dormant qui n'est pas utilisé pour des projets de territoires". Dans la même optique, il existerait également un risque que la Direction du budget (rattachée au ministère de l'Economie et des Finances) considère ces réserves financières comme un signe de bonne santé des collectivités, et qu'ainsi celles-ci soient encore davantage mises à contribution dans la lutte pour la baisse des déficits publics.

 

Mais en parallèle, de telles sommes indiquent aussi que les collectivités territoriales disposent à l'heure actuelle de marges de manœuvre conséquentes, qui leur permettraient logiquement d'investir. A ce sujet, la fédération rappelle que "les besoins sont d'ailleurs nombreux pour accompagner la transition écologique et développer la cohésion territoriale : entretien des réseaux d'eau et d'assainissement, solutions de mobilité, aménagements urbains…". Et l'organisation de citer une note conjoncturelle de l'agence de notation financière Standard and Poor's, datée de février 2019, et selon laquelle les collectivités bénéficient d'un "environnement économique, financier et institutionnel globalement favorable, notamment du fait de la stabilité globale des dotations de l'Etat, mais également de recettes de fonctionnement dynamiques, ainsi que de la poursuite d'une maîtrise forte de leurs dépenses de gestion". Ce qui nous conduit à la conclusion de cette étude : les communes, départements et régions pourraient, aujourd'hui, financer des investissements sans pour autant alourdir le poids de leur dette.

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