ANALYSE. Le secteur du bâtiment se porte mieux depuis quelques années, mais la vie des artisans du secteur n'en est pas moins semée d'embûches, qui ont été listées lors d'une conférence de presse qui s'est tenue à la banque de France, ce 13 février 2020.

Le quotidien d'un artisan du bâtiment, ce n'est pas en premier lieu la partie technique/chantier, mais plutôt tous les 'cailloux dans la chaussure' qui viennent compliquer sa vie professionnelle. C'est ce qui, en résumé, est ressorti d'une conférence de presse où trois artisans du bâtiment d'Île-de-France, affiliés à la Capeb, ont évoqué leur quotidien. Ils étaient invités par la banque de France à partager leur ressenti sur la conjoncture actuelle.

 

Des marges "structurellement faibles"

 

Le secteur du bâtiment va bien mieux qu'il y a quelques années, comme l'a expliqué Jean-Pascal Prévert, directeur régional Île-de-France à la banque de France. "Le BTP a été très violemment impacté par la crise économique, avec une grande difficulté des entreprises à tenir leurs marges. Aujourd'hui cela va heureusement mieux." Pour autant, il ne faudrait pas en conclure que la situation est aisée. "Les trésoreries ont été laminées, les artisans s'emploient donc aujourd'hui à reconstruire leur haut de bilan, mais les marges restent structurellement faibles." Pour la banque de France, être chef d'entreprise de TPE du bâtiment, aujourd'hui, c'est travailler à tous les instants : "Effectuer le suivi de chantier, gérer les coûts, les approvisionnements, le besoin en fonds de roulement... C'est un secteur très difficile."

 

 

Le second œuvre bénéficie de davantage de dynamisme que le gros œuvre en ce moment, du fait de la grande dépendance de ce dernier à la construction neuve, annoncée en légère baisse en 2020.

 

La concurrence déloyale sous toutes ses formes

 

"Nous sommes soumis à une forte concurrence déloyale", assure Thierry Laureau, gérant d'une entreprise francilienne de 5 salariés et président de la Capeb grande couronne. "Même si le travail détaché est encadré par la réglementation, force est de constater qu'il a souvent tendance à déraper", assure-t-il. Il évoque également l'existence d'entreprises pour ainsi dire 'fantômes', qui se créent, interviennent sur plusieurs chantiers, puis disparaissent, le tout sans avoir déclaré ni chiffre d'affaires ni TVA. "Cela impacte forcément notre carnet de commandes", déplore-t-il.

 

Une autre forme de concurrence déloyale est identifiée dans les micro-entreprises. "Nous n'avons rien contre les gens qui créent leur entreprise, bien évidemment", commence Thierry Laureau. "Mais la disparité existante sur le niveau de charges n'est pas normale. Nous avons aussi une grosse crainte : que se passera-t-il le jour où ces professionnels, qui cotisent très peu pour leur retraite, en demanderont une ?" Comme ils cotisent très peu, ils toucheront très peu, d'où une "catastrophe annoncée", prédit le chef d'entreprise artisanale.

 

Foncier : la difficulté à trouver des locaux pour artisan

 

C'est un problème qui fait rarement la Une des journaux, mais de plus en plus d'artisans travaillant en zone urbaine (et en premier lieu en Île-de-France) ont du mal à trouver des locaux en centre-ville, voire en petite couronne. Ils s'éloignent donc des centres économiques. "Nos marges ne sont pas très importantes, et nous sommes en concurrence avec des plus grands groupes qui ont davantage de moyens et font monter les loyers", témoigne ainsi Robin Peltier, maître artisan à Boulogne-Billancourt (92).

 

A terme, Thierry Laureau envisage que les clients en centres-villes manquent d'artisans pour intervenir chez eux, sauf payés à prix d'or. "A mesure qu'ils s'éloigneront des centres, il se créeront une nouvelle clientèle dans des zones périphériques voire rurales, et refuseront de venir travailler en ville."

 

L'élimination des petits gravats

 

"Quand vous déconstruisez une tour à la Défense, vous pouvez facilement vous débarrasser des gravats par péniche. Mais quand vous n'avez qu'une seul toilette à déposer, c'est beaucoup plus difficile." Un paradoxe résumé par l'artisan Robin Peltier. Qui a observé que depuis dix ans le prix de gestion des gravats a explosé.

 

Mobilité : un casse-tête pour les artisans en ville

 

Les difficultés de déplacement dans les zones urbaines constituent visiblement un frein "à court terme" pour l'activité des artisans. L'éloignement des locaux professionnels des artisans les poussent par ailleurs à faire davantage de kilomètres, alors que parallèlement les taxes sur le diesel augmentent. "Si nous optons pour le diesel, ce n'est pas par choix, c'est parce qu'il n'y a pas d'alternative", explique Thierry Laureau. "Mes collègues sont favorables à passer à des véhicules davantage respectueux de l'environnement, même si c'est un un plus cher : mais pour l'instant, les solutions n'existent pas."

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