IMMOBILIER. A quelques jours du Simi, le Plan Bâtiment Durable publie le 4e rapport annuel de sa Charte pour l'efficacité énergétique et environnementale des bâtiments tertiaires publics et privés. En cinq ans, les signataires affichent des progrès certains et relatent quelques difficultés.

Philippe Pelletier, président du Plan Bâtiment Durable, écrit, en préambule du rapport annuel de la Charte tertiaire : "Un nouveau plan de rénovation énergétique a été présenté par le gouvernement au printemps 2018 ; il fait de la rénovation énergétique du parc tertiaire, spécialement du parc public, une priorité qui se traduit par la consolidation de l'obligation progressive de rénovation de l'ensemble du parc à l'horizon 2050 et par un soutien aux démarches volontaires des acteurs". Le secteur de l'immobilier s'est, de son côté, mobilisé depuis 2013 pour rénover ses actifs, avec aujourd'hui près de 130 acteurs - publics et privés - engagés délibérément dans cette dynamique.

 

 

La 4e mouture du rapport révèle que les objectifs ont finalement très peu varié pour les signataires, et que ceux définis au cours de la période 2010-2020 seront conservés pour la décennie suivante par presque tous les propriétaires et gestionnaires. Le Plan Bâtiment Durable note qu'ils éprouvent certaines difficultés à conserver un objectif stable en raison de "la variabilité du périmètre de leur parc", qui évolue en fonction d'investissements et de reconfigurations des stratégies immobilières des utilisateurs. Toutefois, "il y a fort à parier que pendant les deux prochaines années les objectifs seront progressivement ajustés sur ceux de la loi Elan (-40 % en 2030), avec ou sans paliers intermédiaires". Autre limite de l'étude publiée par l'OID et l'Ifpeb : le faible nombre de répondants ayant réussi à établir à la fois un état des lieux de leur parc, à définir un objectif précis d'amélioration et à faire le point en 2018 sur l'atteinte relative de cibles.

 

Pionniers, besogneux et débutants

 

Sur le seul sujet de l'efficacité énergétique, les auteurs distinguent trois groupes d'acteurs : les "expérimentés", les "travailleurs" et les "apprenants". Les premiers sont parvenus à maturité dans la mise en œuvre de leur stratégie, avec des outils et des actions en place, et des effets mesurés. Les seconds, à l'œuvre, sont globalement en ligne avec la progression prévue par la loi Elan, même si certains sont en retard sur leurs objectifs. Enfin, les derniers, sont moins avancés quant à leurs résultats même s'ils ont mis en place un plan avec des moyens. Le plus gros du travail reste à faire pour eux. Des difficultés de terrain persistent, pour l'ensemble des signataires, notamment la bonne connaissance de l'image énergétique de leur parc (seule la moitié des répondants en ont une), les collaborations complexes entre bailleurs et locataires, ou encore le coût des opérations en particulier pour les opérateurs publics. "Ce rapport envoie donc un message de réalisme à l'heure de la préparation du 'décret tertiaire' : les leviers sont identifiés et un certain nombre d'acteurs sont déjà bien engagés dans la diminution de leurs consommations".

 

Par rapport à la problématique Carbone, aujourd'hui bien identifiée par les professionnels, des stratégies commencent à émerger, mais les actions sont encore peu structurées. Une collection d'outils est en cours de diffusion, dont les approches "bas carbone" sur des opérations de rénovation (BBCA, E+C-, Promotelec). Les acteurs les plus en pointe sont dits "2 degrés" et avancent des objectifs ambitieux de réduction des émissions de CO2 avec des trajectoires vers 2030 ou 2050. D'autres font leurs premiers pas dans cette thématique et sont en train de mesurer leurs émissions, de réfléchir à un objectif, parfois moins ambitieux et moins lointain que ceux de la première catégorie. Quant aux autres, ils annoncent clairement qu'il est trop tôt pour eux et que, compte tenu de la complexité du sujet des émissions de gaz à effet de serre, ils ne sont pas encore en mesure de définir leur position, ni leurs attentes. Concernant les énergies renouvelables, elles demeurent un sujet émergeant : "Si le déploiement d'installations de la part d'utilisateurs et/ou de propriétaires se confirme, le manque de stabilité du cadre réglementaire est perçu comme un frein au développement à plein potentiel de ces solutions".

 

 

Un rappel au partage des retours d'expérience

 

Le président du Plan Bâtiment Durable conclut : "A l'heure où la loi Elan vient confirmer l'obligation d'amélioration énergétique du parc tertiaire et où la co-construction du décret avec les professionnels vient d'être remise sur le métier, les enseignements de ce 4e rapport de suivi de la charte éclairent utilement le débat : une dynamique résolument engagée qui éclaire les travaux réglementaires en cours". Philippe Pelletier semble satisfait de ce bilan d'étape et rappelle à tous les signataires de bien rendre compte de leurs actions de façon régulière pour partager leur expérience avec l'ensemble des participants. Car les répondants n'étaient, finalement, qu'une quarantaine à fournir des éclaircissements (15 propriétaires-bailleurs, 24 utilisateurs, 1 gestionnaire et 1 fédération). Ensemble, ils représentent tout de même plus de 40 millions de m² de surfaces tertiaires (soit 4,2 % de tout le parc national) grâce à la présence de très grands acteurs dont un propriétaire-utilisateur cumulant 23.400 bâtiments (13 millions de m²) et un propriétaire-bailleur qui possède 155 bâtiments (1,4 millions de m²). A l'autre extrémité du spectre, le plus petit répondant est un utilisateur d'un bâtiment de bureaux de 270 m²... Un spectre aussi large que l'est le panorama de l'immobilier tertiaire en France.

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