CONJONCTURE. Le bâtiment est le secteur d'activité qui a subi la plus forte augmentation de défaillances d'entreprises au 2e trimestre 2021, selon une étude du cabinet Altares. Le gros-oeuvre est particulièrement impacté, et encore plus le segment des constructions de maisons individuelles. La flambée des prix des matières premières est également source d'inquiétude pour les prochains mois.

Longtemps repoussée en raison des juridictions qui tournaient au ralenti et des aides mises en place par le Gouvernement pendant la crise du Covid, la fameuse vague de défaillances d'entreprises sur laquelle beaucoup d'observateurs mettaient en garde depuis quelques temps est-elle en train d'arriver ? On pourrait le croire en regardant les chiffres des procédures judiciaires pour le 2e trimestre 2021 : 6.587 dossiers ont été recensés entre avril et juin tous secteurs d'activité confondus, ce qui représente une augmentation de 14,2% en comparaison au 2e trimestre 2020, selon l'étude fraîchement publiée par le cabinet Altares. Certes, le nombre de jugements reste inférieur à son niveau de 2019, mais 3 procédures sur 4 se concluent malgré tout par une liquidation judiciaire directe.

 

 

Construction et immobilier sur la mauvaise pente

 

Dans le détail, 165 sauvegardes, 1.495 redressements judiciaires et 4.927 liquidations judiciaires directes ont été arrêtées au 1er juillet 2021, ce qui menacerait 19.530 emplois. Et avec un bond de 37% de ses défaillances d'entreprises, le bâtiment est le secteur qui paie le plus lourd tribut (1.838 dossiers). Le gros-oeuvre est particulièrement impacté, subissant une envolée de 50% des procédures (572), surtout sur le segment des constructions de maisons individuelles, qui voit son nombre de dossiers exploser de... 88%.

 

Le second-oeuvre et les travaux publics ne s'en sortent pas mieux, accusant une hausse respective de 30% (774 défaillances) et de 24% (82 procédures). Dans le cas du premier, ce sont les mauvais chiffres des segments de peinture-vitrerie (+47%) et de travaux d'installations électriques (+66%) qui grèvent la tendance. Globalement, la construction a donc vu le nombre de ses sauvegardes, redressements et liquidations judiciaires augmenter de 44,2% entre le 2e trimestre 2020 et le 2e trimestre 2021, pour atteindre un taux de liquidations de 74,2%.

 

L'immobilier est lui aussi fortement impacté : entre avril et juin 2021, les promoteurs ont enregistré 46 défaillances, un chiffre qui a pris... +206,7% par rapport à la même période un an plus tôt ! Du côté des agences immobilières, 91 procédures ont été recensées, en hausse de 62,5% sur un an.

 

Les TPE dans le rouge, les PME résistent

 

"Comme attendu, les mois d'avril et mai 2021 se sont logiquement inscrits en très forte hausse (respectivement +54% et +35%) par rapport aux mêmes mois de 2020 ; période alors marquée par le premier confinement et le déclenchement du 'quoi qu'il en coûte' gouvernemental", analyse Thierry Millon, directeur des études d'Altares. "Juin est quant à lui à la baisse (-17%) et les audiences sont encore loin d'avoir retrouvé leur rythme d'avant-Covid. Mais des signaux sérieux de fragilisation émergent. Le taux des liquidations judiciaires directes reste très élevé."

 

D'une manière générale, la situation des très petites entreprises est jugée très préoccupante : les structures de moins de 6 salariés concentrent 89% des défaillances, soit 5.850 procédures, en augmentation de 18% sur 12 mois. L'étude précise toutefois que le niveau catastrophique de 2019 (10.800 dossiers au 2e trimestre) est encore bien loin d'être atteint. Les petites et moyennes entreprises de 10 à 19 salariés, elles, subissent une légère tension (+2,7% de procédures). Altares précise néanmoins que "le nombre de procédures collectives recule pour toutes les autres tailles d'entreprises. La baisse est particulièrement marquée chez les PME de plus de 50 salariés. Aucune liquidation judiciaire directe n'a en effet été prononcée pour des sociétés de plus de 100 salariés."

 

La région francilienne et le Sud-Est particulièrement exposés

 

Tous secteurs confondus, deux régions voient leurs défaillances bondir largement : l'Île-de-France avec +37,3%, tirée par les mauvais chiffres de Paris malgré la résistance des Yvelines et du Val-de-Marne ; et la Provence-Alpes-Côte d'Azur avec 36,9%, qui suit la même tendance que les Bouches-du-Rhône, avec une dégringolade des Alpes-Maritimes un peu contre-balancée par le Var.

 

Trois autres régions affichent une hausse de 17% des procédures : d'abord l'Auvergne-Rhône-Alpes, où la situation se dégrade dans le Rhône et en Haute-Savoie ; ensuite le Centre-Val de Loire, où l'Indre-et-Loire et le Loiret présentent de mauvais chiffres ; enfin les Pays de la Loire, où seule la Sarthe reste dans le vert. La Corse voit aussi ses défaillances progresser de 14%, tandis que le Grand Est se limite à +11%, grâce en particulier à la stabilité du Bas-Rhin. La Nouvelle-Aquitaine, l'Occitanie et la Bourgogne-Franche-Comté demeurent sous la barre des 5%, et trois régions enregistrent même des baisses, comme les Hauts-de-France (-11%), la Bretagne (-21%) et la Normandie (-24%).

 

 

La menace des difficultés d'approvisionnement

 

Tel qu'il est prévu, l'arrêt progressif des dispositifs d'aide mis en place par le Gouvernement pendant la crise du Covid pour soutenir les entreprises ne devrait pas, à ce stade, constituer une menace pour la viabilité financière des acteurs économiques : "Sauf retour d'une épidémie persistante, les perfusions financières devraient être débranchées dans les prochaines semaines. Pour autant, cela ne devrait pas déclencher sur les trois derniers mois de l'année une forte poussée des défaillances et un retour au niveau de 2019", poursuit Thierry Millon, estimant que la médiation et la résolution à l'amiable des retards de paiements "devraient être encore privilégiés".

 

Il est cependant une autre actualité qui suscite beaucoup plus d'inquiétude : la flambée des prix des matières premières, à laquelle le bâtiment est grandement exposé. Pour le directeur des études d'Altares, "faute de pouvoir être aisément répercutées sur les prix de ventes, ces hausses risquent de mettre les trésoreries sous tension, nécessitant parfois de devoir puiser dans les PGE [Prêts garantis par l'État, ndlr], voire de jouer sur le crédit fournisseur et allonger les délais de paiements". Dans le cas où les envolées de prix continueraient même après l'été, les marges des entreprises seraient alors menacées, ce qui pourrait à terme "contrarier sérieusement la reprise, voire compromettre la pérennité des PME et ETI fragiles".

actionclactionfp