SALON. Evolution des modes de vie, de travail, de déplacement, de construction… Autant d'enjeux que les organisateurs de Batimat souhaitent placer au centre des thématiques traitées lors de l'édition 2019. Guillaume Loizeaud (Reed Exposition) et Jacques Chanut, le président de la FFB, livrent leur sentiment sur les moyens de préparer la filière à ces enjeux cruciaux.

Les grands enjeux sociétaux s'inviteront dans les allées de Batimat 2019. Jacques Chanut, le président de la Fédération française du bâtiment (FFB) s'exprimait, en introduction de la conférence de lancement du salon : "L'année sera mouvementée et passionnante. Il y a un enjeu fort autour du normatif de la rénovation, avec un effort nécessaire pour la rendre accessible. D'autres grands enjeux, à moyen terme, sont tout ce qui est autour du BIM et, plus largement, de l'intelligence artificielle. Il ne faudra pas subir mais garder la maîtrise de nos chantiers. C'est un sujet d'indépendance face aux GAFA qui risquent de nous évincer. Soyons très vigilants sur qui détient les bases de données et sur leur accessibilité à tous. Le BIM est un outil qui doit rester un outil d'aide à la conception et à la décision, qui ne doit rien imposer". De même, sur l'évolution des engins, il prédit : "La question des consommations d'énergie sur les chantiers se pose. Une taxation du Gazole Non Routier serait un drame. Elle a été évitée mais le sujet reviendra un jour ou l'autre. Il faut s'y préparer avec des engins adaptés, véhicules ou machines. Ca s'imposera à nous, il faut l'anticiper".

 

Une ambition de (petit) "CES du bâtiment"

 

Le responsable de la FFB poursuit : "Pour l'emploi, il faut que notre secteur se repose la question d'attirer les jeunes et moins jeunes. Il y a un problème d'image et d'attractivité des métiers. Et le manque de personnel qualifié est un frein à l'activité". Jacques Chanut souligne un problème d'accompagnement et de formation des demandeurs d'emplois et ajoute : "Le statut d'autoentrepreneur est synonyme de précarité". Le sujet de l'emploi sera donc très présent sur Batimat 2019, avec une journée entièrement dédiée à la question, le vendredi 8 novembre. Le président de la fédération reprend : "L'attractivité dans les territoires pour 'embaucher au pays' comme on dit, pose la question de la formation en région". Il s'interroge également sur l'évolution du modèle économique des entreprises du secteur, obligées d'aller chercher de la valeur ajoutée dans des activités connexes, en amont ou en aval : "Il faut arrêter la perte de valeur du cœur d'activité". Ce à quoi Guillaume Loizeaud, le directeur du salon, répond : "N'opposons pas numérique et artisans, neuf et rénovation… Il faut une approche globale".

 

L'édition 2019 du grand salon de la construction en France cherchera donc à répondre aux différents enjeux identifiés : l'adoption de modes de vie neutres en carbone et soutenables pour les ressources, la demande de davantage de flexibilité pour les espaces de travail et d'habitation, le recentrage des acteurs du bâtiment sur l'usage et la quantité consommée plutôt que sur la possession, la lutte contre le mal-logement ainsi que le besoin de cohésion sociale passant par l'accès aux services, loisirs et emplois. D'où la grande thématique choisie : "Bâtiment, ville et territoire au centre des transformations sociétales des 10 prochaines années". Antoine de Fleurieu, le délégué général du Gimelec, ajoute : "Le bâtiment et la ville sont au cœur des transformations sociétales. Les technologies existent, elles se développent tous les jours et se mettent en œuvre progressivement". Prenant l'exemple des smartgrids, il rappelle que le bâtiment intégrant désormais des éléments de production énergétique devient un "nœud" au sein de réseaux intelligents, gérés par l'IA. Dans les allées des halls 4, 5 et 6 du parc des expositions de Villepinte, les visiteurs pourront découvrir tout un secteur "Construction Tech" regroupant une centaine de startups ainsi qu'un démonstrateur mettant en scène les technologies de demain : impression 3D, robots, drones. Différentes conférences seront organisées autour de sujets extrêmement variés : enjeux de mobilité durable, aménagement urbain, co-living et co-working, habitat des seniors, biosourcé, économie circulaire, décarbonation, réglementation du photovoltaïque, construction modulaire et préfabrication, nouveaux outils de digitalisation…

 

De multiples espaces et conférences thématiques

 

Divers espaces seront dédiés à des problématiques particulières : "prévention et métiers" avec l'OPPBTP, SMABTP, Pro BTP et Qualibat à l'entrée, "Vivre bois" sur 2.500 m² dans le hall 6, "Déchets amiantés" sur 300 m²… Une master class avec les meilleurs artisans de France sera l'occasion d'assister à des démonstrations de leurs talents, tandis que les salons sectoriels que sont Idéobain et Interclima, d'autres événements seront organisés tout au long de la semaine. Un espace "Innovation & performance" de 400 m² sera dédié aux solutions de génie climatique pour le résidentiel, le collectif et le tertiaire. Les renouvelables seront fortement représentées avec le fort développement des PAC, de la biomasse et du solaire thermique (+40 % de surfaces d'exposition). Un village traitera des fluides frigorigènes tandis qu'un cycle de conférences sera dédié à la qualité de l'air intérieur. D'autres présentations seront dévolues à certains publics : CMistes le lundi, OPH et collectif le mardi, MOA tertiaire, MOA publique, MOE tous les après-midis… Côté Idéobain, le hall 3 de Villepinte accueillera des zones pour les créateurs et designers, architectes d'intérieur et décorateurs, voire spécialistes du meuble français ou du bien-être. Là encore, des journées spéciales intéresseront tous les professionnels : bainistes, vendeurs de salle d'exposition, installateurs… Hubert Maître, secrétaire général de l'Afisb explique : "Les salles de bain sont plus design, économes, confortables, ergonomiques, sûres, évolutives et connectées. La formation est l'enjeu de toute la filière, avec la création d'un titre d'installateur de salle de bain. Car les produits sont plus sophistiqués et donc plus difficiles à mettre en œuvre".

 

Pour faire venir tous les visiteurs attendus des quatre coins de la France, l'organisateur a choisi de mobiliser un dispositif exceptionnel avec 150 bus en région et trois TGV spécialement affrétés entre trois capitales régionales (Bordeaux, Marseille et Lyon) et la gare de l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle situé à proximité de Villepinte. Des navettes seront également mises en place au départ des diverses gares SNCF parisiennes. Guillaume Loizeaud conclut : "Cette année est celle de l'anniversaire des 60 ans de Batimat. Ce salon a déjà réuni 6 millions de professionnels, lancé 4.500 innovations et vu passer 10.000 orateurs dans 3.000 conférences". L'occasion pour lui de lancer une campagne de communication dont la baseline sera "Batimat connecte les pros à l'innovation". Rendez-vous du 4 au 8 novembre prochain, au parc des expositions de Villepinte.

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