La partition est toujours la même, et elle risque de se jouer encore pendant plusieurs mois, pour ne pas dire plusieurs années : les prix des biens mis en vente baissent faute d'acheteurs. En cause ? L'attentisme de certains acquéreurs potentiels qui préfèrent différer leur projet pour acheter plus tard et moins cher. Mais aussi sans doute, la frilosité des banques à accorder un financement aux particuliers.

Fonte des prix

Car s'ils semblent bien faire un geste sur le montant des taux de crédits immobiliers - sur 20 ans, les taux passent en moyenne à 5,10 % contre 5,4 % d'après Cafpi, tandis qu'Empruntis note une baisse généralisée de 0,05 % à 0,30 % selon les régions - les établissements financiers restent sévères quant aux conditions d'octroi des prêts immobiliers. Pour le réseau d'agences immobilières Laforêt en tout cas, « il n'y a pas de crise immobilière mais une crise du financement ».Toujours est-il que la dernière note de conjoncture de la structure fait état d'une baisse des prix généralisée, évaluée à 6 % en moyenne. Le réseau table sur une baisse de 10 % d'ici à la fin de l'année. Une fonte des prix qui touche 80 % du marché, c'est-à-dire les transactions concernant des biens entre 120.000€ et 250.000€. Sur cette tranche, les appartements ont pris une sacrée claque. D'après les chiffres de Laforêt, ils accusent une baisse de 7 % depuis cet été. Les maisons ne s'en sortent pas beaucoup mieux avec une diminution des prix de l'ordre de 6,5%.

Paris, touchée comme ailleurs

Une correction à laquelle n'a pas échappé la capitale où l'on observe une baisse de 1 à 3 % depuis la rentrée, même si sur l'année c'est encore la hausse qui l'emporte. Avec un stock moyen d'invendus qui s'étoffe (+ 50%) et des délais de transaction qui atteignent aujourd'hui 90 jours, le constat devrait s'aggraver rapidement.
C'est en régions comme toujours que la baisse est la plus significative (-3 à -8% en moyenne sur les 10 premiers mois de l'année), avec des nuances selon les zones. A Lyon, les valeurs sûres comme le quartier de la tête d'Or ou de la Croix-Rousse gardent le cap et ne sont pas trop gravement touchés - « -2 à -3%, mais les négociations sont très longues », témoigne un franchisé - mais la ville accuse tout de même une diminution moyenne de 3,3 % depuis janvier. A Marseille, la chute est brutale (- 6,5 %), surtout sur les trois-pièces (-13,8 %), les quatre-pièces (-12,2 %) et les deux-pièces (-10,4%). Nice a perdu 4,2 % depuis 10 mois, tandis que Bordeaux (+ 0,4%) voit les grands appartements du centre-ville gagner en valeur au détriment des studios notamment (-11%). A Toulouse, la baisse reste légère (-1,3 %) et touche surtout les biens entre 70 et 120 m2 (-8,3 %). A Nancy (-0.8%), ce sont les studios qui pâtissent le plus (-3,9 %), tandis que Nantes (-6,7%) voit ses trois-pièces perdre de leur valeur (-13,5 %). Enfin, Rouen (-12,7 %) se caractérise par une forte baisse des deux et trois pièces (respectivement -8,1% et - 7,3 %).

 

Selon Laforêt, il s'agit là « d'un marché d'opportunités pour les personnes finançables ». En clair, bien que le marché soit rouillé, certaines personnes sont néanmoins contraintes de vendre. C'est à ce niveau que tout peut se jouer puisque les vendeurs qui n'ont pas le choix deviennent moins gourmands. « C'est le grand marché de Noël. Quand les acheteurs apportent du cash, les vendeurs n'hésitent pas à baisser le prix de 25 %. Il n'est pas dit que, dans quelques mois, surtout si les taux de crédit se desserrent, de telles opérations soient encore possibles », préviennent les responsables du réseau. Prudence toutefois : les prix restent encore à un niveau très élevé et rien ne laisse présager que la baisse marque le pas.
Marie Castets

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