INTERVIEW. Jean-Paul Jarnias, président et fondateur de l'entreprise de travaux en hauteur qui œuvre sur la cathédrale incendiée, explique à Batiactu l'intervention complexe de ses cordistes sur la toiture pour poser des bâches d'étanchéité et des filets de sécurité sur le monument.

Batiactu : Quelles sont exactement les interventions que vos équipes ont mené sur la cathédrale Notre-Dame ?
Jean-Paul Jarnias : Trois interventions distinctes ont été menées. Tout d'abord la pose de filets de sécurité sur les pignons et les rosaces, pour éviter la chute éventuelle d'éléments sur la rue en contrebas. Cette première intervention a été réalisée en parallèle de celle des charpentiers qui ont posé des éléments structurels en bois. Nos filets sont là seulement pour retenir des éléments ponctuels. Deuxième point, nous avons enlevé certains décombres - gravats, morceaux de poutres calcinées - pour permettre l'écoulement de l'eau. Ce déblaiement grossier a été fait dans des big bags descendus sur le parvis, tracés pour connaître leur provenance exacte sur le site et faciliter le travail de la police et des archéologues des Monuments historiques, pour l'enquête. Enfin, nous avons bâché la cathédrale car il y avait une grosse inquiétude par rapport aux pluies. C'était l'urgence absolue. Une structure provisoire de poutres en treillis métallique d'une douzaine de mètres de long et 500 mm de section, a été posée. La membrane en PVC soudé, en trois grands éléments, assurera l'étanchéité de façon provisoire, avec une légère pente pour éviter une accumulation d'eau. Deux autres viendront ensuite par-dessus et cette bâche sera démontée pour que le robot puisse intervenir sur les voûtes.

 

Bâchage Notre-Dame
Bâchage Notre-Dame © entreprise Jarnias

 

Batiactu : Quelles ont été les difficultés rencontrées sur ce chantier ?
Jean-Paul Jarnias : Principalement le vent. Les grues se mettaient en sécurité en permanence, compliquant notre travail. Nous avons réalisé des interventions un peu similaires, notamment lors de l'incendie de l'hôtel Lambert, situé sur l'île Saint-Louis, en juillet 2013. Nous avons une grande expertise en bâchages complexes, avec une mise en œuvre rapide. Pour Notre-Dame, il a fallu s'adapter à une situation d'urgence, un week-end de Pâques, en utilisant le matériel immédiatement disponible. C'est l'entreprise de restauration et conservation de monuments historiques, qui s'est tournée vers nous. Nous avons mobilisé tous nos gars qui étaient présents sur d'autres chantiers, 30 des meilleurs de chez nous, pour mener l'intervention en trois jours. Pour 1.200 m² de toiture c'est pas mal non ? Les gens ont compris la situation exceptionnelle et il y a un bon état d'esprit des membres de l'entreprise qui ont bien conscience des enjeux.

 

Bâchage Notre-Dame
Bâchage Notre-Dame © entreprise Jarnias

 

Batiactu : Serez-vous amenés à intervenir ultérieurement sur la cathédrale ?
Jean-Paul Jarnias : Le confortement de l'édifice est prioritaire. Nous interviendrons peut-être encore, plus tard, car nous avons des compétences de cordistes et de bâchistes, et nous réalisons des travaux en toute sécurité. C'est une chance pour nous de souder les équipes autour d'un événement historique. Et je suis personnellement touché par ce qui arrive à l'entreprise Le Bras, qui est meurtrie par les accusations portées mais qui reste digne. Notre bon dialogue avec les Compagnons fait notre force. Les échanges que nous avons avec eux permettent de prendre les bonnes décisions grâce à une bonne analyse.

 


 

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