TEMOIGNAGE. Prises de vues, inspection d'ouvrages, thermographie, les missions que l'architecte stéphanois Julien Rivat confie à son drone sont nombreuses et variées. Il nous explique comment il a gagné ses galons de pilote et surtout pourquoi il a choisi de faire voler lui-même ces drôles de machines.

Batiactu : Généralement, les drones sont opérés par des sociétés spécialisées. Quel est l'intérêt d'intégrer cette compétence pour un cabinet d'architecture ?
Julien Rivat : Cela apporte de la réactivité d'avoir très vite un drone à disposition. L'intervention d'un prestataire est forcément plus lente, avec l'établissement d'un devis puis la demande d'autorisation du plan de vol. L'intégration permet également un usage plus intense de l'outil : on se pose moins de questions, et on utilise le drone que ce soit en phase concours ou lors des études, ce qu'on ne ferait pas s'il fallait solliciter un intervenant externe à chaque fois.

 

Batiactu : Il vous a donc fallu apprendre à piloter ces engins ? Est-ce long ou difficile ?
Julien Rivat : Pour un usage professionnel du drone il faut deux acquérir deux compétences. Tout d'abord un brevet théorique de pilote d'ULM. Même si les machines sont très différentes, entre un drone et un ultra léger motorisé, il s'agit d'une demande de la Direction générale de l'aviation civile. La seconde est une déclaration de niveau de compétence, pratique cette fois. Cela nécessite quelques heures de cours. Notre démarche a été lancée il y a deux ans et depuis, trois personnes - toutes architectes - ont été formées : moi-même, un chef de projet et notre responsable de communication.

 

Batiactu : Quelles sont les missions dévolues à votre aéronef ?
Julien Rivat : Dans l'immense majorité des cas, peut-être 75 %, il s'agit de prises de vues pour des projets réalisés ou à réhabiliter. Pour les projets livrés, cela peut servir de support de communication auprès des mairies, tandis que pour ceux de rénovation, cela permet de contrôler l'état d'une toiture inaccessible par exemple. C'est une sorte de "super grande échelle". En phase concours, le drone permet de réaliser des perspectives globales pour l'insertion paysagère, car il est plus précis que Google Earth. Une autre mission peut être de réaliser des contrôles de conformité lors de la réception de travaux. Sur un chantier, la vérification du nombre de crochets d'ancrages censés avoir été installés par une entreprise de couverture nous a permis de constater que tous n'avaient pas été posés… D'où une économie de 7.500 € pour le promoteur.
Plus marginalement, la vidéo-inspection pour un diagnostic de structure. Là encore, le drone permet de se passer de l'intervention d'un cordiste qui serait plus longue. Il offre un retour vidéo en direct et nos ingénieurs peuvent donc pointer du doigt n'importe quel détail de l'ouvrage. C'est plus interactif. Enfin, le dernier usage est la thermographie, qui permet de vérifier la bonne mise en œuvre d'isolants de toiture. On peut généralement la faire du sol mais le drone est utile pour des projets performants d'une certaine ampleur.

 

Batiactu : Comment avez-vous sélectionné votre machine ?
Julien Rivat : C'est un drone Yuneec H520 dont les caméras sont interchangeables entre optique classique et thermographique, aussi simplement qu'un changement d'optique sur un appareil photo. C'est ce qui nous a plu. Outre cette caractéristique, l'architecture de ce modèle à six rotors amène une importante dimension de sécurité car il est possible d'adopter un mode de vol dégradé sur seulement cinq rotors - dans le cas où une pale aurait été endommagée - alors qu'un drone à quatre rotors tomberait comme une pierre. Le train relevable est un autre plus : il libère le champ de vision de la caméra et rend possible des travellings latéraux. Enfin, le mode "team" permet même de dissocier pilotage et prise de vue, avec une personne dédiée à chaque fonction. Le temps de vol est de 25 minutes par batterie environ, ce qui est suffisant, moyennant un remplacement de batterie.

 

Batiactu : Et vous êtes donc satisfaits de l'usage du drone ?
Julien Rivat : C'est un outil différenciant par rapport aux autres cabinets. Le printemps et l'été, pour des prises de vue un peu esthétiques, la lumière est plus belle et le panorama plus vert. Mais en hiver, les arbres sans feuilles facilitent les prises de vue techniques. Les seules limites finalement sont le vent et la pluie, qui peuvent nous empêcher de voler. C'est pourquoi lorsqu'on dépose un plan de vol en préfecture, une semaine avant, on bloque un créneau de 3-4 jours, pour être sûr de pouvoir disposer d'une fenêtre de beau temps. Quoi qu'il en soit, on ne fera pas marche arrière : impossible désormais de nous passer des drones.

 

Batiactu : Quelle suite imaginez-vous pour ces technologies ?
Julien Rivat : Nous allons tout d'abord former nos infographistes au montage vidéo. Des interactions drone-BIM (puisque nous maîtrisons depuis longtemps le logiciel Allplan) pourraient également être envisagées, notamment pour des relevés topographiques ou de la photogrammétrie. Nous ne nous servons pas encore de cette fonctionnalité, car nous n'en avons pas eu l'occasion. D'autre part, nous utilisons une station d'acquisition 3D laser de chez Leica qui réalise des nuages de points en couleur et infrarouge. L'étape suivante pourrait donc être de croiser cette technologie avec un drone qui pourrait produire des relevés de précision millimétrique, beaucoup plus fins que de la photogrammétrie, précise au centimètre. Mais il faudrait alors envisager une machine volante plus lourde.

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