PROFESSION. Crise du logement, aides publiques à la rénovation, Zan, égalité femme-homme, intelligence artificielle... Les chantiers du Conseil national de l'Ordre des architectes (Cnoa) sont nombreux en 2024. Sa présidente, Christine Leconte, a souhaité, lors de ses vœux, rappeler les objectifs de la profession tout en la motivant à engager une autre manière de faire.

Un discours dense et pour le moins stimulant. Lors de ses vœux, la présidente du Conseil national de l'Ordre des architectes (Cnoa), Christine Leconte, a rappelé les enjeux pour la profession et listé les différentes actions que compte mener son organisation en 2024. Au quarante-septième étage de la tour Montparnasse, à Paris, devant plusieurs dizaines d'acteurs du secteur, la représentante des architectes a affirmé, le 17 janvier 2024, compter poursuivre son travail pour influer sur les politiques publiques. "Le chantier n'est pas terminé, car il est immense", a-t-elle indiqué.

 

L'année 2023 a, elle, été "très chargée". "Sur le volet politique, nous avons accru notre présence auprès des pouvoirs publics. Nous avons porté deux volets de la stratégie française énergie-climat sur la rénovation et l'aménagement, qui était la déclinaison française des objectifs européens 'ajustement à 55'". L'Ordre a aussi animé un groupe de travail du Conseil national de la refondation (CNR) du logement, sous l'égide de l'ex-ministre du Logement Olivier Klein. "Je suis assez fière des 12 mesures que nous avons portées, issues d'une large concertation d'acteurs. Le CNR n'a jamais été un objectif en soi. La plupart de ces mesures ont été reprises dans les politiques de la planification écologique et dans les orientations budgétaires et programmatiques", a-t-elle assuré. Désormais, "l'année 2024 s'annonce comme une année de défis", notamment pour s'engager dans la transition écologique et remédier à la crise du logement.

Logement

La crise du logement sévit en France et impacte l'activité de tous les acteurs du secteur, y compris celle des architectes. L'Ordre en a bien conscience. "Beaucoup d'architectes sont et seront touchés par cette crise mais nous savons que beaucoup ont élargi leurs pratiques et font du logement autrement, à l'instar du programme 'Engagés pour la qualité du logement de demain'. Les architectes et acteurs du logement innovent, testent de nouvelles manières de faire ou d'habiter", a certifié la porte-parole.

 

Elle a toutefois appelé les politiques publiques à "se réinterroger et à changer de cap", après que "tant de politiques aient échoué ces dernières années, s'attaquant [uniquement] à la production neuve". Le Cnoa aimerait voir évoluer cette politique pour que cette dernière "devienne transversale et plus territorialisée", soufflant même l'idée de changer le champ d'action du ministère. "Il faut une politique qui aille dans le sens de la planification écologique, qui tienne compte du bâti vacant, qui gère à la fois le stock de logements et son flux."

MaPrimeRénov'

"L'année 2023 aura été marquée par une forte montée en puissance du dispositif d'aide publique à la rénovation MaPrimeRénov' dont les architectes sont partie prenante. L'Ordre travaille quasi quotidiennement avec les équipes de l'Anah pour fluidifier et réussir l'accompagnement des ménages", a indiqué la cheffe de file de la profession. Aujourd'hui, près de 5.000 agences d'architecture sont référencées sur le site de l'Anah et œuvrent dans le domaine de la rénovation énergétique pour le compte de particuliers, dont plus de 1.200 habilités à réaliser des audits énergétiques pour des ménages possédant une maison individuelle.

MonAccompagnateurRénov'

Les activités de rénovation dans le Bâtiment devraient s'accélérer cette année. L'Ordre s'est félicité de voir de plus en plus d'architectes devenir MonAccompagnateurRénov'. La présidente du Cnoa a encouragé, lors de son discours, plus d'architectes à demander l'agrément auprès de l'Anah. Elle a également appelé à "la mise en œuvre du permis déclaratif en logement collectif pour les demandes d'autorisation de travaux de rénovation, lorsque ceux-ci sont accompagnés par un architecte de A à Z. Cela pourrait considérablement aider les collectivités pour déployer plus rapidement la rénovation de nos copropriétés."

 

Le Conseil aimerait aussi que les aides de l'État "prennent en compte les travaux en lien avec le confort d'été mais aussi les études préliminaires et le diagnostic global réalisé par les architectes, avant rénovation et notamment en copropriété". D'une manière plus globale, il considère que les projets de rénovation devraient être élargis à l'échelle de l'îlot ou du quartier. "Nous pourrions aussi cibler les quartiers les plus sensibles, croisant ainsi besoins de rénovation thermique, îlots de chaleur et populations précaires pour prioriser les rénovations."

EduRénov'

En outre, l'Ordre travaillera cette année aux côtés des services de l'État sur le programme d'action nationale dédié à la rénovation énergétique des bâtiments scolaires EduRénov', piloté par la Caisse des Dépôts.

Zéro artificialisation nette (Zan)

L'Ordre a rappelé l'existence de son dispositif "1 maire, 1 architecte" pour accompagner les élus et leur permettre "un accès à l'architecture de proximité". "Le droit à l'architecture pour tous et sur tous les territoires est indispensable", a martelé Christine Leconte. "La nomination de Simon Teyssou, architecte Grand Prix de l'urbanisme en décembre 2023 va dans ce sens." Pour réussir l'objectif Zan, "il ne faut ni avoir peur de faire des projets, ni de la densification douce, de la réhabilitation des friches, des logements et bâtis vacants, de la surélévation ou encore de la sous-exploitation foncière". Le Cnoa s'engage à poursuivre son action d'accompagnement des maires sur ce sujet.

 

 

 

Environnement

Sans surprise, la co-autrice de l'ouvrage "Réparons la ville !", engagée de longue date dans la lutte contre le réchauffement climatique, encourage les architectes à prendre en compte et à réparer le vivant. "La lutte contre la décarbonation n'est pas l'unique enjeu de notre siècle. Il existe d'autres limites planétaires que nous dépassons, d'autres enjeux que nous ne pouvons pas mettre de côté, comme la disparition de la biodiversité, le gaspillage des ressources ou encore le réchauffement des océans", a-t-elle souligné. Citant des propos du président de la République Emmanuel Macron tenus lors d'une conférence de presse le 16 janvier dernier, la présidente du Cnoa a rappelé l'importance d'anticiper et de se préparer aux effets du dérèglement climatique. Plus de 600.000 bâtiments et 1,5 million d'habitants pourraient être impactés par l'érosion côtière et la montée des eaux entre 2050 et 2100, a-t-elle chiffré. "Nous pouvons compter sur les concepteurs pour accompagner ces transformations."

 

Dès septembre 2024, une action territoriale basée sur la planification écologique de proximité sera lancée. Des solutions architecturales propres à chaque région seront esquissées. "L'érosion côtière en Nouvelle-Aquitaine, les inondations dans le Nord, l'avenir des stations de ski dans les Alpes… Accompagner les élus et révéler les solutions est notre devoir d'architecte."

Hors-site

L'Ordre soutient la construction hors-site et ses avantages (réduction du temps de chantier et de matière première, minimisation des risques pour les ouvriers) mais appelle à ne pas "standardiser" les opérations. Elle souhaite qu'une construction hors-site "de qualité et durable" se développe, couplée à une commande architecturale "garantissant la libre conception", le développement de filières locales, l'utilisation de matériaux biosourcés ou issus du recyclage et du réemploi.

Égalité femme-homme

L'Ordre tient à lutter contre l'inégalité homme-femme et les discriminations dans le secteur. Il a donc lancé, en 2023, la première édition des Trophées de la parité. "Le jury a retenu deux agences récompensées pour leur prise en compte des enjeux d'égalité dans le métier et leur politique de ressources humaines proactives pour favoriser l'égalité dans le parcours professionnel des architectes femmes et hommes", a raconté Christine Leconte. D'autres actions seront menées cette année sur cette thématique, en lien avec les syndicats.

Outre-mer

Le Cnoa s'est rapproché en 2023 des conseils régionaux ultramarins en allant à leur rencontre. "Porter l'architecture ne se limite pas aux problématiques de l'Hexagone", a rappelé la présidente de l'Ordre. "La Guyane et Mayotte ont besoin de plus d'architectes et plus d'architectures. Ces territoires manquent d'ingénierie publique. Les enjeux sont immenses, et en ce qui concerne l'acte de construire, bien souvent, tout est importé avec un gonflement des prix. Les normes et les aides de l'État ne sont pas toujours adaptées pour la construction des logements. A l'inverse, dans d'autres territoires d'Outre-mer, comme à La Réunion ou en Martinique, la culture du risque est omniprésente et l'architecture s'adapte au changement climatique et pourrait nous inspirer." À ce sujet, Christine Leconte a souhaité saluer la création de l'École nationale supérieure de l'architecture de la Réunion.

Intelligence artificielle

"Alors que le numérique régit chaque jour davantage notre société, l'Ordre se penchera en 2024 sur le sujet de l'intelligence artificielle qui, demain, modifiera le mode de production architectural et la gestion quotidienne de nos agences", a annoncé la présidente du Cnoa.

Renouvellement de l'Ordre

Enfin, aura lieu cette année un renouvellement des conseils régionaux en mars et du conseil national en juin. Douze élus nationaux resteront, dont Christine Leconte. "Je voudrais remercier tous les élus régionaux et les présidents qui se sont impliqués au service de l'architecture", a-t-elle déclaré.

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