Alors que la France célèbre l’année de la Chine, la Chine célèbre les architectes français. Coup de projecteur sur le travail de deux architectes : Paul Andreu, venu présenter hier à Paris deux chantiers dont l’Opéra de Pékin et Jean-Marie Duthilleul, récent vainqueur de deux concours.

Paul Andreu était lundi soir à Paris, au Palais de Chaillot, pour présenter deux chantiers qu’il est en train de terminer cette année en Chine. Deux opérations dans lesquelles il s’emploie à aller au-delà de ce que l’on sait faire, avec la contribution des entreprises chinoises qui osent relever les défis.
Grâce une armée d’ouvriers déployée jour et nuit à la construction de l’Opéra de Pékin, l’édifice semble changer de physionomie à vue d’oeil. Après avoir creusé le point le plus bas de Pékin, avoir coulé un hectare de béton d’un coup sans aucun joint, avoir monté en sept semaines l’équivalent en acier d’une Tour Eiffel... la super-ellipsoïde de 240 m de portée génère encore le mystère et l’enthousiasme aux vues de l’affluence du public hier soir.

Une verrière posée sur l’eau (des centaines d’arcs d’acier tenus par 2000 noeuds et reliés à l’anneau central trônant à 46 m de haut) intrigue forcément le passant, mais le visiteur se sent surtout attiré depuis l’espace public paysager vers l’intérieur architecturé. Pour Paul Andreu, «c’est comme un aéroport, il s’agit de transport !». Voici donc le voyageur entraîné dans un souterrain qui s’étire sur une longueur de 70 m et au-dessus duquel se trouve le bassin d’eau visible à travers le toit de verre. Au bout de cette séquence, l’espace se dilate et il pénètre dans le complexe culturel où se dressent trois volumes colorés : l’Opéra (2.500 places), l’auditorium (2.000 places) et le théâtre (1.000 places). Et pour ceux qui iront au bout du voyage, à savoir dans le foyer, un panorama jamais vu sur la Cité Interdite, les lacs et le centre du pouvoir. Pour les amateurs des détails, la technique de découpe au laser des garde-corps sera employée parallèlement aux procédés traditionnels de laque pour l’habillage des nez de dalles.

Moins connu mais tout aussi spectaculaire, le Centre des Arts Orientaux de Shanghai (photo ci-dessus) comporte une structure intérieure plus complexe, à la fois multiple et unitaire. Trois salles de spectacles sont regroupées sous une même toiture débordante à la forme organique : un auditorium de 2000 places, un théâtre de 1100 places, et une salle de 400 places. Outre des études acoustiques très poussées inspirées du travail de l’architecte allemand Hans Scharoun, deux éléments attirent l’attention : la structure de la façade et le revêtement extérieur des salles.
La façade se compose d’un maillage d’éléments de construction tubulaire de section ovale d’une portée maximale de 25 m. Les efforts causés par le vent sont reportés par des butons vers les murs épais des salles. Un désordre lyrique d’acier savamment ordonné qui peuple l’espace intermédiaire entre la façade et les salles de spectacle. Une feuille de métal perforé, insérée dans le verre des façades, laisse la vision transparaître sur la ville tout en l’opacifiant depuis l’extérieur. L’effet nocturne s’apparentera à une perle brillante pour attirer les visiteurs. A l’intérieur des céramiques colorées aux tons dégradés (ocre, jaune, brun) habilleront la surface extérieure de chacune des salles de spectacles à l’image d’une peau d’écailles.

Autre agence française présente en Chine depuis bientôt cinq ans, Arep. Les projets que développe l’équipe de Jean-Marie Duthilleul confèrent une actualité nouvelle à la culture urbaine et architecturale chinoise. Pour 2004, année de la France en Chine, l’agence devrait livrer quatre opérations, deux à Pékin (Musée historique de la ville, quartier d’affaires de Xizhimen) et deux à Tianjin (Centre financier de TEDA, quartier de logements de Teifeng), en attendant en 2005 la gare de Shanghai Sud. Fort de cette expérience, Arep vient à nouveau de remporter deux concours internationaux.

La Banque de l’Agriculture (1ère photo ci-dessous), la 3ème plus grande banque de Chine, souhaitait un bâtiment prestigieux et sécurisé pour son Centre informatique au Nord-Est de Shanghai. Un bâtiment de 115.000 m2, dans un quartier en devenir, exprimant le rapprochement de la haute technologie et de l’agriculture. Pour affirmer cette forte identité, Arep a proposé de grandes façades monumentales et protectrices pour les quatre bâtiments qui délimitent le site. Le socle serait revêtu en pierre beige de Shanghai, tandis que les étages bénéficieraient de brises soleil filants horizontaux réalisés en béton de fibre de verre.
Cette perception depuis la rue est bien différente côté jardin intérieur, les espaces de travail des milliers d’employés étant tournés vers le calme et la nature. Les circulations verticales, logées dans des failles, scindent les bâtiments et laissent filer la lumière et le regard. De grands volets verticaux protègent les façades sur jardin. Ils peuvent pivoter sur leur axe pour régler l’ensoleillement et font référence aux panneaux ajourés mobiles des maisons et palais chinois traditionnels.
Le bâtiment d’accueil, vertical, constitue un point de repère et donne accès à toutes les fonctions du site dont la salle de conférence dans le grand hall.
Les architectes en charge de cette opération sont Jean-Marie Duthilleul, Etienne Tricaud et Daniel Claris, pour une livraison prévue en 2006.

Parallèlement l’équipe s’occupera de la place Tian Fu de Chengdu (2ème photo ci-dessous), centre historique, géométrique et symbolique de la capitale du Sichuan. Arep propose de transformer profondément son image, et notamment celle de trois bâtiments publics datant des années 1960 qui seront transfigurés par trois couvertures monumentales. L’enceinte sera dédiée aux sciences et à la culture, avec au centre les musées (un centre d’exposition qui devient le musée des Sciences et une extension au nord pour le musée des Minorités et le musée du Tourisme), entourés d’un théâtre, d’une salle de concert et d’un conservatoire, et d’une grande place des fêtes.
Lieu de vie et de promenades, l’enceinte sera bordée de commerces, de restaurants, de salons de thé, s’ouvrant sur des terrasses donnant sur le canal qui l’entoure, évocation du tracé de la muraille du Palais Impérial. Ainsi, l’ambiance conviviale du vieux Chengdu sera retrouvée dans une configuration très contemporaine.

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