Les deux projets de fermes pilotes d'hydroliennes prévus pour être installés dans le raz Blanchard (Manche) ont reçu un avis favorable des commissions d'enquêtes publiques. Les travaux pourraient débuter dès 2017-2018, pour une entrée en service prévue deux ans plus tard.

Bien que des difficultés techniques surgissent pour le déploiement de turbines sous-marines, les projets commerciaux avancent. Les deux fermes pilotes normandes, portées par EDF-DCNS et Engie-Enedis-Alstom, ont obtenu l'avis favorable des commissions d'enquêtes publiques de la préfecture de la Manche. Selon un commissaire enquêteur, EDF espère entamer les travaux de son projet "Normandie Hydro" en 2017, tandis qu'Engie lui emboîtera le pas avec le projet "Nepthyd" en 2018. Les industriels évaluent la durée des travaux à deux ans.

 

Un impact environnemental encore mal évalué

 

Les hydroliennes, immergées dans le raz Blanchard - un détroit sous-marin situé entre la pointe du Cotentin et l'île anglo-normande d'Aurigny - présentent l'avantage de ne pas avoir d'impact visuel depuis la côte, contrairement aux éoliennes offshore déjà décriées. Et elles sont mues par la force des courants marins, puissants et prévisibles avec les marées, permettant "une anticipation rigoureuse de la production électrique". La commission d'enquête publique note également que les machines peuvent entraîner "la création éventuelle de zones de turbulences susceptibles d'influer sur la faune et la flore", un argument que ne manquerons pas de reprendre les opposants à cette énergie renouvelable. Jacky Bonnemains, président de l'association Robin des Bois qui est "absolument contre ces projets", déclarait au mois d'août dernier : "Le raz Blanchard c'est un torrent sous-marin à la fonctionnalité écologique majeure. S'attaquer à lui, c'est comme s'attaquer au mont Blanc". La Commission d'enquête s'interroge sur le recours à des peintures antifouling (destinées à empêcher l'encrassement des machines par des algues) ou le relargage d'aluminium dans le milieu. En clair, en l'absence de retours d'expérience - contrairement à l'éolien offshore déjà bien documenté depuis 10 ans en mer du Nord - les enquêteurs soulignent la "méconnaissance au niveau environnemental des incidences de ces installations sur la ressource halieutique". Mais les industriels ont déjà annoncé qu'ils répondraient aux inquiétudes. Le projet "Nepthyd" d'Engie-Eneris-Alstom, sera notamment l'occasion d'expérimenter des peintures sans biocides, tandis que le projet "Normandie Hydro" fait appel à des turbines à moyeu ouvert, permettant le passage éventuel d'animaux marins.

 

La baie de Fundy (Canada) concurrence les sites français

 

Il est prévu que quatre hydroliennes de 18 mètres de diamètre soient installées sur une superficie de 17 hectares pour constituer le premier parc, à proximité du second parc de sept hydroliennes de 16 mètres de diamètre, déployées sur 28 hectares. Posées sur des socles métalliques de plusieurs centaines de tonnes, destinées à ancrer les turbines face au puissant courant, les machines accusent un poids de plus de 1.000 tonnes sur la balance. Le courant électrique qu'elles produiront sera acheminé par câble sous-marin à Goury (Manche), à 3,5 km de là. Le contretemps subi sur le projet EDF-DCNS de Paimpol-Bréhat ne devrait avoir aucune incidence sur le déroulement du calendrier de Normandie Hydro. D'autant que le tout récent "raccordement au réseau électrique canadien d'une hydrolienne OpenHydro", qui a été annoncé le 23 novembre, "démontre la validité de cette technologie", assure le fabricant des machines. DCNS espère un jour produire environ 50 hydroliennes par an dans son unité de Cherbourg.
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