PATRIMOINE. Culminant à plus de 150 mètres de hauteur, la flèche de la cathédrale de Rouen (Seine-Maritime) est tout simplement le plus haut monument historique de France. Pour rénover cette partie effilée de l'édifice, composée de pierres de taille et de Corten-fonte dont les peintures sont au plomb, c'est un véritable espace de travail clos, suspendu à plus de 80 mètres, qu'il a fallu concevoir. Visite guidée avec Jean-Baptiste Spinicci (Tubesca-Comabi) et Jean-Baptiste Mathieu (Lanfry).

Certains chantiers sont vertigineux par leurs chiffres ou leurs budgets. Celui de la cathédrale de Rouen l'est au sens littéral du terme. La flèche de l'édifice dépasse en effet les 150 mètres de hauteur et souffre des assauts du temps : pluie, vent, air marin, pollution… les éléments attaquent les pierres et rongent la charpente métallique qui a remplacé celle de bois en 1825, suite à un incendie. Pour la mettre en sécurité et la rénover, la direction régionale des affaires culturelles de Normandie a fait appel à un groupement d'entreprises, dont Lanfry, un spécialiste de la restauration de monuments historiques, et Tubesca-Comabi, qui conçoit et réalise des échafaudages hors-norme.

 

Jean-Baptiste Mathieu, directeur des travaux pour Lanfry (groupe Monument), explique : "Nous sommes une vieille entreprise rouennaise et notre grosse activité est le monument historique, qu'il s'agisse de rénovation, de reprise en sous-œuvre… Nous faisons de la taille de pierre, de la charpente-menuiserie, et lorsqu'un échafaudage est complexe nous avons un partenariat de long terme avec Comabi qui fonctionne bien". L'entreprise, qui intervient sur la moitié Nord du territoire, avait déjà participé à un chantier sur la cathédrale de Rouen, lors de la restauration des clochetons endommagés par la tempête de 1999. Sur ce nouveau projet de rénovation de la "tour-lanterne", située sur la croisée du transept, la collaboration allait de soi, tant le chantier sera complexe et long.

 

Découvrez le chantier en images dans les pages suivantes.

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Cathédrale de Rouen : phases I et II

Cathédrale de Rouen
Cathédrale de Rouen © Grégoire Noble
La première phase d'installation des premiers étages de l'échafaudage, a déjà pris un an aux deux équipes combinées. "Le tout est réceptionné, les travaux peuvent commencer", précise Jean-Baptiste Mathieu. Pour l'heure, une plateforme de réception et de stockage des matériaux est pleinement opérationnelle à 38 mètres d'altitude, au niveau des toits, à la base de la flèche. Accessible en quelques minutes par un monte-charge d'une capacité de 2 tonnes (la cabine orange sur la photo), elle est prolongée sur une vingtaine de mètres de hauteur par un échafaudage sur les quatre faces de l'ouvrage. Une zone actuellement utilisée pour diagnostiquer l'état des pierres qui doivent être décapées et traitées.

Cathédrale de Rouen : phase III

Cathédrale de Rouen
Cathédrale de Rouen © Grégoire Noble
A 55 mètres d'altitude se trouve la base de vie du chantier, suspendue dans l'édifice. Accessible par un vitrail devenu porte d'entrée, cette zone propose un confort insoupçonné : chauffage, douches, toilettes, cuisine équipée… Le luxe, certes, mais surtout un équipement nécessaire pour des équipes qui travaillent en hauteur dans un environnement contaminé au plomb et qui doivent disposer d'espaces de décontamination.

Cathédrale de Rouen : des platelages tous les 20 mètres

Cathédrale de Rouen
Cathédrale de Rouen © Grégoire Noble
Au-delà de cette zone, s'étend un autre échafaudage en porte à faux, à 67 mètres d'altitude. Accessible par un second monte-charge, il comprend cette fois des espaces de travail bâchés afin d'en garantir l'étanchéité. Les planchers en bois sont revêtus d'un complexe bitumineux et dotés de rebords afin de constituer des bacs de rétention. Le but : récupérer toutes les eaux polluées afin de les traiter, au niveau du sol, et pouvoir ainsi les renvoyer dans les eaux pluviales.

Cathédrale de Rouen : 7 ans de travaux !

Cathédrale de Rouen
Cathédrale de Rouen © Tubesca-Comabi
L'échafaudage atteint aujourd'hui la hauteur respectable de 85 mètres, ce qui correspond à la phase III du chantier. Les éléments de la flèche en fonte et acier Corten doivent être décapés et mis en peinture, tandis que tous les boulons doivent être remplacés. Un véritable défi destiné à chasser les peintures au plomb de l'édifice et à renforcer l'ensemble qui souffre de corrosion avancée. Cependant, les choses vont prendre du temps : la phase IV, poussera l'échafaudage jusqu'à 100 mètres et l'altitude maximale, 152 mètres, ne sera atteinte qu'au cours de la phase VI, dans 2 ans. En tout, 7 années seront nécessaires à la tour-lanterne pour retrouver son aspect originel.

Cathédrale de Rouen : un produit standard mais une mise en oeuvre sur mesure

Cathédrale de Rouen
Cathédrale de Rouen © Tubesca-Comabi
Le bureau d'études Tubesca-Comabi explique avoir conçu l'installation sur mesure grâce à des éléments multidirectionnels à 8 positions standards, capables de suivre la géométrie complexe de la flèche octogonale. "Notre matériel est 10 % plus léger pour la même performance", assure Jean-Baptiste Spinicci. Il explique que la société poursuit trois buts simultanément : "Le respect de la sécurité, le respect des délais et le respect de l'ouvrage". Pour y parvenir, les ingénieurs et techniciens ont réussi à développer un plan spécifique qui ne s'appuie pas sur la nef, et qui se passe de grandes poutres traversant l'édifice sur 3 des 4 faces.

Cathédrale de Rouen : une demi-tour Eiffel à peindre

Cathédrale de Rouen
Cathédrale de Rouen © Grégoire Noble
Les deux responsables précisent : "Le timing est respecté, nous sommes dans les délais". L'étape suivante consistera à définir les meilleurs traitements à appliquer à toute la charpente métallique : pas moins de 30 tonnes de peinture devraient être utilisées pour la repeindre, "appliquées au pistolet afin d'atteindre tous les recoins", nous précisent-ils. Fin des travaux : 2023. D'ici là, les touristes seront surpris de ne pas totalement reconnaître l'édifice représenté plus de 30 fois par Claude Monet…

Cathédrale de Rouen : le chantier en chiffres

Cathédrale de Rouen
Cathédrale de Rouen © Grégoire Noble

Cathédrale de Rouen : les outrages du temps

Cathédrale de Rouen
Cathédrale de Rouen © Grégoire Noble
Deux exemples d'éléments tombés de la façade de la cathédrale. Celui de droite, à la teinte verdâtre, n'est pas historique : il est issu de travaux de rénovation récents, dans les années 1970, mais mal fixé, il s'est désolidarisé de son support. Celui de gauche, plus gros qu'un poing, est plus ancien.

Cathédrale de Rouen : avant les travaux

Cathédrale de Rouen
Cathédrale de Rouen © P. Roudaut - Wikimedia CC
L'impressionnante cathédrale domine les 99 autres clochers de la ville du haut de ses 152 mètres. Elle a toisé toute l'Europe pendant quelques années, au milieu du 19e siècle, avant d'être détrônée par la cathédrale de Cologne en Allemagne (157 mètres). Elle reste toutefois la plus haute de France avec, pour seul équivalent, celle de la cathédrale de Strasbourg.