Le déploiement de turbines en mer s'accélère : en 2015, les installations d'éoliennes offshore ont été deux fois plus nombreuses qu'en 2014. Ce changement d'échelle industrielle entraîne une diminution des coûts de production ainsi qu'une chance de décrocher des marchés pour nombre d'entreprises françaises, de taille petite ou intermédiaire. Zoom.

L'éolien offshore, s'il est encore naissant dans l'Hexagone - où aucune turbine marine n'est encore raccordée - connaît en revanche un véritable boom dans le reste de l'Europe. En 2015, les capacités nouvellement installées ont été deux fois supérieures à celles installées en 2014, selon WindEurope : ce sont plus de 3 GW qui ont été raccordés, faisant dépasser la puissance totale du parc éolien offshore européen des 11 GW. Les investissements ont également doublé, passant de 6 Mrds € en 2014 à 13,3 Mrds € en 2015, et ce montant sera dépassé en 2016, puisque 14 Mrds € avaient déjà été dépensés au cours du premier semestre dans l'éolien maritime européen. Un important développement qui a plusieurs conséquences.

 

Rationalisation industrielle

 

La première est une réduction des coûts de production de l'électricité. La filière, qui se réunit à l'occasion du salon Wind Energy à Hambourg (Allemagne), prend l'exemple de plusieurs parcs éoliens de mer du Nord : Horns Rev3 (Danemark) et Borssele 1 & 2 (Pays-Bas). Les prix oscillent entre 72,70 et 103 €/MWh (hors raccordement), le coût avec raccordement s'établissant à 87 €/MWh (pour Borssele 2). Les membres français du Syndicat des Energies Renouvelables, estiment que, compte tenu des spécificités bathymétriques du littoral français et des régimes de vents, le coût de l'électricité des fermes éoliennes offshore devrait descendre à 100-120 €/MWh à l'horizon de 2030. Cependant, une condition se pose : "Pour y parvenir, il est important que les volumes attribués soient suffisants pour que les leviers, en particulier la rationalisation et standardisation de la production et les économies d'échelle, puissent avoir un impact significatif". En clair, cette fourchette de prix de production ne sera atteinte que si 12 GW supplémentaires sont attribués d'ici 2030, sachant que les six premiers parcs éoliens français totalisent… seulement 3 GW. La standardisation de production et la réalisation d'économies d'échelles est déjà engagée par les acteurs du secteur, avec une augmentation de la puissance unitaire des machines qui dépassent les 6 MW pour viser les 8-10 MW, impliquant un nombre d'éoliennes moins élevé pour atteindre la même production et des coûts d'installation-raccordement diminués.

 

12 Mrds € pour développer les six parcs français

 

Pour les entreprises françaises, la forte hausse des investissements dans l'éolien offshore - français et européens - aura un impact. Il est estimé que les six parcs en cours de développement, attribués entre 2011 et 2013, représentent un budget de plus de 12 Mrds € dont les retombées se font sur tout un ensemble de sociétés. Si la filière n'est pas encore totalement aboutie, avec une seule usine d'assemblage de nacelles à Saint-Nazaire (GE-Alstom), les fournisseurs de composants sont en revanche déjà prêts. Le SER et Windustry (l'initiative industrielle du secteur) évoquent Nexans, un fabricant de câbles de puissance qui détenait déjà 13 % de parts de marché en 2015, ou STX France, le chantier naval qui produit à Saint-Nazaire une deuxième sous-station électrique et qui vient de recevoir la commande d'une troisième. Ils citent également NTN-SNR et Rollix, des fabricants de roulements dont l'éolien est un important débouché. "De nombreuses PME font preuve de dynamisme sur ce marché en proposant leur savoir-faire à l'export", annonce Windustry, qui recense aujourd'hui 460 entreprises dans son annuaire, contre seulement 180 en 2013.

 

Outre une pertinence économique en bonne voie, la filière industrielle revendique donc aujourd'hui une réalité en termes d'emplois et de création de richesse. Déjà, il y a quelques semaines, France Energie Eolienne avait calculé que le secteur de l'éolien (terrestre+maritime) employait près de 14.500 personnes en France, dont presque 2.000 postes nouvellement créés en 2015.
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