ETAT DES LIEUX. A l'heure de la rentrée scolaire, de nombreuses entreprises du bâtiment, à la recherche de jeunes en apprentissage, peinent à recruter. Une situation qui les inquiète alors que le secteur, en pleine reprise, a justement besoin de main d'oeuvre.

Alors que des millions d'élèves s'apprêtent à reprendre le chemin de l'école à partir de ce 4 septembre, de nombreuses entreprises du bâtiment se désolent que les filières du BTP proposant des études en apprentissage ne suscitent pas plus d'engouement. Dans plusieurs régions, de nombreuses offres d'apprentissage ne sont toujours pas pourvues. Ce qui inquiète bon nombre de petites entreprises à la recherche d'un apprenti.

 

C'est le cas, par exemple, dans les Vosges où la Fédération Française du Bâtiment constate que 60 offres sont toujours à pourvoir, tous métiers confondus. Et le comble dans cette région forestière, plusieurs dizaines d'apprentis dans les métiers du bois sont recherchés. Les autres secteurs offrent aussi des places : une dizaine est à prendre dans la maçonnerie, six dans la peinture, cinq dans l'électricité, trois dans la plâtrerie, et d'autres encore sont à pourvoir dans le carrelage ou le chauffage.

 

Des classes qui se vident d'année en année...

 

Dans le Rhône, le manque d'apprentis se fait également sentir, comme nous l'a confié un membre de la Capeb Rhône, Olivier Barresi. "Il y a un manque d'engouement des jeunes", déplore ce gérant d'une menuiserie qui a constaté que depuis 10-12 ans les classes de CFA se sont vidées. "Il y a 10 ans, il y avait une dizaine d'élèves par classe dans mon secteur. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 2 ou 3", nous raconte-t-il. Et l'un de ses confrères d'Annecy lui a confié avoir observé la même chose.

 

Même constat dans les Vosges. "Alors qu'en 2008, près de 900 jeunes étaient formés par an, il y en a aujourd'hui entre 400 et 500", souligne une membre de la FFB Vosges. Et la tendance est la même sur tout le territoire. Déjà fin juin, CCCA-BTP, réseau de l'apprentissage BTP, signalait que les entreprises de BTP étaient à la recherche de 4.000 jeunes en contrat d'apprentissage partout en France.

 

Pour illustrer cela, CCA-BTP donnait alors en exemple le nombre de contrats d'apprentissage à pourvoir dans certaines régions : Pays de la Loire : 700 offres, dont 120 en Loire-Atlantique et 400 en Vendée ; Bourgogne : 269 ; Occitanie : 255 en Haute-Garonne ; Lorraine : 194 ; Nouvelle Aquitaine : 126 en Gironde ; Hauts de France : 110 pour la seule ville de Lille.

 

Et certains métiers recrutent plus que d'autres. Selon CCCA-BTP, "c'est le métier de maçon qui recrute le plus, tous CFA du BTP confondus, avec 382 offres, suivi par le métier d'électricien : 246 offres, de peintre décorateur : 195 offres, d'installateur sanitaire : 185, de menuisier : 166 et de plâtrier-plaquiste : 111".

 

... alors que la reprise dans le bâtiment est là

 

Si cette baisse des effectifs s'observe depuis années, cela n'a pas impacté immédiatement les entreprises. Avec la crise traversée par le bâtiment, les entreprises ont baissé leurs effectifs ou du moins ont freiné les nouveaux contrats. Mais avec la reprise, et surtout depuis que les carnets de commandes des petites entreprises se sont remplis, tout s'accélère et la demande de jeunes en apprentissage a repris. Problème : entretemps, le nombre de jeunes en formation a chuté.

 

"Avant on avait le choix dans les candidats, maintenant on doit les séduire pour tenter de garder le rare candidat qui se présente", Olivier Barresi, Gérant de la menuiserie AM2S.

 

Ce manque de candidat à l'apprentissage dans le BTP a changé la donne. "Avant on avait le choix dans les candidats, maintenant on doit les séduire pour tenter de garder le rare candidat qui se présente", explique Olivier Barresi, Gérant de la menuiserie AM2S. Une situation que connaît aussi un de ses amis plombiers. Mais pour ce dernier, le manque d'apprentis n'est pas la seule raison qui explique cette difficulté à en trouver. La règlementation concernant le travail des mineurs complexifie la recherche, selon lui. "Quand on prend un mineur, il est limité dans les tâches qu'il peut effectuer et on ne peut donc pas lui confier grand-chose", nous explique Olivier Barresi, "alors on privilégie souvent des majeurs pour qu'ils soient utiles à l'entreprise". Mais quand il y a peu de candidat et qu'il faut faire une sélection en fonction de l'âge, ça complique la démarche.

 

Opérations séduction

 

Pour soutenir les entreprises, "heureusement qu'il y a les chambres de commerce et les fédérations", fait remarquer le gérant qui apprécie les initiatives prises pour tenter de séduire les jeunes et les attirer dans les CFA. Pour autant, il dit "ne pas comprendre ce manque d'engouement des jeunes pour notre secteur" argumentant que "dans le bâtiment on peut gagner de l'argent".

 

Centres de formations, fédérations et entreprises n'ont pas attendu pour mener des opérations séduction auprès des jeunes. Dans les Vosges, par exemple, la FFB organise les Coulisses du BTP en faisant visiter des chantiers aux collégiens. De la même manière, il est fréquent que les professionnels se rendent à la rencontre des élèves de collège au moment des choix d'orientation pour susciter des vocations. Mais attention prévient l'adhérente de la FFB Vosges, "il faut les séduire plus par vocation que par défaut car il faut des jeunes convaincus". Il faut donc "maintenir les efforts", insiste-t-elle.

 


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