VIGILANCE. Les architectes d'Île-de-France s'inquiètent du sort de l'obligation du concours d'architecture. Ce dispositif pourrait en effet faire les frais de la réforme du financement du monde HLM.

C'est un risque que Catherine Jacquot, présidente du Conseil national de l'Ordre des architectes, avait déjà exprimé auprès de Batiactu : celui de voir supprimée l'obligation du concours d'architecture pour les organismes de logements sociaux. Le mouvement HLM semble en effet proposer cette solution au Gouvernement, dans le cadre des négociations entourant la réforme des APL et leurs moyens de financement.

 

Le 17 novembre, lors d'une conférence de presse, la nouvelle présidente du Croaif, Christine Leconte, a affirmé avoir les mêmes craintes. "Certains points du projet de loi Logement [qui devrait être présenté dans les semaines/mois à venir en Conseil des ministres, NDLR] ont déjà été tranchés et présentés au Conseil supérieur de la construction et de l'efficacité énergétique", explique-t-elle. "La question du concours est d'intérêt public. Nous songeons à écrire à Emmanuel Macron pour le sensibiliser à ce sujet, notamment en lui rappelant que l'innovation dans la construction bénéficie de ce dispositif."

 

"François Nyssen rencontre beaucoup d'architectes"

 

Le Croaif envisage aussi, d'ici la fin de l'année, de communiquer publiquement sur le sujet. "La loi Cap a réintégré les ESH dans l'obligation de concours, ce qui est une bonne chose", rappelle Christine Leconte. "Mais nous voulons davantage. Nous souhaitons que les promoteurs qui travaillent sur des programmes où de l'argent public est investi y soient soumis aussi". Il s'agit ici des opérations de Vefa-HLM. Mais au vu des discussions qui ont lieu entre le monde du logement social et les pouvoirs publics, le Croaif craint un retour en arrière.

 

Les architectes espèrent également que la sensibilité de Françoise Nyssen aux sujets arhcitecturaux va jouer dans leur sens. "Elle s'exprime moins que d'autres ministres, mais elle travaille beaucoup et rencontre beaucoup d'architectes", assure Christine Leconte. "Elle est proche de Patrick Bloche, qui fût rapporteur sur la loi Cap et elle a rencontré Christine Jacquot. Elle est très attentive aux questions qui se posent actuellement au sujet de nos professions, et compte poursuivre l'esprit de la stratégie nationale de l'architecture, notamment son volet éducatif. Pourquoi pas organiser, un jour, une rencontre entre François Nyssen et des architectes de terrain, aux parcours diversifiés ? Nous y songeons."

 

Un cycle sur le thème "Réparer la ville"

 

Le Croaif compte en tout cas entrer dans la dynamique impulsée par le Gouvernement, par exemple en insistant sur le sujet des villes moyennes, qui sera l'un des thèmes importants de 2018 pour le ministère de la Cohésion des territoires. "Le Croaif veut s'inscrire dans une nouvelle dynamique, et montrer une profession unie et diverse qui s'intéressent de près aux questions politiques et d'actualité", a affirmé Christine Leconte. "Non pas pour défendre notre corporation, mais dans un souci d'intérêt général." L'organisme compte installer l'an prochain un cycle sur le thème de "réparer la ville". "Tous les sujets que nous souhaitons aujourd'hui mettre en avant convergent vers cette thématique", observe Christine Leconte.

 

Un plaidoyer en faveur d'une "architecture de proximité" qui répond aux besoins des citoyens ; une architecture qui se met au service, plutôt que de se placer en position d'exception. "Depuis quelques années, notre profession veut retirer cette idée que l'architecte serait un démiurge. Mais le basculement s'est peut-être fait de manière trop brutale", explique Chritine Leconte. En effet, notamment via les contrats globaux, les architectes ont pu perdre du pouvoir dans la conduite des opérations par rapport à une certaine époque (voir les propos que Catherine Jacquot avait tenu à Batiactu à ce sujet).

 

Enfin, cette image nouvelle que souhaite promouvoir le Croaif (représentant 10.000 architectes) et sa nouvelle présidente est bien différente que celle que peuvent dégager certains "starchitectes" "Aujourd'hui, la nouvelle génération d'architectes n'a pas pour objectif principal de devenir star", assure Christine Leconte. "Mais il y a de la place pour tout le monde !"
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