EN IMAGES. Le président turc Erdogan a inauguré, ce vendredi 26 août 2016, le troisième pont sur le Bosphore à Istanbul. A la fois routier et ferroviaire, l'ouvrage baptisé "Yavuz Sultan Selim" relie l'Europe à l'Asie mais doit surtout désengorger la circulation sur les deux autres ponts qui enjambent le bras de mer au cœur d'une métropole de 18 millions d'âmes en pleine évolution.

La plus grande ville de Turquie n'en finit pas de se métamorphoser. Alors qu'il n'existait qu'un franchissement physique entre l'Europe et l'Asie en 1986 - le premier pont sur le Bosphore - les ouvrages se sont aujourd'hui multipliés. Dernier en date, le pont "Yavuz Sultan Selim", inauguré ce 26 août 2016 par le président Recep Tayyip Erdogan, qui avait déjà coupé le ruban d'un autre ouvrage d'importance, le tunnel Marmaray, en octobre 2013.

 

Des acteurs français impliqués

 

Le troisième pont à enjamber le Bosphore, adopte la même technique que les deux premiers, à savoir un pont suspendu. Mais les ressemblances s'arrêtent là : implanté beaucoup plus au nord que ses deux aînés qu'il doit "soulager", il adopte une technique mixte avec haubanage partiel. Et il est le pont de tous les superlatifs : alors que les deux autres s'étirent sur un peu plus de 1.500 mètres, le Yavuz Sultan Selim atteint les 2.164 mètres de long, dont 1.408 mètres de portée haubanée. Son tablier, exceptionnellement large, dépasse les 59 mètres alors que ses deux ancêtres en font 20 de moins. La raison ? Ses capacités hors norme : l'ouvrage accueille en effet deux voies ferrées encadrées par huit voies routières (quatre de chaque côté). Le tout est porté par deux immenses pylônes inclinés de 322 mètres de haut, les plus hauts du monde.

 

Pont Yavuz Sultan Selim
Vue satellite du Bosphore (la localisation du pont Yavuz Sultan Selim est indiquée en rouge) © NASA

 

Cocorico, le super-pont turc, construit en trois ans par Hyundai Engineering & Construction/SK Engineering & Construction pour le consortium exploitant turco-italien Içtaş-Astaldi, a été conçu par le tandem d'ingénieurs Michel Virlogeux, un spécialiste français des ponts haubanés, et Jean-François Klein, un chef de projet suisse. Tous deux collaborent au sein de la société genevoise T-Ingénierie qui a été chargée des études de structure, d'aérodynamique, de résistance aux séismes et de méthodes de construction, aidée dans sa tâche par le bureau d'études liégeois Greisch (Belgique). Et cerise sur le gâteau, les haubans et câbles amortisseurs ont été fournis par Freyssinet, entreprise française experte du sujet, qui appartient au groupe Vinci.

 

Une ère de grands travaux dans la capitale économique turque

 

Le système de suspension hybride, qui mêle haubans et suspentes verticales, dans la partie centrale du pont, reposera sur deux immenses câbles de suspension de 2.420 mètres de long et 176 haubans multi-torons isolés. En tout, plus de 8.400 tonnes d'acier qui permettront à l'ouvrage de rester stable. Binali Yildirim, le premier ministre turc, n'a pas tari d'éloges lors de l'inauguration : "Yavuz Sultan Selim n'est pas seulement un pont mais une œuvre d'art (…) une merveille d'ingénierie". Plus pragmatique, le président Erdogan a déclaré : "Nous connectons les continents grâce au pont". L'ancien maire d'Istanbul prévoit un vaste projet de développement pour sa mégapole qui atteint les 18 millions d'habitants.

 

Après ce troisième pont, viendra le temps du deuxième tunnel sous le Bosphore, nommé "Avrasya" (Eurasie). Long de 5,4 km environ, il sera réservé à la circulation routière (contrairement au Marmaray). Son tube duplex de 13 mètres de diamètre, dont le percement a été entamé en février 2011, devrait être inauguré au mois d'octobre prochain. Puis les gigantesques travaux d'aménagement de la ville se poursuivront toujours plus au nord, vers la mer Noire. Tout d'abord avec la construction d'un troisième aéroport international, du côté européen de la ville. Son inauguration est prévue pour le printemps 2018. Ensuite, avec l'ambitieux canal d'Istanbul, qui devra doubler le Bosphore lui-même. Long de 45 km, et lui aussi percé sur la rive historique (occidentale), il permettra de désengorger le trafic maritime cette fois, en autorisant le passage journalier de 160 navires de fort tonnage. Six ponts enjamberont ce bras de mer artificiel de 150 mètres de large et 25 mètres de profondeur. Il est prévu que 500.000 logements soient construits tout au long de son tracé, entre la mer de Marmara et la mer Noire. Aucune date n'est encore avancée pour l'entrée en service de ce canal mais des réserves foncières sont déjà constituées et certaines opérations immobilières déjà lancées. Mégalomaniaque ou nécessaire économiquement, cette folie des grands travaux d'aménagement modifient en tout cas la physionomie de l'ancienne Constantinople et la font entrer de plain-pied dans le 21e siècle.

 

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