TENDANCE. A Eindhoven, dans le sud des Pays-Bas, le projet "Milestone" va sortir de terre dans une clairière. Il consistera à imprimer des maisons individuelles destinées à la location. Et leur look unique tirera parti de la technologie d'impression du béton. Zoom.

Les architectes néerlandais Houben/Van Mierlo évoquent des pierres dressées dans une clairière. Des promeneurs français pourraient y voir une réplique des rochers de la forêt de Fontainebleau. Et des amateurs de dessins-animés, la demeure de la famille Pierrafeu. Mais il s'agira bien de maisons individuelles imprimées en béton…

 

Aux Pays-Bas, la mairie d'Eindhoven, accompagnée de l'université locale des technologies et plusieurs partenaires industriels dont Lafarge, prévoit de construire cinq maisons grâce à la technologie d'impression 3D. Rudy van Gurp, un des managers du projet "Milestone", explique : "Ce n'est que le commencement. Il s'agit d'une technologie révolutionnaire, d'une nouvelle manière de construire qui va se développer avec le temps". En France, à Nantes, une maison unique, elle aussi imprimée en béton, est déjà inaugurée depuis le mois de mars 2018. Mais ses rivales hollandaises vont plus loin. Ou plutôt plus haut.

 

Là où le pavillon français reste de plain-pied, les cinq villas bataves s'élèvent dans les airs avec un étage supplémentaire. Et elles adoptent des plans différents, comme leur permet la technologie de construction additive qui n'a pas besoin de standardisation. La première offrira, par exemple, trois chambres et sera prête l'été prochain, au mois de juin 2019. Elles seront mises en location par la municipalité, qui croule sous les demandes : pas moins d'une centaine d'occupants potentiels ont exprimé un intérêt pour ces logements particuliers. Le loyer mensuel oscillera entre 900 et 1.200 €, soit le tarif moyen en cours aux Pays-Bas.

 

Soucieux de l'économie et de l'écologie

 

Rudy van Gurp annonce : "D'ici quelques années, nous n'aurons plus assez d'artisans comme les maçons par exemple. En introduisant la robotisation dans l'industrie de construction, nous pourrons rendre les maisons plus abordables dans le futur". L'idée est que le coût d'impression baissera au fur et à mesure de sa généralisation. Chaque maison nécessitera entre 6 mois et un an de travaux, ce qui fait que les cinq bâtisses seront terminées d'ici 3 à 5 ans. Mais l'adoption de cette technologie ne répond pas qu'au sens aigu de parcimonie des Néerlandais. Elle aurait également des vertus environnementales insoupçonnées : "C'est plus durable d'un point de vue écologique, puisque les matériaux peuvent être réutilisés", note Yasin Torunoglu, adjoint à la mairie. "C'est aussi plus rapide que la méthode traditionnelle". Des travaux ont lieu un peu partout dans le monde sur ces questions, notamment dans l'Hexagone, avec le projet Viliaprint qui souhaite imprimer des logements sociaux.

 

Les architectes, de leur côté, estiment que l'empreinte de ces créations sera très restreinte, grâce à leur compacité de forme, et qu'elles s'intégreront particulièrement bien dans le paysage. Au centre du demi-cercle défini par les maisons, se construira un espace de jeux partagés et de réunion pour les occupants. Des vues ménagées depuis l'intérieur des habitations donneront un sentiment d'espace et renforceront la relation avec l'extérieur, "pour avoir le sentiment de vivre dans le vert", promettent-ils. L'occasion de faire sortir le monde de la construction de l'âge de pierre ?

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