ROUTE. La route de demain sera-t-elle entièrement recyclée, composée de matériaux non polluants et productrice d'énergie ? Une vision idyllique des infrastructures de transport routier qui s'appuie toutefois sur les travaux de nombreux laboratoires français. Le Cerema organisait ce mardi 19 mars 2019, un atelier sur les défis qui les attendent.

C'est un paradoxe mais les gestionnaires de réseaux routiers vont devoir apprendre à "faire mieux avec moins", comme le formule Christine Leroy, directrice des Affaires techniques pour Routes de France. Car la France dispose d'un réseau d'une très grande densité, avec plus d'un million de kilomètres de routes et plus de 200.000 ponts, qui nécessite d'importantes ressources afin de le maintenir en état. Une obligation "pour la sécurité des usagers et la continuité du service", rappelle Marie-Thérèse Goux, ingénieure en chef des Ponts à la direction générale des infrastructures, des transports et de la mer. Or, les budgets d'investissement sont en baisse régulière depuis des années, remettant en cause les enjeux de mobilité. Chaque année, ce sont plus de 600 milliards de kilomètres qui sont parcourus sur le territoire, puisque la route est le moyen privilégié de transport des marchandises (89 %) et l'axe de déplacement des particuliers (79 %). A ces questions s'additionnent désormais celles de protection de l'environnement, de résilience face à des événements climatiques exceptionnels, de longévité accrue des structures et de réduction des congestions…

 

Recycler sur place, au moyen de liants moins sales

 

La réponse pour les spécialistes réside dans l'innovation. "Il faut recycler les matériaux, adapter les routes au climat, éviter la production de déchets, limiter le recours aux ressources naturelles…", énumère Marie-Thérèse Goux. De gros efforts de R&D sont entrepris afin de développer des matériaux alternatifs à utiliser dans la construction routière. Une première étape qui, pour la spécialiste du ministère des Transports, mène à la formulation de doctrines d'emploi. S'ensuit un engagement volontaire de la part des donneurs d'ordres (maîtrise d'ouvrage) qui débouche finalement sur une évolution de la réglementation pour stabiliser cette politique. Ainsi, la loi de Transition énergétique pour la croissance verte comprend des articles relatifs au recyclage des matériaux dans les routes (enrobés, granulats). L'ingénieure rappelle toutefois que cette opération d'économie circulaire doit se faire avec une grande attention pour les personnels impliqués, potentiellement exposés à des produits nocifs comme les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) des anciens goudrons. "Le problème est circonscrit et les techniques au point", note Marie-Thérèse Goux. "En revanche, pour l'amiante c'est plus complexe puisqu'il y a du chrysotile et de l'amiante naturel dans les granulats. Le repérage avant travaux sera rendu obligatoire en 2020 avec la loi Travail El Khomri, dont les décrets d'application sont en cours de rédaction". Une norme précisant l'échantillonnage à réaliser sera publiée en septembre ou octobre 2019.

 

Des routes hi-tech qui apportent toujours plus

 

Christine Leroy de Routes de France, reprend : "Il y a une exigence de performances mais les investissements sont en baisse, avec une forte concurrence pour abaisser les coûts de l'entretien". Pour parvenir à ces performances accrues, de nombreux problèmes doivent être adressés, comme la réduction du bruit de roulement, la résistance mécanique à l'orniérage, l'amélioration de l'adhérence avec les pneus, l'accroissement du drainage des eaux ou encore la ténacité face à des agressions d'agents extérieurs comme les sels, les huiles ou les UV. L'experte cite de nombreux programmes menés par les industriels pour y parvenir, lauréats d'appels à projets comme Lumiroute, le revêtement routier de couleur claire qui permet d'améliorer la visibilité et de réduire l'éclairage. Elle évoque également Altivia, un enrobé spécialement étudié par Eurovia pour les routes d'altitude soumises à des conditions sévères ou Urbalith, un mélange à froid de granulats et de liant organo-minéral. Du côté du concurrent Eiffage, on parle du procédé Recytal Arm, de régénération de route grâce à un liant végétal qui permet de diviser par 10 l'empreinte carbone des travaux. Mais les choses vont encore plus loin, avec le développement de routes productrices d'énergie. La solution photovoltaïque WattWay a déjà été largement médiatisée, mais d'autres technologies arrivent sur le marché comme Power Road qui transforme la chaussée en capteur géothermique horizontal, capable d'alimenter en calories des bâtiments adjacents par le biais d'une pompe à chaleur, ou encore Hélianthe de l'entreprise Charier qui capte l'énergie solaire thermique pour alimenter des constructions annexes. Christine Leroy conclut : "Les métiers sont en pleine évolution. Ils adoptent une approche système, décloisonnée, ouverte à de multiples compétences". La route de demain sera bien plus qu'une simple langue de bitume.

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