SOCIAL. Le 27 février, une cinquantaine de personnes ont occupé le futur siège du Monde, à quelques jours de l'installation des équipes du journal dans leurs nouveaux locaux. Parmi eux, au moins 37 travailleurs sans papier, dont 17 ayant travaillé sur ce site, d'un sous-traitant du groupe Eiffage. Malgré un accord trouvé dans la soirée, ils étaient toujours sur place le 28 février au matin.

Certains travaillent sur le site depuis plusieurs années, et étaient parfois toujours à l'œuvre en ce mois de février, sans contrat. Un matin, après avoir œuvré toute une nuit pour 40€, il leur a été demandé de faire des heures supplémentaires, payées 5€. Quelques-uns refusent et sont menacés d'être "virés". Sur le site du futur siège du Monde, 17 travailleurs sans papier de sous-traitants du groupe Eiffage participant au chantier se sont ainsi tournés vers le syndicat CNT - Solidarité ouvrière. Et pour se faire entendre, le 27 février, ils ont décidé d'inaugurer symboliquement le siège du journal, alors que les équipes doivent s'y installer prochainement.

 

Ces 17 personnes ont été rejoints par au moins 20 autres, travaillant sur un chantier du groupe Eiffage à Saint-Denis pour les mêmes sous-traitants que sont le bureau d'études Cicad - qui assurait la maîtrise d'œuvre du chantier-, et l'entreprise de nettoyage Golden Clean, explique le syndicat. Principaux griefs : l'absence de bulletins de paie, un salaire trop bas par rapport à la convention collective à laquelle ils dépendent, l'irrégularité de leur situation, des conditions de travail n'assurant pas leur sécurité.

 

Pour Eiffage, tout était en règle

 

Mis directement en cause par le syndicat et les travailleurs, Eiffage a réagi par voie de communiqué sa relation contractuelle avec Golden Clean. La prestation de services commandée et confiée au sous-traitant sur le chantier du Monde courait de novembre 2017 à novembre 2019, et concernait "durant la période des travaux, le nettoyage quotidien de la base vie installée sur le site".

 

Surtout, pour le groupe de BTP que nous avons contacté par ailleurs, la mission était effectuée par deux salariés seulement, pour qui tous les documents nécessaires lui ont été fournis. Ainsi, du côté d'Eiffage, tout était en règle, et tous les contrôles auprès du sous-traitant ont également été faits, nous assure-t-on. Et de nous rappeler également que le chantier a été réceptionné fin décembre.

 

"C'est une réaction classique dans ce genre de cas où des sous-traitants interviennent, estime une juriste du syndicat CNT-Solidarité ouvrière. Si Eiffage a demandé une prestation avec deux salariés alors qu'il en faut beaucoup plus pour assurer la mission, il se doute que cela ne se passera pas bien, et il reste responsable indirectement des conditions de travail des employés."

 

Même son de cloche au Monde et chez Cicad

 

Également cité par les grévistes, Cicad, qui intervient comme maître d'œuvre sur ce chantier, précise qu'il ne s'agit pas de ses salariés, contrairement à ce qui a pu être dit et écrit dans certains articles de presse. Et comme Eiffage, l'entreprise indique que toutes les pièces administratives qui doivent constituer les dossiers étaient fournies et à jour.

 

Même son de cloche du côté du client, le groupe Le Monde : "On avait vérifié les documents de Golden Clean, on avait fait faire des contrôles inopinés et tout était en règle", explique Louis Dreyfus, président du directoire du groupe dans un article du quotidien.

 

Accord trouvé

 

Au terme d'une journée de mobilisation, une réunion entre les différentes parties, et en présence de la direction du client, Le Monde, a permis de trouver un accord selon le syndicat. Il prévoit la remise des bulletins de salaires des 17 travailleurs affectés sur le site du journal, la régularisation des salaires, la remise des CERFA et l'accompagnement dans leur démarche auprès des préfectures, et leur réintégration à la société Golden Clean au besoin. Il a été par ailleurs décidé que cet accord serait applicable à tous les salariés des sites de l'entreprise de nettoyage, dont fait partie le chantier de Saint-Denis.

 

Le 28 février au matin, les travailleurs occupaient cependant toujours le siège du Monde, attendant la remise de leur bulletin de salaire. Contacté, Golden Clean ne nous a pas répondu pour le moment.

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