La situation des entreprises de travaux publics est "catastrophique", juge leur fédération patronale (FNTP), redoutant une chute du chiffre d'affaires de 8% l'an prochain, la plus forte depuis 30 ans, ainsi que la perte de 16.000 emplois dans le secteur.

Il faut remonter à la crise économique de 1995 ou de 1984, pour retrouver une telle situation "catastrophique". La FNTP ne pèse pas ses mots lorsqu'elle résume la situation des travaux publics en 2014. En effet, la Fédération des Travaux publics, calculette à la main, estime que le secteur a perdu "25 % de son chiffre d'affaires et vu 30.000 emplois détruits en deux ans".

 

"Et c'est loin d'être fini", a avancé, ce jeudi 4 décembre son président, Bruno Cavagné, qui s'attend d'ores et déjà à une nouvelle chute l'an prochain. "Au total, nous anticipons une baisse de l'activité de 8% en 2015, ce qui représentera la baisse la plus forte depuis 1984", a-t-il précisé.

Dégringolade des appels d'offres en 2014

En cause, d'après lui, une dégringolade des appels d'offres en 2014 à mettre principalement sur le compte de la baisse des dotations de l'Etat aux collectivités locales. "-19% au premier trimestre, -33% au second trimestre et ensuite -28% au 3ème trimestre, et malheureusement, on ne voit aucune augmentation en vue au 4ème trimestre", observe, avec amertume Bruno Cavagné.

 

En attendant, les professionnels des TP continuent de voir leur activité baisser. Les entreprises de construction de routes déclarent un recul de -12% tandis que les canalisateurs annoncent avoir atteint leur plus bas historique. "On estime la baisse de l'emploi total à - 8000 postes sur l'ensemble de l'année 2014 et on anticipe une destruction de 16.000 emplois dès l'année prochaine", redoute Bruno Cavagné.

Défaillances d'entreprises : 180 par mois

"De plus, les enquêtes d'opinion n'ont jamais été aussi terribles, il y a 180 défaillances d'entreprises par mois à l'heure actuelle, les PME ont d'énormes problèmes de trésorerie. Certaines sont dans une situation désespérée", ajoute Bruno Cavagné. Côté interim, "un niveau plancher a été atteint, aux environs de 10% des effectifs". Et la décélération des grands chantiers ferroviaires de LGV (lignes à grande vitesse) notamment, va conduire, d'après lui, à la fin de nombreux contrats de chantiers.

 

"Une année blanche en matière de politique d'infrastructures"
Incontestablement, 2014 "a été une année blanche en matière de politique d'infrastructures en France", ajoute Bruno Cavagné. Même si le Premier ministre a annoncé, la semaine dernière, au Congrès des maires une mobilisation de l'Etat de 12,5 milliards d'euros pour les six années au profit des Contrats de projets Etat-région (CPER) notamment avec la nouveau contrat-plan en Région Pays-de-la-Loire. Mais la FNTP est loin d'être convaincue.

 

Même constat pour le financement de l'Agence de financement des infrastructures de transport de France (Afitf), ou le plan de relance autoroutier. "Cette situation ne peut plus durer, c'est l'avenir du pays que l'on hypothèque", s'est alarmé Bruno Cavagné.

 

Il appelle l'Etat, qui évoque trop souvent "des milliards virtuels", à prendre des décisions sur ces trois chapitres afin d'apporter rapidement "de la visibilité aux entreprises" d'un secteur qui dépend à 70% de la commande publique.

Plan de relance autoroutier

Par ailleurs, la FNTP attend aussi la validation du troisième appel à projet pour les transports en commun en sites propres (TCSP), et exige des éclaircissements sur le financement du Grand Paris, ainsi que sur les transferts financiers et de compétences, liés à la réforme territoriale. "Cette dernière loi bouleverse les département ruraux dans leur capacité à se projeter dans l'investissement pour les années futures", complète le président de la FNTP.

 

Dans ce contexte alarmiste, la FNTP rencontrera le ministre de l'Economie Emmanuel Macron, le 18 décembre prochain, pour l'interpeller sur les difficultés du secteur. Lors de cette rencontre à Bercy, l'organisation plaidera particulièrement pour une mise en oeuvre rapide du plan de relance autoroutier de 3,2 milliards d'euros, dont la concrétisation se fait attendre sur fond de discussions entre les sociétés d'autoroutes et le gouvernement sur les tarifs des péages.

 

"On mélange tout", a déclaré Bruno Cavagné. "J'appelle le Gouvernement à appliquer le contrat et à travailler parallèlement avec les concessionnaires pour régler le problème des concessions". Pour rappel, le plan de relance réserve 55% des travaux aux PME extérieures aux groupes de BTP également concessionnaires des réseaux contrôlés par le groupe Vinci (autoroutes ASF et Cofiroute), Eiffage (APRR) et le groupe espagnol Abertis (Sanef).

 

D'ailleurs, la réunion du mercredi 4 décembre entre l'Association des sociétés françaises d'autoroutes (Asfa), la ministre de l'Ecologie Ségolène Royal et Emmanuel Macron n'a rien donné de nouveau, nous confirme Bruno Cavagné, le Gouvernement ayant demandé aux concessionnaires de revenir vers lui d'ici dix jours avec des propositions de solutions.

 

Pacte de responsabilité dans les TP : aucune avancée dans la signature entre syndicats et patronat
Dans le cadre de la signature du Pacte de responsabilité, les Fédérations d'employeurs (Fédération Nationale des Travaux Publics et Fédération SCOP BTP) et les organisations syndicales de salariés (CFTC, CFDT, CFE-CGC, FO) des Travaux Publics ne sont pas parvenues ces jours-ci à se mettre d'accord. Après un état des lieux partagé de la situation économique particulièrement alarmante du secteur des TP et l'examen des différents scénarii possibles à échéance 2017, la profession s'est engagée - au regard des effets du Pacte - à éviter la suppression de 13.000 emplois. Enfin, Bruno Cavagné compte sur les syndicats pour que cet accord soit signé prochainement.

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