ACQUISITION. Le géant français des matériaux de construction Saint-Gobain, et le chimiste suisse de spécialité Sika, qui était jusque-là réfractaire au rachat des parts détenues par la famille fondatrice Burkard, ont scellé un accord ce vendredi 11 mai 2018. Les parties mettent donc fin aux litiges qui les opposaient depuis plus de 3 ans et entendent même… étendre leurs relations. Détails.

Dénouement inattendu à un véritable conflit juridique qui opposait Saint-Gobain et Sika : les deux parties, plus les membres de la famille Burkard qui souhaitaient vendre leurs parts au groupe français malgré l'opposition du conseil d'administration, ont conclu un accord global mettant fin à leur conflit. Selon le communiqué publié ce vendredi 11 mai 2018, il "met définitivement fin aux litiges qui les opposent, au bénéfice de chacune des parties et de celui de leurs actionnaires respectifs".

 

Mais quels sont exactement les termes de cet accord aux multiples implications ? Tout d'abord, Saint-Gobain a racheté la totalité des actions de la holding Schenker-Winkler auprès de la famille Burkard pour un montant de 2,69 milliards d'euros, soit 417 M€ de plus que le montant qui avait été convenu en décembre 2014. Une augmentation qui reflète l'accroissement "de la valeur de Sika" sur la période de plus de trois ans, puisque l'entreprise suisse a enregistré de bons résultats. Second point, Sika s'est porté acquéreur auprès de Saint-Gobain de 6,97 % de son propre capital, rattachés à 23,7 % des droits de vote, contre un chèque de 1,74 Mrd €. Cette fois, le montant incorpore une prime non négligeable de 663 M€ par rapport au cours de bourse des actions. Pierre-André de Chalendar, le p-dg français qui n'avait de cesse de rappeler sa détermination à mettre la main sur Sika sans pour autant passer par une classique offre publique d'achat sur les marchés, exulte : "C'est une issue très positive, tant d'un point de vue financier que stratégique. Nous dégageons un résultat net positif de plus de 600 M€ pour nos actionnaires".

 

Tout est bien qui finit bien

 

Autre spécificité de l'accord conclu, Saint-Gobain s'est engagé à conserver, au travers de la holding Schenker-Winkler, une participation de 10,75 % dans Sika et ce, pour une durée minimale de 2 ans. Le plafond de détention sera maintenu à cette valeur pendant 4 ans, puis porté à 12,875 % les deux années suivantes. Dans le cas où le groupe français souhaiterait finalement liquider cette participation, alors il devrait d'abord proposer ses parts à Sika. Urs Burkard, le porte-parole de la famille, explique : "Nous sommes ravis que Saint-Gobain, client significatif de Sika, soit désormais le premier actionnaire de la société". De son côté, le président du géant français note : "Nous conservons une participation minoritaire dans une belle société et allons accroître la collaboration entre les deux groupes". Des relations qui seront donc à la fois actionnariales et commerciales. Comme le précise le communiqué, ils chercheront à étendre celles déjà existantes "dans les domaines qui leur sont mutuellement bénéfiques, tout en préservant et respectant l'indépendance économique et juridique de chacun". Pas question donc d'intégration ou de rapprochement outre-mesure.

 

Le mot final revient à Paul Hälg, le président du conseil d'administration de Sika, qui il y a un mois encore exhortait les membres de la famille Burkard à ne pas céder leurs parts à Saint-Gobain : "Le conseil d'administration et le comité de direction de Sika saluent cette issue positive. Cette solution permet d'amorcer un nouveau chapitre de notre réussite (…) Nous remercions tout particulièrement nos employés qui, par leur engagement et leur loyauté, ont permis la réussite de Sika et rendu cette solution possible". L'entreprise suisse financera le rachat des 6,97 % de capital par un crédit relais contracté auprès d'UBS. La structure actionnariale évoluera ensuite afin de faire disparaître certaines dispositions (suppression de la clause statutaire d'opt-out et de la limitation de transferts de titres à 5 %), tout comme le mode de gouvernance qui sera modernisé.

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