SUBVENTIONS. La fédération d'association Soliha, agissant dans le secteur de l'habitat privé, dénonce "l'arrêt brutal" du programme d'Action Logement consacré à la rénovation énergétique des logements des salariés à bas revenus. L'organisme paritaire a répondu, sans rassurer les acteurs sur les dossiers en cours de constitution.

Action Logement, organisme paritaire de financement du logement notamment social, a lancé, en 2019, son Programme d'investissement volontaire (Piv) en sept axes, dont la rénovation énergétique des logements des salariés à bas revenus, doté d'environ 1 milliard d'euros. Celui-ci s'adresse aux salariés, locataires ou propriétaires de leur logement qui souhaitent réaliser des travaux d'isolation des murs et des combles, intervenir sur le système de chauffage ou sur les équipements d'eau chaude sanitaire. Le financement, sous critère de ressources ou de localisation géographique, se fait sous la forme d'une subvention pouvant aller jusqu'à 20 000 euros (éventuellement complétée d'un prêt allant jusqu'à 30 000 euros).

 

Ce programme a été lancé avec un objectif de 50.000 ménages aidés. Ce chiffre récemment atteint, Action Logement a annoncé à Soliha, dont les associations sur le terrain accompagnent les ménages dans leurs travaux, l'arrêt du programme.

 

"Que vont faire nos équipes sur le terrain ?"

 

"On m'a appelé vendredi matin [4 décembre] pour me dire que la plateforme internet pour demander la subvention allait fermer", explique Michel Pelenc, directeur général de Soliha, contacté par Batiactu. Immédiatement, la fédération d'acteur associatifs a publié un communiqué "déplorant très vivement l'arrêt brutal, sans avertissement préalable", de ce programme.

 

"Avec un chantier moyen de 16.000-17.000 euros, il y a environ 60.000 dossiers subventionnables", précise le dg de Soliha. "Ce chiffre va être atteint, donc ils arrêtent. Mais que vont faire nos équipes sur le terrain ? Nos agents sont en train de constituer des dossiers, avec des milliers de familles à qui on a donné un certain montant de travaux et à qui il va falloir dire : 'désolé, la subvention a disparu, ce sera beaucoup plus cher'. On en a ras-le-bol de ces politiques du yo-yo, de décisions prises sans anticiper".

 

Un programme "simple à monter" et "avantageux"

 

Les aides de ce programme avaient plusieurs vertus, explique Soliha : d'une part, la simplicité de montage du dossier, d'autre part le montant significatif de l'aide et enfin, l'accompagnement des ménages dans leur démarche administrative et tout au long de leur chantier. "Cette aide a permis à des milliers de ménages très modestes d'accéder à un vrai confort énergétique" insiste la fédération d'acteurs associatifs.

 

Elle demandait, le 4 décembre, que les milliers de dossiers en cours soient pris en compte. Le même jour, Action Logement s'est également fendu d'un communiqué pour assurer qu'il n'y avait pas d'"arrêt brutal" et que les dossiers déposés - "près de 60.000", en effet - recevraient bien leur aide. Pas entièrement satisfaisant, pour les acteurs sociaux, qui réclament, le 7 décembre via les réseaux sociaux, "une concertation pour apporter des solutions aux milliers de dossiers de rénovation énergétique en cours de constitution pour les ménages les plus modestes".

 

"On vient de m'appeler pour que je liste les dossiers en cours…"

Action Logement semble chercher, ce lundi, l'apaisement. La direction de la communication promet "un communiqué d'explications et de démenti" prochainement. Michel Pelenc explique encore à Batiactu, ce lundi, qu'Action Logement l'a contacté pour qu'il "liste les dossiers en cours". Soliha avance, toujours sur les réseaux sociaux, une proposition plus ambitieuse : "que les crédits du Plan d'investissement volontaire non consommés soient réorientés vers le programme de rénovation énergétique pour les plus modestes".

 


Le dg de Soliha s'alarme du "déficit grandissant d'accompagnement social des ménages modestes dans leurs travaux de rénovation énergétique". Michel Pelenc rappelle en effet que dans le cadre d'Habiter Mieux, programme de l'Anah d'accompagnement des ménages à bas revenus dans leurs travaux, "seulement 60.000 dossiers sont prévus en 2021, contre 100.000 en 2019, par exemple".

 

Or, si Habiter Mieux est flanqué d'un dispositif MaPrimeRénov mieux doté et ouvert à tous les ménages en 2021, "il n'y a pas d'accompagnement spécifique de prévu". Un accompagnement qui fait cruellement défaut à des populations "souvent en rupture digitale", et qui "ne savent pas comment prioriser leurs travaux et accéder aux aides disponibles".

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