ARTIFICIALISATION. Le groupe Pierre et Vacances a annoncé, le 8 juillet, l'abandon de son projet de domaine Center Parcs à Roybon (Isère), bloqué par de multiples recours et dont le terrain est occupé par des "zadistes". Un abandon salué par la nouvelle ministre de la Transition écologique Barbara Pompili.

Le projet contesté de Center Parc de Roybon ne verra pas le jour. Pierre et Vacances a officiellement jeté l'éponge, le 8 juillet, via un communiqué. Le projet, d'un montant de 390 millions d'euros, prévoyait la construction, dans la forêt de Chambaran, de mille cottages, de commerces et de restaurants autour d'un espace aquatique, sous la forme d'une bulle transparente maintenue à 29 degrés avec piscines, toboggans et jacuzzis.

 

"Depuis plus de dix ans, des procédures judiciaires contestant les autorisations administratives ont fait obstacle à la réalisation du projet. L'autorisation de défrichement, indispensable à sa réalisation, étant devenue caduque, et l'accès du site étant bloqué par des 'zadistes' occupant illégalement le terrain depuis 2014, Center Parcs a décidé de se retirer de ce projet", explique le groupe.

 

Le projet avait le soutien des collectivités, pas des associations écologistes

 

"Ce n'est pas de gaîté de cœur" que le groupe jette l'éponge, a commenté à l'AFP Gérard Brémond, président et fondateur de Pierre et Vacances, qui compte à ce jour 25 Center Parcs en Europe, constitués de cottages immergés dans des domaines forestiers. "Mais on était dans une impasse, c'était devenu inextricable entre l'occupation du site, les changements de règlementations, les autorisations pour les permis de construire, pour le défrichement, la loi sur l'eau, la préservation des espèces, et les lenteurs de la justice dans les différents stades, la cour d'appel, le tribunal administratif, le conseil d'Etat. Tout cela se superposait, c'était interminable", a-t-il résumé.

 

Les recours déposés par les opposants au projet - principalement des associations de défense de la nature et de protection du milieu aquatique se sont succédé depuis 2010, dans une alternance de revers et de victoires pour Center Parcs. Pierre et Vacances-Center Parcs se plaît à rappeller qu'en revanche, le projet "a reçu un soutien constant de toutes les collectivités locales pour ses qualités environnementales, ses retombées en termes d'emplois et de revenus, et sa capacité à revitaliser et à rééquilibrer le territoire".

 

Une "absurdité […] d'une ancienne période", pour la ministre

 

La nouvelle ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, a salué l'abandon du projet, le qualifiant d'"absurdité" en matière environnementale, typique d'une "ancienne période où on ne s'occupait pas" de la nature. "J'étais de longue date opposante à ce projet parce que c'est un projet de l'ancienne période où on ne s'occupait pas de ce qu'on faisait à la nature quand on faisait ce genre de projet", a déclaré jeudi la ministre sur Franceinfo, insistant sur le déboisement important prévu dans une zone humide.

 

"C'est supposé être des vacances pour être proche de la nature et ça n'avait pas du tout été pensé pour protéger la nature. On a une absurdité et en plus il y avait eu un clair manque de concertation en amont", a-t-elle ajouté. "On ne peut plus aujourd'hui faire des projets comme cela sans associer ceux qui vivent tout près et associer de manière générale les citoyens", a encore insisté la ministre. "Ce qui se passe là montre qu'on est passé à autre chose".

 

D'autres projets rencontrent une opposition

 

Le groupe Pierre et Vacances a confirmé le développement de ses autres projets de Center Parcs, en France et en Europe. Dans l'Hexagone, le domaine des Landes de Gascogne (Lot-et-Garonne) doit ouvrir ses portes au printemps 2022. "Le projet a été accueilli très favorablement et soutenu tant par les collectivités territoriales que par les habitants et les acteurs de la protection de l'environnement", affirme le groupe.

 

Trois autres projets restent cependant contestés en justice ou combattus localement, tels que l'extension du domaine existant de Bois-Francs (Eure), le projet de Poligny (Jura) qui fait l'objet de recours judiciaires contre le PLU, et le projet du Rousset (Saône-et-Loire) pour lequel "on dialogue et on fera des propositions à l'automne sur des améliorations", selon Gérard Brémond, interrogé par l'AFP.

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