La mise en place d'un prix à la tonne de CO2 risque d'impacter lourdement l'activité des groupes cimentiers, grands émetteurs de gaz carbonique. Et ce, même si le prix du carbone restait modéré. De quoi inciter les industriels à développer des procédés moins énergivores et à moderniser leurs installations ? Eléments de réponse.

L'industrie cimentière mondiale émet 5 % de tous les gaz à effet de serre planétaires rejetés chaque année. Elle a donc un impact notable sur l'évolution climatique et risque d'être, à ce titre, lourdement pénalisée par l'instauration d'un prix du carbone. Le cabinet d'experts CDP, spécialisé dans l'analyse environnementale des entreprises, a calculé que si l'ensemble de leurs émissions avaient été taxées en 2014, à hauteur de 8,8 €/tonne de CO2, les douze premiers groupes (au premier rang desquels figurent Lafarge et Holcim) auraient dû débourser près de 4 milliards d'euros. Pour un prix de 13,25 €/tonne, la facture aurait même grimpé à 6 Mrds €.

 

Tarek Soliman, analyste senior du cabinet, commente : "Les mesures réglementaires étant appelées à se durcir inévitablement, et le signal-prix du carbone à se renforcer, les investisseurs exigeront des changements, à la fois stratégiques et rapides, de la part des cimentiers". Le cabinet CDP recommande à ces industriels d'accroître l'utilisation de carburants alternatifs aux énergies fossiles, d'améliorer l'efficacité thermique de leurs installations et de recourir, autant que possible, à des substituts décarbonés ou au captage du carbone. Il est précisé que seules trois compagnies - dont LafargeHolcim - ont annoncé des plans de réduction de leurs émissions cohérents avec l'instauration d'un prix du carbone, les autres industriels n'étant "pas assez ambitieux".

 

Les fusions favoriseraient les progrès environnementaux

 

Le rapport souligne que ce rapprochement entre Lafarge et Holcim, qui a donné naissance à l'incontestable numéro un mondial du ciment, "a le potentiel d'améliorer la performance carbone de l'entité (…) qui a plus de moyens pour investir". En 2016, un autre rapprochement aura lieu entre HeidelbergCement et Italcementi, "ce qui signifie que le second pourra bénéficier des pratiques plus efficaces du premier", selon CDP. Les performances environnementales du groupe italien sont en effet décevantes, tout comme celles de Cementir (Italie), de Buzzi Unicem (Italie) ou de Taihaiyo Cement (Japon). Enfin, le document mentionne l'absence de coopération de la part de plusieurs entreprises comme Anhui Conch Cement (Chine), Siam Cement (Thaïlande), Dangote Cement (Nigéria) ou Vulcan Materials (Etats-Unis), qui n'ont pas communiqué leurs données. "Les investisseurs devraient demander à ces entreprises pourquoi elles ne sont pas suffisamment transparentes sur leurs émissions de carbone", estime le cabinet.

 

Au moment de la COP21, Ségolène Royal avait formulé sa "stratégie bas carbone" en trois temps, qui devrait permettre à la France de diviser par quatre son empreinte CO2 d'ici à 2050. Pour y parvenir, un prix du carbone dont le cours augmentera chaque année, a été prévu : il était de 14,5 €/t en 2015, de 22 €/t cette année et atteindra déjà les 30,5 €/t en 2017. Cette même tonne de gaz carbonique coûtera 56 € en 2020 et 100 € en 2030. Des chiffres astronomiques pour les cimentiers. Mais seront-ils suffisants pour imposer une réduction drastique des rejets atmosphériques liés à cette production ?

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