Pour créer la nouvelle salle de concert de l'orchestre symphonique de Philadelphie, le célèbre architecte américain Raphael Vinoly s'est inspiré de l'intérieur d'un violoncelle géant. Cette salle-instrument dispose des derniers perfectionnements acoustiques.

A Philadelphie, qui s'enorgueillit de posséder l'un des plus prestigieux ensembles philharmoniques du monde, on ne plaisante pas avec le son. Le célèbre "Philadelphia Sound", la résonance particulière de cette formation, est célébrée depuis des décennies par les mélomanes du monde entier.

Alors quand, après des années de collecte de fonds et un faux départ, le financement a été trouvé pour édifier à Philadelphie une salle digne de la réputation de son orchestre dirigé par l'Allemand Wolfgang Sawallish, Raphael Vinoly a travaillé avec un grand nom new-yorkais de l'acoustique.

Le "Verizon Hall", inauguré fin décembre, a gardé la forme classique dite de la "boîte à chaussures" (un grand rectangle, idéal pour propager le son), mais l'architecte originaire d'Uruguay à dessiné à l'intérieur des courbes habillées d'ébène, évoquant l'intérieur d'un violoncelle.

"Nous avons commencé par envisager la salle comme un instrument en lui-même, pas comme un morceau d'architecture", explique M. Vinoly, qui se destinait dans sa jeunesse à la musique avant de changer de voie. "Elle devient un outil. Quelque chose non pas dans lequel vous jouez mais avec lequel vous jouez. C'est le plus gros instrument de l'orchestre".

"L'idée était qu'il y a quelque chose dans les formes concaves et convexes si typiques d'un instrument à cordes qui gouverne la façon dont le son est distribué. Dans un instrument à cordes, le corps de l'instrument crée l'harmonie. C'est ce que nous avons voulu faire ici."

Le new-yorkais Russel Johnson, l'un des grands noms mondiaux de l'acoustique, a ensuite équipé la salle de plusieurs installations, comme les clés d'un instrument qu'il faut accorder avant d'en jouer.

Cent portes (cinquante de chaque côté) peuvent ainsi être ouvertes ou fermées, qui donnent sur de petites pièces vides baptisées "chambres de contrôle acoustique", modifiant ainsi la réverbération phonique de la salle.

Le long des murs, des panneaux et des rideaux peuvent également être descendus ou remontés, là aussi pour altérer la propagation du son.

Enfin, juste au-dessus de la scène, les projecteurs sont soutenus par des panneaux, formant un "ensemble de canopée" ("acoustic control canopy system") qui, en montant ou en descendant, peut également modifier l'acoustique.

Il faudra des mois, peut-être des années, aux musiciens et aux acousticiens pour parvenir aux réglages parfaits. Des réglages qui pourront, comme on accorde un piano ou un violon, être modifiés en fonction des formations ou des genres de musiques.

Les premières réactions des musiciens et du maestro sont enthousiastes. "La première impression est formidable" a confié au Philadelphia Inquirer Wolfgang Sawallisch. "Les musiciens peuvent s'entendre les uns les autres. Je peux entendre chaque section, individuellement et dans leur ensemble. Bien sûr, cela prendra du temps, vous ne pouvez pas faire cela en cinq minutes."

Le "Verizon Hall" fait partie d'un ensemble plus vaste, baptisé le "Centre Kimmel" (du nom de son plus généreux parraineur, un millionnaire local), qui comprend également une salle plus petite dédiée à la danse et à la musique de chambre. Le tout, qui a coûté 265 millions de dollars, a été recouvert par Raphael Vinoly d'un spectaculaire dôme de verre.

actionclactionfp