"So hard to do, so easy to say" (Si difficile à faire, si facile à dire). S'éloigner, prendre du recul, pour envisager l'avenir n'est pas chose aisée, comme nous le rappelle Ben Harper.

 

 

Beaucoup d'actualités de cette semaine nous projettent ainsi sur ce qui nous semblait être encore il y a quelques années relever d'une science-fiction utopique, nous rappelant sans ménagement une maxime bien connue de notre secteur : le futur se construit dès aujourd'hui.

 

Dans notre monde régi par le numérique, l'intelligence artificielle en impose et s'impose, n'en finissant pas d'alimenter les débats. S'il fallait citer trois exemples vus dans nos colonnes ces derniers jours : lors du sommet Choose France, ce 1er juin, le fonds d'investissement japonais SoftBank a ainsi annoncé un investissement massif - 75 milliards d'euros - dans la construction de centres de données en France ; à Marseille, le quartier populaire Gèze accueillera bientôt les 35 000 m² de Theodora, un campus urbain dédié à l'intelligence artificielle et conçu avec elle ; enfin, lors du salon Actes, organisés par les économistes de la construction, là encore, l'IA s'est imposée comme le sujet phare.

 

 

De tous les débats concernant cette nouvelle technologie, dont l'impact est et sera réel pour tant de métiers (dans le secteur du cadre de vie, comme pour celui exercé par l'auteur de ces lignes), les visions s'affrontent, défaitiste pour les uns ou encore trop enthousiaste pour les autres. Une impression commune semble émerger toutefois : celle que sur ce sujet, vitesse est souvent confondue avec précipitation, sans point de retour.

 

 

L'inquiétude (légitime) que l'IA engendre doit être source de recherches, d'innovations, et surtout de temps. Les fondateurs d'Anthropic (à l'origine de l'intelligence artificielle Claude) n'appellent-ils pas eux-mêmes ce vendredi 5 juin à une "pause" dans cette course effrenée ? Sur le développement de l'IA, ils craignent un risque de "perte de contrôle." Tout va trop vite. Même si eux-mêmes le disent...

 

"Mais cette machine dans ma tête, Machine sourde et tempête, Mais cette machine dans ma tête. Leitmotiv, nuits secrètes, Tatoue mon âme à mon dégoût", Cargo, Axel Bauer

 

 

Pour notre secteur, s'il n'y qu'une vérité à rappeler, comme l'a fait le président sortant du CSTB, Étienne Crépon, lors de la Journée de la recherche organisée par le centre scientifique et technique : le bâtiment, comme l'information, est d'abord au service de ses usagers. Le nerf de la guerre ? La donnée. C'est bien la seule chose sur laquelle tout le monde s'accorde. Avoir la bonne information pour l'utiliser à bon escient. Pour le bâtiment, l'activité est ainsi désormais tournée vers le déjà-là, rappelle Etienne Crépon et mieux connaître le parc existant est essentiel. "Nous devons parvenir à en produire, organiser et maintenir une connaissance précise", a-t-il formulé. "Les bâtiments que l'on connaîtra seront ceux qui auront un avenir." Ainsi, les données récoltées sur un bien constitueront, assure Étienne Crépon, "un des piliers de sa valeur réelle".

 

Etienne Crépon, le 2 juin 2026, en clôture de la journée de la recherche du CSTB.
Etienne Crépon, le 2 juin 2026, en clôture de la journée de la recherche du CSTB. © F.L., pour Batiactu

 

Envisager les possibilités de l'outil et ses impacts, plutôt que de le laisser s'imposer partout, pour tous et pour n'importe quoi. À l'avenir sombre que nous promet la force du destin de Verdi, nous préférons donc entendre la symphonie que propose Beethoven : aux quatre coups représentant "le son du Destin qui frappe" à la porte de celui qui sait qu'il devient sourd, il répond dans sa 5e par une fin qui ne laisse pas de place au pessimisme.

 

 

Il y a un domaine notamment où recueils de données et innovations sont plus que nécessaires : c'est bien l'adaptation de notre bâti au réchauffement climatique. "Les Français subissent déjà les conséquences des vagues de chaleur, y compris dans leur logement", constate Brice Teinturier, d'Ipsos BVA, auteur du sondage sur "Les Français face au réchauffement des villes" pour Bouygues Immobilier, dévoilé le 3 juin 2026.

 

Les industriels sont nombreux à s'être emparés du sujet et ce mardi, vous avez pu découvrir par exemple, un reportage sur la production, réalisée par Point P. en usine, de carreaux fabriqués à partir d'un mélange de terres recyclées (ce qui ne gâche rien), de chanvre et de liant destinés à venir en complément d'un isolant intérieur pour lutter contre les logements bouilloires.

 

Nous vivons un contexte où la recherche comme l'innovation sont essentielles et la rénovation des bâtiments et des infrastructures, à massifier.

 

"What the future has in store no one ever knows before," Tomorrow Is My Turn, Nina Simone

 

 

Un autre paramètre entre et, c'est le cas de le dire, en compte : le pouvoir d'achat des Français au plus bas et des finances publiques en berne. Le ministre des Comptes publics a détaillé le programme d'économies budgétaires envisagées au Sénat, ce 3 juin, pour pallier la crise engendrée par le conflit au Moyen-Orient. Le Fonds vert, bras armé de la transition environnementale, et l'Afit, l'agence de financement des infrastructures de transport, en font notamment les frais. À noter également qu'après le "Quoi qu'il en coûte", voici l'heure du "Quoi qu'il arrive", détaille notre journaliste, l'État voulant désormais reconstituer une réserve de précaution pour faire face à d'autres dépenses imprévisibles engendrées par les crises et qui ont tendance à se multiplier au rythme d'une par an.

 

 

Nous aurions pu reprendre l'image de Sisyphe qui n'en finit pas de pousser son rocher indéfiniment au sommet de la montagne, mais nous retiendrons celle de l'impression de tourner en rond comme sur un circuit de Formule 1 (notamment car vous avez pu découvrir en vidéo les coulisses de la construction de celui de Madrid), entre urgence des besoins mais poids des contraintes.

 

 

Et pour s'en sortir, retrouver créativité et imagination afin de surmonter les difficultés, il est donc nécessaire de freiner sa course, au moins un temps. Sans oublier de temps en temps de faire une pause, histoire de relancer de la bonne petite musique, à l'image de celle nous décrit le grand Stevie.

 

"Music is a world within itself, with a language we all understand, with an equal opportunity, for all to sing, dance and clap their hands." Sir Duke, Stevie Wonder

 

 

[
La playlist de la petite musique de cette semaine
]

 

Walk away, Ben Harper
Unstoppable, Sia
La force du destin, Ouverture, opéra de G. Verdi
Cargo, Axel Bauer
Symphonie n°5, Beethoven
Tomorrow Is My Turn, Nina Simone
I'd love to change the world, Ten years after
Hymne de la Formule 1, composé par Brian Tyler
Sir Duke, Stevie Wonder

 

 

Pauline Polgar

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