Fin du monopole, multiplication du nombre de concurrents et réduction des consommations, autant de tendances qui érodent la part de marché des acteurs historiques de l'énergie en France. Mais comment tentent-ils de préserver leur position dominante ? Eléments de réponse.

Avec la mise en concurrence des fournisseurs de gaz et d'électricité depuis 2007, et l'arrivée de multiples acteurs sur ces deux marchés, la situation se complique pour les anciens monopoles d'Etat. Et les changements ne sont pas terminés avec la fin des tarifs réglementés pour les industriels et les collectivités locales et la recherche constante d'une meilleure efficacité énergétique qui entraîne une baisse des consommations. Selon le cabinet Xerfi, qui vient de publier une étude complète(*) sur le sujet, les livraisons devrait diminuer de façon soutenue, après un pic en 2017 : -1,5 % par an pour l'électricité et même -4 % par an pour le gaz, à compter de 2018. Dans un marché libéralisé, les parts de marché vont être âprement disputées.

 

Différenciation par des offres spécifiques

 

"Dans le secteur résidentiel, la hausse des mises en chantier ne suffira pas à compenser les efforts croissants des particuliers pour améliorer la performance thermique des bâtiments", note Olivier Lemesle, auteur de l'étude. Il poursuit : "Dans l'industrie, l'érosion de plusieurs secteurs électro-intensifs, comme le papier-carton ou la sidérurgie, contribuera également à brider la demande". Face à cette diminution du volume total du marché, la concurrence se fait plus intense. Certains acteurs cassent les prix afin de capter de nouveaux clients, avec des tarifs en dessous de ceux encore réglementés. L'étude cite Direct Energie et ses campagnes de communication multicanal, ou Eni et ses visites à domicile. Autre tactique, menée par certains poids lourds, le rachat de ces concurrents gênants, à l'image de Total qui a racheté, en juin 2016, Lampiris (Belgique) qui consentait des rabais de plus de 20 % sur les factures.

 

En dix ans la position des acteurs comme EDF et Engie (ex-GDF) a donc fortement évolué. Le fournisseur de gaz représente, aujourd'hui, moins de 40 % du marché, tandis que l'électricien national est encore à 75 % mais cette proportion devrait décroître à l'avenir. Toutefois, ils luttent en adaptant leurs offres : "Total propose une solution multi-sites pour les gros industriels" ou "Quadran et Enercoop, positionnés sur le 100 % renouvelable". L'étude Xerfi pointe également des segments à fort potentiel tels que l'autoconsommation ou la mobilité électrique, qui constituent des axes à développer, avec l'entrée en vigueur d'un mécanisme de soutien pour la consommation d'énergie produite localement et le déploiement annoncé de plus d'un million de véhicules électriques d'ici à 2023. Le développement d'offres intégrées de services d'entretien ou de remplacement des machines sera également une piste suivie par les acteurs de l'énergie, certains d'entre eux recherchant des partenariats avec des fabricants de solutions de pilotage intelligent (comme EDF avec Netatmo).

 

(*) "Les fournisseurs de gaz et d'électricité - Offensive des fournisseurs alternatifs, lancements d'offres vertes, conquête par les prix : quelles perspectives pour le marché et le jeu concurrentiel d'ici 2019 ?"

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