CONJONCTURE. L'activité des charpentiers métalliques tricolores a augmenté de plus de 3,5% en 2019, ce qui représente un chiffre d'affaires de 3,8 milliards d'euros, en hausse pour la 5e année consécutive. Le Syndicat de la construction métallique de France se positionne par ailleurs sur l'économie circulaire et le bilan carbone, sujets on-ne-peut-plus d'actualité.

Les charpentiers métalliques tiennent la forme, pour la 5e année consécutive : leurs entreprises ont réalisé 3,8 milliards d'euros de chiffre d'affaires, une activité en hausse de plus de 3,5% après un exercice 2018 déjà dynamique (+4%). Le Syndicat de la construction métallique de France (SCMF), qui englobe 800 entreprises (en majorité des PME familiales) réparties dans tout le pays et emploie 20.000 salariés, se félicite d'une progression des activités tant au national qu'à l'international. Sur le front de l'emploi, les constructeurs indiquent également une augmentation de leurs effectifs permanents - +1,09% - et de leurs effectifs intérimaires - +14,2% -, bien que les besoins en recrutement persistent, à l'image de ce à quoi sont confrontées les entreprises de travaux publics. Une situation qui oblige du coup les charpentiers métalliques à multiplier leurs formations en interne et à accroître leurs investissements pour automatiser leurs chaînes de production.

 


Les tonnages produits en 2019 par type d'ouvrage

 

D'après le SCMF, le secteur a, en 2019, usiné 425.727 tonnes pour des bâtiments industriels, soit 56,93% du total de la production. Viennent ensuite les autres types d'ouvrages (parkings aériens, gares, ombrières...) avec 102.378 tonnes (13,69%), puis les bureaux ainsi que les équipements sportifs et culturels, qui ont représenté 80.960 tonnes (10,83%). Les bâtiments agricoles, silos et autres trémies ont représenté 84.230 tonnes (11,26%), suivis par les ponts et passerelles, avec 43.731 tonnes (5,85%) ; les pylônes ferment la marche, avec 10.773 tonnes (1,44%).

 

In fine, et tous segments de production confondus, les constructeurs métalliques ont donc usiné 780.000 tonnes de matériaux en 2019, faisant progresser le tonnage de 4% après avoir déjà enregistré une croissance de 4,3% en 2018.

 


De 6 à 12 mois d'étalement pour les carnets de commandes

 

"Comme souvent, l'activité bâtiments industriels et de stockage, principal marché des professionnels de la construction métallique, tire le secteur", analyse le président du SCMF, Roger Briand. "Le volume de production n'a ainsi cessé de progresser depuis la fin de l'année 2015. Pour les bâtiments de stockage, il faut rappeler que les très grands entrepôts échappent aux constructeurs métalliques, au profit de systèmes constructifs alternatifs. Quant au marché de construction des bâtiments agricoles qui représente 10% de notre secteur, il progresse lui aussi, avec une hausse de près de 5% par rapport à 2018." Seul bémol relevé par le secteur : les surfaces commerciales, qui se rétractent de 3,5% en comparaison à 2018.

 

A l'inverse, d'autres segments connaissent une belle percée, à l'instar des marchés de la rénovation et de la réhabilitation : "Les constructeurs métalliques français disposent d'une longue expérience dans ce domaine et entendent profiter de cet axe de développement", indique Roger Briand. "En effet, entre autres atouts, la construction métallique, par sa légèreté, permet des surélévations de bâtiments sans nécessité de reprises onéreuses en sous-oeuvre. Les structures métalliques permettent aussi du fait de leur faible encombrement de dégager des espaces et de gagner de précieux mètres carrés ; des modes constructifs qui s'imposent de fait comme solutions idéales pour surélever un bâtiment d'un ou plusieurs étages."

 

L'exercice 2020 se présente par conséquent sous de bons auspices, puisque les carnets de commandes des professionnels du secteur s'étalent en moyenne sur 6 mois de production. Le premier semestre de l'année pourrait notamment s'illustrer par une nouvelle progression des bureaux et des ponts, et par une grande forme de certaines régions et secteurs d'activité, où les carnets de commandes dépassent même les 12 mois. Autre signe prometteur, les nombreuses demandes de chiffrages et l'activité en hausse des bureaux d'études des constructeurs.

 

Entre 93% à 97% des aciers employés par les constructeurs métalliques français sont des produits recyclés

 

Comme tous les corps d'état et métiers du BTP, les entreprises de construction métallique se positionnent aussi sur certains sujets d'actualité. Alors que le projet de loi relatif à l'économie circulaire et à la lutte contre le gaspillage, porté par la secrétaire d'Etat à la Transition écologique Brune Poirson, a été adopté définitivement le 30 janvier dernier, les professionnels du secteur tiennent à rappeler que leur matériau, l'acier, est recyclable à l'infini et ce, sans perte de ses caractéristiques mécaniques : ainsi, dans l'Hexagone, entre 93% à 97% des aciers employés par les constructeurs métalliques sont des produits recyclés. Une performance environnementale - et économique - qui évite de puiser inlassablement dans les réserves naturelles de minerai de fer. La filière assure par ailleurs qu'elle est d'ores-et-déjà prête pour le "diagnostic déchets avant démolition" et le réemploi de ses matériaux, non seulement grâce aux qualités de l'acier mais également grâce à la numérisation des chantiers et à une traçabilité de ses produits.

 

L'autre dossier majeur est celui de la Réglementation Environnementale 2020, toujours en cours d'élaboration. Deux textes qui y sont intimement liés, la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) et la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC), qui fixe des objectifs à horizon 2050, ont été publiés récemment par le Gouvernement. Pour l'heure, les professionnels de la construction restent prudents, tout en affirmant que la plupart de leurs filières ont déjà une longueur d'avance dans ce domaine. "Il est indispensable, pour comparer les empreintes carbones entre matériaux, de prendre en compte l'unité fonctionnelle et non le composant dans une unité arbitraire comme le m3 ou la tonne", estime Roger Briand. "Ainsi, pour répondre à la réalisation d'une construction, les qualités du matériau utilisé ont une grande importance."

 

"Organiser, rationaliser, industrialiser le marché de l'occasion"

 

L'innovation, au sens large, de la filière devrait d'ailleurs s'illustrer cette année : "L'année 2020 constituera l'année 1 d'un nouveau Contrat d'objectifs et de performances signé entre le Gouvernement, le SCMF et le Centre technique industriel de la construction métallique", affirme le directeur général du CTICM, Philippe Hostalery. "C'est ce contrat qui a conduit le Gouvernement à proposer le déplafonnement du CTICM, voté en première lecture du projet de loi de Finances 2020. Il signe le coup d'envoi pour la mise en route d'ambitieux projets. Parmi ceux-ci, l'un des axes stratégiques du centre est de contribuer à la mise en place d'un véritable marché du réemploi."

 

Considérant qu'il reste à "organiser, rationaliser, industrialiser le marché de l'occasion", le directeur général du CTICM veut aussi plancher sur l'augmentation des surfaces bâties sans augmentation de l'emprise au sol. "Autre axe d'action du centre : la montée en compétences des plus petites entreprises et leur préparation à l'arrivée de l'usine 4D, la robotique, la cobotique, la connectivité...", énumère Philippe Hostalery. Enfin, à l'approche des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 de Paris, les charpentiers métalliques souhaitent aussi faire valoir leur savoir-faire en présentant des bâtiments performants pour accueillir cet évènement sportif.

 


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