HABITAT DÉGRADÉ. Un premier rapport d'expertise sur l'effondrement de deux immeubles en plein cœur de la cité phocéenne révèle un premier état des lieux de la zone, dont 7 immeubles seront bientôt acquis par la municipalité.

Au 5 novembre 2018, le quartier de Noailles se faisait surprendre par le bruit sourd de l'effondrement des bâtiments du 63 et du 65 rue d'Aubagne en début de matinée. Fragile lui aussi, le numéro 67 voisin ne tardera pas à ployer dangereusement avant de tomber en ruines à son tour.

 

Dans cet effet domino, le bâtiment du 69 rue d'Aubagne affiche alors "un pignon éventré tandis que le bâtiment du numéro 71 présente une potentielle aggravation d'une fissure oblique sur la façade". C'est alors que le collège d'experts dépêché dans l'urgence "s'interroge sur la possibilité d'un effondrement en chaîne potentiel de la rue". Et de déployer un périmètre de sécurité ad hoc.

 

Pour rappel, la mairie de Marseille avait désigné un collège d'experts composé de deux bureaux d'étude structure, d'étude géotechnique, d'une maîtrise d'œuvre démolition, d'un architecte et d'un bureau de contrôle.

 

Ce premier rapport de synthèse, rendu le 1er mars dernier au maire Jean-Claude Gaudin, n'a "pas pour vocation d'expliquer les causes de l'effondrement", rappelle le collège d'experts, mais bien de dérouler chronologiquement les opérations préconisées et menées pour sécuriser le périmètre de la rue d'Aubagne. Analyse des paramètres de sols, de réseaux et de bâtis pour envisager de potentielles démolition, travaux ou retour d'habitants dans leur logement.

 

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Le périmètre de sécurité établi par les Marins Pompiers de Marseille © Marins Pompiers de Marseille

 

A la fin des opérations de recherche des victimes et après une démolition partielle du 69 (qui présentait une "résistance" aux trois étages du bas), sont menées des opérations de remblaiement. Les sous-sols des deux premiers bâtiments effondrés sont purgés, puis comblés avec un ballast de calcaire. Présentant un risque d'effondrement, le 61 est conforté dans sa cave par des "étais tirants-poussants" qui permettent ainsi de bloquer "une éventuelle poussée du ballast sur les murs".

 

Déplacements notables des immeubles impairs

 

De nombreuses cibles ont été fixées sur des immeubles de la rue d'Aubagne et de la rue Jean-Roque, comme des édifices plus éloignés de la rue de l'Arc, la rue Estelle ou la rue Fongate. Objectif : suivre au jour le jour les potentiels déplacements des immeubles impairs de la rue d'Aubagne et le sens de leur mouvement, à partir d'une échelle de seuils fixée par le collège d'experts.

 

Dès le 11 novembre 2018, plus de 95 cibles ont été installées, mais ne révèlent aucun mouvement significatif des édifices de la rue d'Aubagne. C'est à la fin du mois de novembre que les observations révèlent de premiers déplacements, "plus particulièrement, les immeubles 69 et 71 (qui) ont tendance à se déplacer à une vitesse constante de 0,1 mm/jour".

 

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Les déplacements de bâtiments répertoriés par Sixense Soldata au 11 janvier 2019. © Sixense Soldata

 

Au début du mois de décembre, le numéro 71 dépasse un premier seuil d'alerte de 3 mm, jusqu'à effectuer un déplacement de 3,3 mm au milieu du mois, toujours en direction de la zone d'effondrement. Ces mouvements de déplacement à l'horizontale et de tassement se poursuivent jusqu'à la fin du mois de décembre et au mois de janvier, comme l'affirme le collège d'experts.

 

Fragilité des sols

 

Les investigations géotechniques menées par Geotec et Cerema et qui se sont étendues du 62 au 95 de la rue d'Aubagne ont montré une diversité de consistances et de natures des sols. Le rapport du collège d'experts fait ainsi état de "quelques zones déstructurées et quelques zones de vide, de taille réduite" observées sous la chaussée.

 

D'amont en aval, l'étude géotechnique présente une grande partie de sols à consistance sableuse, et argileuse "de consistance très variable, faible à moyenne". Ces deux formations sont respectivement soumises à des risques d'érosion interne, et de retrait en cas de période de sécheresse. "Une trop forte inhibition de ces terrains à dominante argileuse occasionne des augmentations de teneur en eau pouvant mener à des pertes de portance", affirme par ailleurs le document d'expertise.

 

Un autre diagnostic mené sur les murs "situés à l'arrière des numéros 67,69 et 71" indiquent que les ouvrages (qui soutiennent une terrasse) "correspondent plutôt à des murs de placage qu'à des murs de soutènement toute hauteur". Pour autant, ceux-ci "ne présentent pas de risque significatif d'instabilité".

 

Deux bâtiments, un mur porteur

 

Mené par le CSTB et le bureau Axiolis, l'analyse structurelle des bâtiments a été menée sur plus de 33 immeubles. Sept d'entre eux, présentant un péril grave et imminent seront prochainement acquis par la municipalité. La plupart des immeubles visités feraient partie des "3 fenêtres marseillais", qui existeraient "depuis la fin du XVIIe siècle".

 

Parmi leurs caractéristiques, "les façades avant et arrière n'ont aucune fonction porteuse" et sont "reliées aux murs porteurs par harpage des maçonneries". Mais l'unique point de vigilance que souligne le diagnostic bâtimentaire, est que "les bâtiments ne sont pas indépendants sur le plan structurel. Le mur porteur situé entre deux bâtiments est unique et pore les planchers des deux bâtiments. Ces planchers se trouvent alors décalés lorsque la rue est en pente".

 

Les pathologies constatées dans une grande majorité de logements explorés montrent des "escaliers abîmés, plancher endommagé, toiture détériorée, fuites sur réseaux, façade en mauvais état avec bloc menaçant de tomber".

 

Le classements des bâtiments par le CSTB et Axiolis
Type 1 : sans aucune pathologie structurelle manifeste
97,95,91 rue d'Aubagne, 50 et 52 cours Lieutaud
Type 2 : pathologies mineures
Tous les bâtiments impairs de la rue d'Aubagne sauf 69,71,79,81 et 83 / tous les bâtiments pais de la rue Jean Roque
Type 3 : fait l'objet d'une suspicion de péril grave et imminent
71, 79, 81, 83, 64, 62 rue d'Aubagne
Type 4 : partiellement démoli
69 rue d'Aubagne

 

NB : Les habitants évacués d'un logement de type 1 ou 2 ont la possibilité de le réintégrer, sous réserve d'un diagnostic complémentaire, la réalisation de travaux en conséquence, et la validation par la mairie.

 

L'état des réseaux, source de "désordres importants"

 

Les diagnostics menés sur les réseaux d'eau potable, d'eaux usées et de raccordement des eaux usées et pluviales ne révèlent aucune anomalie sur les deux premiers. En revanche les antennes de raccordement des eaux usées et pluviales, analysées par caméra, montrent "des cassures avec exfiltration (…) plus ou moins importantes, et donc des infiltrations d'eaux régulières et continues dans le sol". Au vu des éléments de sols présentés plus hauts, "ces désordres sont des éléments pouvant être à l'origine des désordres sur le bâti", alerte le rapport.

 


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