Au final, la question du détachement demeure une épineuse problématique en l'occurrence en Pologne. Un document du ministère de la Commission nationale de lutte contre le travail illégal, transmis aux partenaires sociaux, que s'est procuré Batiactu en juin dernier estimait de son côté à près de 210.000, le nombre de travailleurs détachés en France, dont les Polonais (19%), loin devant les Portugais (11%), et Roumains (9%).

 

Autre constat : contrairement aux idées reçues, les travailleurs détachés proviennent majoritairement (47% en 2012) des États fondateurs de l'Union européenne. 41% d'entre eux viennent de nouveaux États membres. Toutefois, la tendance pourrait rapidement s'inverser, la croissance du nombre de salariés détachés provenant d'Europe de l'Est étant plus importante que celle des États fondateurs.

Travail égal, droit égal

"Si Marianne Thyssen a déjà annoncé un processus en cours de révision de la directive des travailleurs détachés, nous souhaiterions aussi l'application du concept de salaire identique pour travail identique, ainsi que la possibilité de pouvoir adapter leurs conditions salariales à tous les travailleurs sur leur territoire, détachés ou non, poursuivait le cabinet. On réclame par ailleurs plus de collaboration et de communication électronique entre les services d'inspection."

 

"La tâche est loin d'être facile, nous signalait également un expert du cabinet de Marianne Thyssen. Nous voyons bien que cette volonté s'inscrit dans un projet politique mené en juin dernier par Jean-Claude Junker, nouveau président de la Commission, rappelant que dans l'Union européenne, le principe 'à travail égal, droit égal' devait s'appliquer. Effectivement, une tension politique monte dans les 28 états membres et va entraîner forcément une procédure de discussion."

 

L'équipe de la commissaire Marianne Thyssen avait d'ailleurs applaudit des deux mains la position de la France notamment dans le secteur du BTP : "L'application de la loi Macron et l'engagement de la France à renforcer les contrôles dans le plan de lutte contre la fraude en février dernier sans oublier la carte d'identification professionnelle BTP vont dans le bon sens et notre commissaire s'en félicite. C'est pourquoi, nous comptons très vite publier une cartographie de la mobilité entre régions et découvrir quels en sont les mécanismes et changer les règles s'il le faut." Avec un mot d'ordre : "Il est nécessaire et indispensable" de mettre la pression sur le détachement en Europe.

 


Témoignage d'Aterima, une entreprise polonaise spécialisée dans l'intérim du BTP en France

 

Interrogé ce mercredi 14 octobre par Batiactu, Wojciech Rzepka, membre du Conseil d'administration de l'agence de travail Aterima, rejoint les propos tenus par la députée européenne Danuta Jazlowiecka.
"Il est pour nous incompréhensible de tenter de limiter cette liberté et comme c'est le cas de plus en plus fréquemment de discriminer légalement les entreprises polonaises et leurs employés par l'administration française - principalement dans la construction", nous explique Wojciech Rzepka.

 

Et de poursuivre : "Nous ne comprenons pas pourquoi les abus et les violations des droits des travailleurs par les entreprises ne sont pas plus contrôlés. En effet la France se bat envers des fournisseurs légitimes et fiables de services d'autres États membres, dont les entreprises polonaises. Ces entreprises sont ainsi doublement touchés - non seulement elles perdent des marchés en raison de la concurrence déloyale des entreprises employant des Polonais illégalement, sans sécurité sociale, mais également par la faute de contrôles de plus en plus répressifs."

 

"Généralement, nos employés sont souvent minutieusement interrogés par les services français"

 

S'agissant des retours des intérimaires travaillant en France, le responsable polonais réagit: "Nos employés sont heureux d'avoir la possibilité de se déplacer et de travailler temporairement en France. Cela signifie qu'ils peuvent gagner plus, sans séparation prolongée de leur familles. Ils sont surpris par la fréquence des contrôles de leurs employeurs polonais. Généralement, ils sont souvent minutieusement interrogés par les services français."

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