Les logements parisiens bâtis entre les deux guerres le long des boulevards des Maréchaux, en bordure de la capitale, constituent un cas d'école architectural : afin de préserver ce patrimoine - tout en anticipant des rénovations thermiques d'ampleur - l'Agence parisienne d'urbanisme a réalisé une vaste étude destinée à mieux comprendre leur conception. Détails.

La mise en œuvre du Plan Climat de la Ville de Paris a principalement porté, ces dernières années, sur des bâtiments construits entre les années 1950 et 1970, thermiquement vétustes mais "faciles" à réhabiliter. En revanche, les Habitations à Bon Marché dites "HBM", ancêtres des HLM, édifiées dans l'Entre-deux-guerres ont été laissées de côté, car les politiques de rénovation leurs sont difficilement transposables. A cela une raison principale : leur particularisme architectural et leur valeur patrimoniale.

 

Implantées de façon linéaire sur l'ancienne emprise de "la Zone", le long du boulevard des Maréchaux avec des séquences parfois longues de près d'un kilomètre (et totalisant 17 km en tout), ces habitations se distinguent surtout par l'usage de la brique apparente. Un matériau couramment employé dans la capitale, y compris pour du haussmannien, mais qui est rarement laissée visible hormis côté cour. Cette brique "participe à l'identification de ces ensembles", précise l'Agence parisienne d'urbanisme (Apur) dans l'introduction d'une étude exhaustive consacrée à la question. Le document, de 128 pages, analyse et dissèque les constructions afin de mieux préserver leur caractère au moment de leur inéluctable réhabilitation thermique.

 

Une deuxième étude historique en préparation

 

Se pose donc "la question de la connaissance même de ces bâtiments et de leur logique en termes de conception : matériaux de construction, chauffage, adduction d'eau, composition des espaces libres, rapport à l'ensoleillement, à l'aération, etc.". L'Apur comble là un déficit d'information sur ces sujets qui compliquait, jusqu'ici, le travail des maîtres d'œuvre en compilant des données historiques. Tous les aspects ont été abordés, qu'il s'agisse des concepteurs et gestionnaires, de l'implantation urbanistique avec la forme et la taille des ilots, de la morphologie des bâtiments ou des techniques constructives des fondations aux toitures, en passant par les façades et les planchers. L'aspect stylistique des calepinages révèle, par exemple, d'infinies variations malgré une apparente unicité. Du côté des logements, leur typologie est abondamment détaillée, tout comme leur niveau de confort ou les prestations associées (vide-ordure, cheminées).

 

Le document, très complet, ne constitue qu'une première étape dans le travail de l'Apur qui prévoit déjà de publier une seconde étude. Cette fois, le travail sera mené en partenariat avec l'Anru et les principaux bailleurs sociaux des HBM de la ceinture de Paris (Paris Habitat, RIVP, Elogie). Il traitera "de l'évolution du parc au fil du temps (…) retracera les grandes générations d'interventions réalisées au sein des HBM et capitalisera les enseignements tirés par leurs gestionnaires". Cette seconde étape répondra aux enjeux de la réhabilitation thermique de ces bâtiments qui marquent la ville et représentent une étape importante de son développement.

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