INTERVIEW. Valérie David a rejoint le groupe Eiffage fin 2007, comme directrice du développement durable. Dix ans plus tard, elle y ajoute une casquette consacrée à "l'innovation transverse". Son regard sur l'actualité des derniers mois, les grands enjeux qui l'animent, ses réflexions, sa vision, son message aux professionnels et son portrait en cinq traits sont à découvrir dans ce grand entretien.


Elle a le développement durable chevillé au corps ! Depuis près de quinze ans comme directrice du développement durable chez Eiffage, puis ajoutant l'innovation transverse à sa casquette, elle défend la conception d'une ville et d'infrastructures durables, accompagnant le groupe dans sa transformation et dans l'application d'une politique environnementale vertueuse et transparente. Mais l'histoire de Valérie David avec les questions environnementales et sociétales, tout comme son fort attachement à l'Europe, est plus ancienne.

 

Cette histoire prend racine au début des années 1990. Après une brève carrière dans l'enseignement, elle passe par Sciences Po et en sort lauréate de la filière Europe. Elle rejoint ensuite les institutions européennes et commence à travailler sur les fonds structurels, dont l'attribution aux Etats membres est conditionnée par des impacts sociaux et environnementaux. "Les prémices du développement durable", se plaît-elle à dire.

 

"Ridicule/Rejet/Evidence"

 

Valérie David ne lâchera plus par la suite les questions autour des enjeux climatiques et écologiques. Passionnée, elle est intarissable sur le sujet. Ce qui lui a valu, et lui vaut encore, de prendre des coups. "J'ai souvent eu l'impression d'être totalement ridicule." Elle se souvient d'interventions où l'auditoire l'écoutait d'une oreille distraite: "C'était la minute verte", le moment bonne conscience.

 

Elle ne vit plus ce genre de péripéties désormais. Elle estime même être plutôt dans la 3e phase d'une séquence qu'elle nomme "Ridicule/Rejet/Evidence" : "Tout le monde a compris et pris conscience des enjeux. Ce changement de phase amène cependant son lot d'excès : d'un côté nous nous faisons accuser de greenwashing, de l'autre, certains pensent qu'ils n'ont pas besoin de nous pour mettre en œuvre les efforts nécessaires."

 

Convictions

 

Dans les rangs de la major du BTP, on décrit Valérie David comme une bosseuse, une passionnée, une personne qui fait vraiment avancer et progresser le groupe, mettant en valeur les collaborateurs, leur savoir-faire, et le travail collectif. Elle-même se voit comme quelqu'un d'un naturel pessimiste et de très exigeant. C'est en tout cas avec une femme de convictions que Batiactu a pu longuement échanger, puisqu'elle nous a consacré près de deux heures de son temps, en visioconférence.

 

Quels sont les événements ou faits de société qui l'ont interpelée ces dernières semaines ? Quel est son sentiment face à l'urgence écologique ? Quel regard porte-t-elle sur la nécessaire transformation du secteur de la construction et du cadre de vie ? Alors qu'elle vient de publier avec son équipe le 3e rapport Climat du groupe Eiffage, quels enseignements, quels exemples de réalisation, et quels points d'amélioration retient-elle ? Voici quelques questions abordées lors de cette rencontre. Valérie David y partage sa vision de notre secteur, son actualité, mais aussi, pour mieux le connaître et comprendre ce qui l'anime, un portrait en cinq traits.

 


Avec ces entretiens "Grands Témoins", Batiactu vous invite à mieux connaître des personnalités aux horizons divers, mais qui contribuent aujourd'hui, par leurs visions, leurs réflexions et leurs actions, à expliquer, anticiper, façonner, faire exister notre cadre de vie et donc, la société dans laquelle nous voulons vivre.

 

ACTUALITES MARQUANTES

 

Batiactu. Quels événements dans l'actualité vous ont particulièrement interpelée ces derniers mois ?

 

Valérie David.
Il y en a plusieurs. Une certaine polarisation de la société autour des sujets écologiques s'est révélée de façon encore plus flagrante avec la campagne présidentielle, et elle m'interroge. L'urgence est bien perçue par beaucoup, c'est positif! Cependant, les réactions ne me semblent pas équitables, et j'observe des oppositions fortes dans la société et entre les générations : de plus en plus de jeunes s'intéressent à ces questions, c'est formidable en soi ; mais la traduction politique qu'une certaine frange en fait m'inquiète. Ainsi par exemple, justifier les solutions radicales sans penser à préserver le modèle démocratique mènerait à une forme de dictature, qu'elle soit environnementale, scientifique ou de de la décroissance.

 

"Justifier les solutions radicales sans penser à préserver le modèle démocratique mènerait à une forme de dictature, qu'elle soit environnementale, scientifique ou de de la décroissance."

 

Pour donner un petit exemple de cette polarisation, j'ai publié il y a quelques jours notre 3e rapport Climat sur Linkedin. Il s'agit d'un document volontaire, dense, avec une architecture imposée par le référentiel TFCD ("Task Force on Climate Disclosures"), beaucoup de chiffres et d'infographies, pas forcément digeste pour le grand public. Très vite après la publication, un compte anonyme baptisé "Perles de Greenwashing" m'interpelle personnellement et laisse un commentaire acerbe, sans même avoir pris connaissance du rapport. Simplement parce que si vous exercez dans le monde du BTP, vous êtes censé être sale, polluant et menteur. Au-delà de l'anecdote, ce genre d'attitude binaire intransigeante me pose question quant à la vision de la société et la façon d'organiser efficacement la lutte contre les défis climatiques. Et pourtant, nous sommes sur un continent, l'Europe, dont l'expression politique, l'Union européenne, réalise en ce moment même des avancées formidables dont nous ne parlons pas assez.

 

"L'Union européenne réalise en ce moment même des avancées formidables dont nous ne parlons pas assez"

 

Batiactu. L'Europe est pourtant un sujet de clivage dans le débat public, la campagne présidentielle l'a montré. Que fait-elle qui mériterait que l'on y accorde plus d'importance ?

 

V.D.
L'Europe a adopté une définition large, intelligente, et systémique du développement durable. Défi climatique, préservation de l'eau et des ressources naturelles, économie circulaire, préservation des écosystèmes vivants : rien n'a été exclu. L'UE doit être leader en matière de transformation écologique de la société et de l'économie, et s'en donne les moyens. Je suis confiante dans le fait qu'elle atteindra un niveau d'exigence qui sera le plus élevé de la planète en matière climatique.
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