ARTISANAT. Les professionnels du bâtiment se plaignent régulièrement des lourdeurs et contraintes administratives qui peuvent peser sur leur vie quotidienne. Pour connaître exactement leurs difficultés, Batiactu s'est entretenu avec Pierre Durieux, chef d'entreprise dans la Haute-Loire.

Les artisans du bâtiment mettent régulièrement en avant les lourdeurs, voire les contraintes administratives auxquelles ils se retrouvent confrontés au quotidien. Des démarches et des procédures qui empièteraient sur leur temps de travail et complexifieraient toujours plus les chantiers. Mais qu'en est-il vraiment ? Pour le savoir, Batiactu a décidé de demander à un artisan en quoi consistait son quotidien. Pierre Durieux, chef d'entreprise de la société Durieux Fermetures & Automatismes, basée à Saint-Romain-Lachalm (Haute-Loire), et élu au Conseil national de l'artisanat de la Fédération française du bâtiment, a répondu à nos questions.

 

Batiactu : Concrètement, quelles sont les contraintes que vous devez gérer dans votre quotidien d'artisan ?
Pierre Durieux :
Avant de vous répondre, j'aimerai d'abord dire que le métier d'artisan est un métier que l'on fait parce qu'on l'aime, parce qu'il nous plaît. C'est un travail agréable et intéressant, avec un relationnel convivial, où 95% de nos clients sont des particuliers. Venons-en maintenant aux contraintes, qui sont de deux sortes : techniques et administratives. Tout d'abord, les contraintes techniques, qui se traduisent par le fait de se tenir à jour de toutes les nouvelles normes. Pour cela, il faut suivre des formations, qui ont évidemment un coût, car le temps passé en formation n'est pas passé sur le chantier à produire. Nous trouvons d'ailleurs que les formations sont généralement trop longues : en moyenne, nous devons y consacrer 3 jours, environ une fois par trimestre, alors qu'un seul jour serait suffisant ! On est d'accord pour se former, mais il faut le faire de manière plus concise. A l'inverse, les formations en interne s'effectuent en une demi-journée - avec les fournisseurs par exemple - et une fois tous les 3-4 mois.

 

La profession dénonce fréquemment les lourdeurs que l'Administration lui impose. A votre niveau, quelles sont vos contraintes d'ordre administratif ?
P. D. :
Les contraintes administratives sont toujours plus lourdes : les dossiers, la mise en place des formations, les procédures... Il faut se dire qu'un artisan qui travaille doit consacrer une partie de son cerveau à son travail et une autre au volet administratif. On ne peut pas attendre d'avoir fini un chantier pour préparer le suivant, donc nous devons passer des commandes, rediscuter les prix auprès des fournisseurs, répondre aux questions des clients sur leurs devis, gérer les impondérables qui se présentent sur les chantiers, assurer le service après-vente, discuter régulièrement des assurances, traiter l'aspect social et ressources humaines de son entreprise, aller aux réunions des organisations professionnelles pour se tenir informé des évolutions du métier... Les appels d'offres, pour leur part, demandent au moins une journée de travail pour compléter le dossier. Et cela s'est aggravé du fait du dossier technique, spécifique à chaque chantier, qui rend impossible les copiés-collés et imposent des plans détaillés. Bref, toutes ces démarches s'avèrent chronophages.

 

 

On ne peut pas attendre d'avoir fini un chantier pour préparer le suivant, donc nous devons passer des commandes, rediscuter les prix auprès des fournisseurs, répondre aux questions des clients sur leurs devis, gérer les impondérables qui se présentent sur les chantiers, assurer le service après-vente, discuter régulièrement des assurances, traiter l'aspect social et ressources humaines de son entreprise, aller aux réunions des organisations professionnelles pour se tenir informé des évolutions du métier...

 

Les ministères de Bercy sont souvent pointés du doigt pour instituer des procédures jugées technocratiques, à rebours de la réalité du terrain. Comment le percevez-vous dans votre entreprise ?
P. D. :
Je prendrai un exemple : Bercy a mis en place le prélèvement à la source. Depuis, mes salariés viennent me demander des renseignements à ce sujet, et c'est normal, puisqu'en tant que chef d'entreprise, je joue aussi un rôle d'interlocuteur sur les questions sociales. Il y a donc une gestion administrative du "courrier" des salariés à assurer. Et tout cela risque de distiller un doute entre le patron et ses employés... On sent que l'Etat se décharge de certaines formalités sur les entreprises ; au final, c'est du temps en moins à travailler réellement, et une tension risque de s'installer dans la société. L'entreprise est aujourd'hui sollicitée pour des sujets qui ne la concernent pas. Pour en revenir au prélèvement à la source, à l'échelle de ma société, nous sommes allés à la recherche de l'information, puis nous avons distribué des prospectus et organisé des réunions d'information ; il y a aussi eu des relais à l'échelle nationale. Mais c'est un encore un exemple de temps passé à faire autre chose que notre travail.

 

Dans ces conditions, et en tant que chef d'entreprise, que suggériez-vous pour que votre quotidien s'allège, s'améliore ?
P. D. :
La France et les Français ont horreur du changement. Notre monde est en pleine mutation, ce qui engendre tout un tas de contraintes, d'ordre technique, administratif, économique, social... Et c'est vrai que le côté administratif prend de plus en plus de place. Il faut assurer une veille permanente en plus de faire notre propre travail. C'est pourquoi la question de la représentativité de notre profession est très importante, pour pouvoir faire remonter tout cela du terrain jusqu'à l'Etat et peser dans les décisions. Pour pallier à cette situation, j'ajouterai qu'on doit aussi s'occuper de la santé du chef d'entreprise, et par là j'entends la condition physique et les pressions psychologiques. Globalement, je pense qu'il faut toujours mieux informer, simplifier, et renforcer le soutien aux dirigeants.

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