INSOLITE. Ememem est un street artist qui soigne les chaussées abîmées par les nids de poule en les rebouchant au moyen de petits carreaux de céramique colorés. Son art, connu sous le nom de "flacking", est devenu bien plus qu'une simple flaque de faïence sur les trottoirs lyonnais. Découverte.

A la fois poète du macadam, rigolo de l'asphalte, chirurgien de la chaussée... Ememem est un romantique du street art. Ce Lyonnais d'adoption a fait de la réparation des trottoirs sa spécialité pour la plus grande joie des habitants de la capitale des Gaules. Avec quelques pièces de carrelage récupérées à droite à gauche, chez des artisans, des habitants, il rebouche les nids de poule. Une idée qui lui est venue par jeu, en observant des trous dans le bitume devant son atelier. Un soir, il a décidé de les combler avec des chutes de céramique. "Tout de suite j'ai trouvé très excitant de travailler dans la rue. Les rencontres nocturnes avec les passants sont super chaleureuses. Une vraie révélation !", raconte-t-il. Et la réciproque est vraie, à ce que l'on peut entendre dans la rue ou lire sur sa page Facebook : "Merci ! Chemin d'école quotidien avec 'a touch of street art' les enfants s'arrêtent chaque fois", "Merci Ememem pour ces jolis patchworks urbains ! Bravo !". Un plébiscite pour ce drôle de carreleur.

 

En effet, de formation scientifique, il est finalement devenu un médecin du macadam. Il soigne, panse les plaies des sols de la cité. Ses observations, ses rêveries, sa pratique de la littérature, des arts plastiques, de la peinture mais aussi de la musique rock sont autant d'éléments qui stimulent sa créativité.

Le flacking, ou comment soigner le bitume

Ce street artist qui a fait du flacking, sa passion effectue ses repérages le jour et grimpe sur sa mobylette pour opérer la nuit. Un destrier si fidèle et précieux qu'il lui a peut-être donné son surnom… Plaisantin et taquin, il nous explique que son blase viendrait du "du vrombissement de sa mob' quand il part en mission flacking : "mmmm" !". Mais il nous avouera qu'Ememem n'est finalement qu'un acronyme trafiqué, "tout comme sa mob'". Si ce chantre des trottoirs blessés n'a pas forcément d'infirmiers à ses côtés, et pratique son art en solo, il confesse qu'il peut toujours "compter sur une poignée de Sancho Pansa pour lui filer un coup de main dans ses délires contre les moulins à bitume…". Une entreprise pas toujours évidente.

 

Dans une ville, les dégradations des sols goudronneux sont nombreuses et les choix le sont donc aussi : "Au niveau des œuvres, je suis vraiment un opportuniste. Je me laisse inspirer par les quartiers, les ambiances, je choisis les nids de poule en fonction de leur forme, de leur environnement voire d'autres facteurs de choix. Liberté totale ! C'est magnifique", s'enthousiasme-t-il.

 

Cultivant le mystère, ainsi qu'une part de romantisme, ce poète des sols préfère garder l'anonymat, mais fourmille de projets. Ememem exposera pour la première fois à Lyon en 2018, puis s'envolera pour différents festivals en France et en Italie pour ses premiers flackings "institutionnels". Pour le plus grand bonheur des dalles !

=> Découvrez dans les pages suivantes plusieurs de ses créations.

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Les oeuvres d'Ememem, du street-art en carrelage

Ememem
Ememem © Ememem
Louis XIV (de profil), c'est l'artiste qui le dit !

Flacking en forme de chat

Ememem
Ememem © Ememem
Trajectoire d'une Mouche vers l'oreille d'un Chat.
poème sur bitume, 2017

Ememem prend soin des escaliers

Ememem
Ememem © Ememem
C'est en Italie qu'Ememem a rafistolé un escalier.

Une oeuvre dans la nuit lyonnaise

Ememem
Ememem © Ememem
La place Bellecour à Lyon est une véritable terrain de jeu pour le street-artist.

A Lyon, Ememem égraine ses oeuvres

Ememem
Ememem © Ememem
La terre est bleue comme un citron. - à Place Jean-Macé.

Ememem, le street art avec une truelle

Ememem
Ememem © Ememem

Ememem à Paris

Ememem
Ememem © Ememem
A la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre, le street artist est venu réparer un bout d'escalier, avec un bout de street art.

Adieu les nids de poule

Ememem
Ememem © Ememem
"Bilan 2017 : encore une année meurtrière pour les nids-de-poule !", peut-on lire en légende sur sa page Facebook.