CONCESSION. Plus tristement connue sous le nom de "route de la mort" car très accidentogène, l'exploitation de la route Centre-Europe-Atlantique vient en partie d'être confiée au groupe Eiffage. Le contrat de concession, effectif depuis la mi-mars, concerne une portion de 88km, entre Sazeret dans l'Allier et Digoin en Saône-et-Loire, transformée en autoroute A79. Premier défi que devra relever le concessionnaire : sécuriser en un temps très court cet axe dangereux.

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Une portion du patrimoine routier national vient d'être confiée à une entreprise privée, et ce n'est pas si fréquent. Mi-mars, l'Etat et le groupe Eiffage ont en effet signé le contrat de concession portant sur la construction, l'entretien et l'exploitation de l'autoroute A79. Ce futur axe autoroutier de 88km, entre Sazeret (Allier) et Digoin (Saône-et-Loire) fait partie de la Route Centre-Europe-Atlantique (RCEA), plus tristement connue sous le nom de "route de la mort" car particulièrement accidentogène. Le contrat de concession doit permettre de poursuivre la mise en sécurité de cet axe routier structurant, projet dont l'origine remonte à… 1983 !

 

Environ 400 des 630km de la RCEA ont été mis en 2x2 voies. Et afin d'accélérer la sécurisation des sections restantes, l'Etat a lancé, en 2017, un appel d'offres pour la mise en concession de la partie auvergnate de la route, avec un financement des travaux assumés par le privé [à noter qu'en Saône-et-Loire, c'est un autre choix qui a été fait, puisque les travaux sont entièrement financés par les pouvoirs publics, avec une participation importante des collectivités locales, NDLR].

 

Un contrat de 48 ans

 

D'une durée de 48 ans, le contrat établi entre l'État et Aliae, la société concessionnaire créée pour ce projet et détenue par Eiffage et APRR, comprend la conception, l'aménagement, l'élargissement, la mise au standard autoroutier, ainsi que l'entretien, l'exploitation et la maintenance de la future autoroute A79 et de ses annexes. Sa mise en service doit intervenir dans moins de deux ans.

 

Le financement des travaux sera entièrement assumé par le groupe Eiffage. L'investissement est estimé à 548M€, dont la moitié sera apporté sur fonds propres. La conception-construction représente à elle seule 482M€. "La solidité de notre plan de financement contribue à la mise en sécurité rapide de l'itinéraire", estime Isabelle Lacharme, directrice opérationnelle d'Aliae.

 

 

Des démarches déjà en cours

 

Le délai avant la mise en service est "extrêmement court", de l'aveu même du groupe Eiffage. Mais pour tenir cet engagement, un certain nombre de démarches ont déjà été réalisées, "en temps masqué". C'est le cas des demandes d'autorisations administratives, de diagnostics"Par ailleurs, le groupement a prévu une organisation compacte et des méthodes de chantier optimisées afin de réaliser les travaux de mise au standard autoroutier en seulement 19 mois."

 

Dès la signature du contrat, le concessionnaire a déployé des moyens pour mettre en sécurité rapidement la RN79. "Plusieurs actions ciblées devraient permettre de réduire le risque de collisions frontales. Il s'agira notamment de neutraliser les principaux obstacles latéraux et de renforcer la signalisation, ainsi que les dispositifs de sécurité".

 

Un chantier en deux phases

 

Tout l'enjeu de la phase travaux sera de maintenir le trafic, tout en garantissant la sécurité des usagers et en permettant la mise en circulation progressive des sections neuves en 2x2 voies. "Un véritable défi organisationnel", admet Eiffage, mais que devrait faciliter la structuration d'un groupement intégré (cf. encadré ci-dessous). Au total, 65km de route doivent être élargis, 23km sont déjà en 2x2 voies mais doivent être mis aux normes autoroutières.

 

Le chantier se déroulera en deux phases. La première phase des travaux portera sur l'élargissement de la route, et la réalisation des deux nouvelles voies, à côté de l'actuelle RN79. La seconde, qui ne pourra être réalisée qu'une fois la première terminée, afin de basculer la circulation sur la partie neuve, consistera à requalifier les deux voies existantes.

 

Une structure intégrée pour mobiliser divers métiers du groupe

 

Ce projet permet d'illustrer le modèle "intégré" d'Eiffage, l'intégralité des prestations étant pilotées par des filiales du groupe et étant pensées pour faire participer de nombreux métiers. Outre la société concessionnaire Aliae, qui assure la maîtrise d'ouvrage, le groupement Clea, constitué de plusieurs entités d'Eiffage Génie civil, est chargé de la conception et la construction.

 

La maîtrise d'œuvre, intégrée au groupement, est confiée aux bureaux d'études d'Eiffage Génie civil, d'APRR, de Clemessy et d'Egis. Les équipes d'Eiffage route et Eiffage métal seront aussi appelées à intervenir sur le chantier. APRR se verra confier l'exploitation et la maintenance.

 

"La structuration en groupement intégré de conception-réalisation composé d'entreprises du même groupe nous procure une réelle force collective, argumente Isabelle Lacharme. Elle permet tout à la fois de mutualiser les moyens de production, d'éviter les pertes d'informations et de supprimer les individualismes d'entreprises ; l'intérêt de chacun et l'intérêt de tous étant ici convergents."

 

Travail sur l'empreinte environnementale

 

Au cours de ce chantier, 92 ouvrages existants seront requalifiés. Tandis que 57 ouvrages d'art seront réalisés. Le principal sera le viaduc de l'Allier "qui verra sa longueur doublée, à 416m, afin de redonner de la mobilité à cette rivière". Il est prévu de faire en sorte que les ouvrages d'art sur l'Allier disposent d'une revanche d'un mètre au niveau de crue centennale du cours d'eau, afin de laisser les eaux s'écouler librement, indique par ailleurs le groupe. Un passage grande faune de 20m de large sera également construit au-dessus de l'autoroute.

 

Eiffage entend limiter sa consommation de matériaux et réduire ses émissions de CO2. Un fond d'arbitrage carbone sera mis en place, pour financer la différence de coût entre les solutions innovantes moins énergivores et les techniques classiques. Durant la construction par exemple, le groupe compte réutiliser 98% des matériaux excavés et 100% des enrobés rabotés. "Des fraisats recyclés venant d'autres chantiers seront aussi exploités". Au total, 350.000 tonnes d'enrobés seront ainsi réutilisées. Une bande transporteuse sera par ailleurs installée entre une carrière et le chantier pour limiter le nombre de poids-lourds.

 

Favoriser le tissu économique local

 

Le président du conseil départemental de l'Allier estime que ce projet est "le chantier du siècle" pour son territoire. Au plus fort des travaux, 1.200 personnes seront mobilisées. Le groupe Eiffage compte en recruter 400, en privilégiant l'emploi local. En outre, 10% des heures travaillées seront réservées à des personnes en insertion.

 

Le concessionnaire avance l'objectif d'allouer 30% du montant des travaux à des entreprises tierces et des PME. Avec la volonté de favoriser le tissu économique local, en mettant par exemple en œuvre une "politique d'achats responsables". Les travaux devraient commencer en mai, après achèvement des études techniques et environnementales.

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