La mouture actuelle du diagnostic de performance énergétique (DPE) sera-t-elle à l'origine de la prochaine crise du logement ? C'est ce qu'affirme une étude réalisée par l'institut Sapiens, baptisée "DPE : sortir d' une folie collective". Les deux auteurs soulignent un paradoxe : alors que cet outil a un poids de plus en plus important dans le marché de l'immobilier, il souffre de multiples défauts qui pourraient être corrigés.
L'importance conférée au DPE serait "démesurée"
Du fait de l'entrée en vigueur du calendrier d'interdiction à la location des logements les moins bien isolés, contenu dans la loi Climat et résilience, la valeur verte des logements, matérialisée par la note en DPE, est devenu une réalité. D'ici à 2028, est-il rappelé dans l'étude, 5,2 millions de logements pourraient être sortis du marché locatif, déjà particulièrement tendu. "Conférer au DPE une importance aussi démesurée, sans se poser la question de son efficacité, ne peut constituer une politique publique satisfaisante", estiment les spécialistes de l'institut Sapiens. Au rang des défaillances du dispositif, continuent-ils, le fait que cet outil se concentre sur la consommation d'énergie primaire plutôt que sur la consommation finale, ou qu'il pénalise le chauffage électrique du fait de la fixation d'un coefficient d'énergie primaire à 2,3. Il serait également un dispositif "opaque", son algorithme de construction n'étant pas "public". Par ailleurs, les auteurs expriment de sérieux doutes sur la formation des diagnostiqueurs, intervenant trop souvent en tant que "simples releveurs de données".
Le rapport appelle à plus de transparence
Les auteurs concluent leur travail par une série de recommandations. Il faudrait tout d'abord rendre publiques un certain nombre d'informations, comme "les pondérations des différentes caractéristiques de notations". Par ailleurs, la possibilité devrait être offerte aux habitants de réaliser une forme d'auto-DPE. Enfin, l'institut appelle à une modification de l'algorithme du dispositif, afin qu'il prenne en compte "la consommation finale, la différence entre la consommation primaire et finale, les émissions de CO2 et une partie confort de vie". Ce n'est que dans ces conditions que l'État sera en mesure, est-il énoncé, de cibler les politiques de rénovation énergétique vers le parc qui en aurait le plus besoin.
Pour rappel, les pouvoirs publics travaillent depuis plusieurs mois à fiabiliser techniquement le DPE, notamment en ce qui concerne les petites surfaces. La version 2024 de MaPrimeRénov' a, par ailleurs, été pensée pour offrir des solutions aux propriétaires de passoires thermiques, concernés par les futures interdictions de location.
F.L.
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