CONJONCTURE. Selon une étude réalisée par la société spécialisée Altares, le nombre de défaillances d'entreprises a augmenté durant l'été 2018 : au total, 11.536 procédures collectives ont été enregistrées au 3e trimestre, soit une hausse de 6,8% par rapport à la même période en 2017. Pour la métropole, la progression est de 3,3%.

La société Altares, spécialisée dans l'économie statistique, a publié une étude relative aux défaillances et sauvegardes d'entreprises portant sur le 3e trimestre 2018. "Après huit trimestres consécutifs de baisse, la sinistralité des entreprises remonte cet été", souligne Thierry Millon, directeur des études d'Altares. "Tombée pour la première fois depuis 10 ans sous le seuil de 11.000 défaillances au cours du 3e trimestre 2017, elle repasse au-dessus de 11.500 sur le 3e trimestre 2018. En tendance, cela représente une hausse de 6,8%, qu'il convient de modérer du fait d'un jugement très exceptionnel d'extension de procédure de redressement judicaire, prononcé en août par le Tribunal mixte de commerce de Saint-Denis de la Réunion, sur plus de 300 SNC [Société en nom collectif, NDLR], filiales sans revenus de la société Gesdom [spécialisée dans la commercialisation de produits de défiscalisation dans les collectivités d'Outre-Mer]. Corrigée de cette décision technique, l'évolution demeure défavorable et tombe sous les 4%. Sur le seul territoire métropolitain, le nombre des défaillances d'entreprises augmente de 3,3%. Les trois quarts des jugements concernent des micro-entreprises de moins de trois salariés, mais plus d'une trentaine de structures de plus de 100 salariés sont encore passées devant le tribunal ce trimestre, soit une défaillance de grosse PME tous les deux jours ouvrés."

 

Le secteur de la construction avait enregistré en 2017 une importante diminution des défaillances d'entreprises, à hauteur de -11%. Mais le 3e trimestre 2018 a douché cet espoir : les procédures judiciaires sont reparties à la hausse, avec +2,7%, pour atteindre les 2.757. Selon Altares, tous les corps de métiers sont ainsi repassés dans le rouge, mais la tendance est toutefois plus marquée sur le segment de la construction de maisons individuelles.

 

34.900 emplois menacés par les défaillances d'entreprises

 

Dans le détail des types de procédures enregistrées au 3e trimestre 2018, l'étude d'Altares montre qu'il y a eu 212 sauvegardes durant cette période, un chiffre en recul de 3,6% en comparaison au 3e trimestre 2017. Les redressements judiciaires se sont quant à eux chiffrés à 3.563, ce qui représente un bond de 13,1% par rapport à la même période un an auparavant. En outre, 7.788 liquidations judiciaires directes ont été comptabilisées, en hausse de 4,4%. Altares a également analysé que ces procédures menaçaient 34.900 emplois, en baisse de 200 en comparaison à un an plus tôt. A noter : les procédures de sauvegardes sont à leur plus bas niveau depuis l'été 2008, où elles s'établissaient à 160.

 

Les TPE constituent 93% des défaillances d'entreprises

 

L'étude s'est par ailleurs penchée sur les typologies de structures : les TPE ont constitué l'écrasante majorité des défaillances durant l'été 2018, à hauteur de 93%. Cependant, les PME, notamment les plus importantes, n'ont pas été épargnées par les difficultés : 32 sociétés de plus de 100 salariés se sont ainsi retrouvées dans le rouge cet été. Néanmoins, Altares note que ce chiffre, tombé à 26 il y a un an, ne semble pas évoluer grandement au fil des années. La plupart du temps, les PME sont amenées devant le tribunal à cause d'un manque d'investissements, de difficultés financières récurrentes et d'une stratégie, certes pilotée mais insuffisamment gouvernée ; les défauts de trésorerie ne constituent pas la raison principale, d'autant que ces entreprises affichent souvent un carnet de commandes rempli.

 

3 régions métropolitaines présentent des tendances favorables

 

En-dehors du cas exceptionnel de la société Gesdom à la Réunion, les autres collectivités d'Outre-Mer affichent une tendance plus cohérente aux yeux des spécialistes d'Altares. S'agissant des régions métropolitaines, bon nombre d'entre elles ont des chiffres alarmants : le Grand-Est totalise 949 procédures (+16%), son plus mauvais résultat depuis 2014. La Corse est particulièrement impactée : sa sinistralité bondit de 33% mais n'affiche que 93 défaillances. La Normandie enregistre pour sa part une hausse de 13%, avec 529 procédures constatées au cours de l'été 2018. Les Hauts-de-France comptabilisent 900 défaillances, soit une augmentation de 11%. Cinq autres régions accusent une hausse de leur sinistralité : la Nouvelle-Aquitaine et le Centre-Val-de-Loire progressent de 8%, tandis que l'Occitanie et l'Ile-de-France enregistrent +5%, et la Bretagne +3%.
En revanche, trois collectivités régionales présentent des tendances favorables. C'est le cas de Provence-Alpes-Côte-d'Azur, dont la sinistralité recule de 11% avec 1.061 défaillances. Les Pays-de-la-Loire et l'Auvergne-Rhône-Alpes ont respectivement comptabilisé 497 et 1.248 procédures, soit une baisse de 5% dans les deux cas.

 

En conclusion, Thierry Millon insiste tout de même sur le rôle de certains impondérables, à l'instar de la conjoncture économique et financière et du climat politique : "En données glissées sur 12 mois, le nombre de défaillances d'entreprises était tombé sous le seuil de 54.000 à partir de mars 2018. Mais en septembre, nous repassons de nouveau au-dessus à la faveur d'un évènement plus technique qu'économique (les procédures réunionnaises). Le dernier trimestre pourrait malgré tout permettre de nous rapprocher des 53.000 comme durant l'été 2008, mais pas de redescendre en-dessous. Les hésitations conjoncturelles, les incertitudes politiques, les pressions budgétaires sont autant de freins qui ont pesé sur la fluidité des business. Si les perspectives économiques restent favorables, le spectre de la crise plane encore, plus de 10 ans après son déclenchement. Les pressions sur les délais de paiement sont venues rappeler ces derniers mois que les relations commerciales sont toujours déséquilibrées, que le sous-traitant est loin de pouvoir être considéré comme un co-traitant ; le petit fournisseur ne mord pas la main du gros client qui le nourrit, mais trop souvent en paye un lourd tribut !"

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