Le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment a conclu un partenariat de recherche avec l'immobilière 3F, d'une durée de 5 ans. Leur collaboration portera sur la mesure des consommations énergétiques réelles face à la modélisation, sur la qualité de l'air et sur la méthodologie des projets de réhabilitation. Etienne Crépon (président du CSTB) et Yves Laffoucrière (directeur général de 3F), nous en disent plus.

"Le bâtiment est quelque chose de concret, qui existe physiquement. Il faut donc confronter les résultats de recherches théoriques à la réalité du terrain", déclare Etienne Crépon, le président du CSTB. Afin de passer de la théorie à la pratique, un premier partenariat a été conclu avec l'immobilière 3F, acteur majeur du logement social en France avec 240.000 logements gérés. Le directeur général de cette dernière explique : "Nous sommes frappés de voir les insuffisances et non prises en compte des avancées technologiques dans le bâtiment. Nous avons la volonté de renforcer nos compétences et savoir-faire grâce au CSTB. Nous espérons profiter de notre champ d'expérimentation unique, avec un patrimoine important et varié, représentant toutes les strates de la pensée technique". Etienne Crépon renchérit : "Au CSTB nous sommes parfaitement conscients que pour faire progresser la qualité des logements, il faut absolument que la science et les avancées techniques soient mises à disposition des acteurs". Selon le président du CSTB, le secteur du bâtiment dépenserait 20 fois moins dans la R&D que la moyenne nationale de 2 % du chiffre d'affaires.

 

Trois domaines prioritaires

 

Afin de faire "percoler" les informations scientifiques, trois domaines prioritaires ont été désignés : la mesure des consommations énergétiques réelles par rapport aux simulations, les enjeux de qualité de l'air et l'accompagnement méthodologique des projets de réhabilitation. Yves Laffoucrière poursuit : "Ce dernier sujet est majeur pour nous. Il faut éradiquer les passoires thermiques : en Île-de-France, nous avons encore 23.000 logements dans ce cas-là (classes énergétiques E,F,G), sur 120.000 que nous avons en gestion". Pour mieux comprendre les décalages parfois constatés entre la simulation thermique et la réalité des choses, un échantillon de 1.000 logements sera étudié, avant et après des travaux de rénovation, dont 90 seront instrumentés par le CSTB. Les bâtiments franciliens font tous appel au chauffage collectif, et seront scrutés pendant deux ans, afin d'évaluer l'impact des cycles saisonniers. "Les études préparatoires auront lieu en juin, ils seront instrumentés pendant l'été pour livrer les premières mesures à l'hiver prochain", détaille le directeur général de 3F. L'expérimentation prendra fin au mois de juin 2018. Pour l'habitat individuel neuf, quatre maisons normandes, livrées au mois de mars, seront également étudiées.

 

D'autres programmes dans l'avenir

 

Pour la qualité de l'air intérieur, Yves Laffoucrière explique : "Ce sujet n'était, a priori, pas aussi stratégique que les autres. Mais les nouveaux matériaux utilisés dans la construction, les ventilations économes en énergie, ou les constructions situées à proximité de voies rapides posent des problèmes d'exposition à plus de pollution. D'où notre intérêt à avoir, sur 40 logements neufs en Île-de-France, répartis dans 10 résidences, un suivi de la qualité de l'air". Des thématiques qui permettront à 3F et au CSTB de croiser leurs compétences et d'apporter des réponses à des problématiques réelles. "Avec ce partenariat, nous réduirons le risque technique, qui coûte très cher", assure le directeur général du groupe 3F. La collaboration technique, dont l'enveloppe est évaluée à 350.000 €, durera cinq ans, ce qui permettra le lancement d'autres programmes sur d'autres thématiques. "Nous allons accélérer tout ce qui est lié aux énergies renouvelables : photovoltaïque, solaire thermique, pompes à chaleur… Nous avons besoin de capitaliser toutes ces expérimentations", évoque-t-il.

 

De son côté, Etienne Crépon explique qu'il s'agit d'un premier partenariat mais que d'autres accords avec des bailleurs sociaux ne sont pas exclus, et seraient même en cours de discussion. "Mais 3F a été le plus dynamique", glisse-t-il. "Les travaux alimenteront évidemment les compétences scientifiques du CSTB et pourront servir à d'autres bailleurs". Les offices HLM, notamment, pourraient présenter des problématiques spécifiques, liées à des territoires. De quoi creuser de nouveaux sujets très pointus, qui nécessitent une vraie expertise scientifique.

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